" Historicoblog (4): 1959
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dimanche 18 février 2018

La Gloire et la Peur (Pork Chop Hill) de Lewis Milestone (1959)

Avril 1953. Alors que les négociations de paix à Panmunjon, en Corée, piétinent, les troupes chinoises s'emparent d'une colline, Pork Chop Hill, et taillent en pièces la compagnie américaine qui la défendait. Le lieutenant Clemons (Gregory Peck) reçoit l'ordre de reprendre immédiatement la colline dans une contre-attaque démarrant de nuit, avec la King Company...

Pork Chop Hill (que la traduction française transcrit en La Gloire et la Peur, pour s'éviter la côte de porc sans doute...) est le dernier film de guerre réalisé par Lewis Milestone, après A l'ouest rien de nouveau, A Walk in the Sun ou Halls of Montezuma. Le film est adapté du livre de l'historien militaire S.L.A. Marshall, officier de l'US Army, auteur de nombreux travaux sur le combat d'infanterie durant les deux guerres mondiales et la guerre de Corée. Marshall privilégiait l'histoire orale et l'interrogatoire de groupe au sein des unités pour faire émerger un récit. Sa méthode a été controversée après a mort.






La bataille de Pork Chop Hill, dont s'inspire le film, a lieu entre mars et juillet 1953, à la fin de la guerre de Corée. La 7ème division d'infanterie américaine tient cette colline, en position avancée sur la principale ligne de résistance face aux Nord-Coréens et aux Chinois. En face se trouvent les 141ème et 67ème division chinoises, unités entraînées aux assauts de nuit, embuscades, patrouilles et guerre de montagne. Les Chinois vont s'emparer de cette position pour montrer leur volonté de négocier le plus tard possible l'armistice. Les Chinois commencent par prendre, en mars 1953, une colline proche, "Old Baldy", lors d'une rotation de deux compagnies colombiennes. Entourant de fait Pork Chp Hill sur trois côtés, ils lancent un bataillon du 201ème régiment, la nuit du 16 avril, contre la compagnie E du 31st Infantry qui tient la colline. La compagnie K de Clemons, appuyée par la compagnie L, parvient à reprendre la position mais avec de terribles pertes ; un cafouillage dans les communications entre les échelons du commandement fait retirer à Clemons la compagnie G qui avait été mobilisée pour l'aider à tenir la position. Réduite à 10 hommes, la compagnie K est relevée par d'autres du 17th Infantry, qui vont devoir affronter les contre-attaques chinoises jusqu'au 18 avril.






Le film marque les débuts importants de plusieurs acteurs promis à une longue carrière : Harry Guardino (que l'on retrouve dans L'enfer est pour les héros quelques années plus tard ; George Shibata, qui joue l'officier opérations de la compagnie K dans le film, camarade de classe à West Point de Clemons, qui sert de conseiller technique sur le film. Marshall regrette d'avoir vendu les droits de son livre pour une somme à ses yeux trop modique. La représentation des deux soldats afro-américains de la compagnie K (Woody Strove et James Edwards) fait écho à l'histoire du 24th Infantry Regiment, unité entièrement composée de Noirs et appliquant donc encore la ségrégation, mal armée, mal entraînée, qui finit par être dissoute. Les Noirs sont alors répartis dans d'autres unités comme on le voit dans le film. Ce dernier a été tourné pour partie en Californie ; Peck a dirigé lui-même certaines séquences en dépit des récriminations de Milestone.






Milestone avait en quelque sorte réinventé le genre du film de guerre avec A l'ouest, rien de nouveau (1930). Il avait également marqué de son empreinte le genre, de nouveau, avec A Walk in the Sun (à budget restreint), mais aussi Edge of Darkness, réalisé pendant la guerre (1943). Pour Pork Chop Hill, il rencontre Gregory Peck, star unique en son genre à Hollywood. Milestone ne fera pas de son film sur la guerre de Corée une production ressemblant à celles de Fuller, ou même à celle d'Anthony Mann : le propos, comme le livre de Marshall, se concentre sur le comportement des hommes face au combat. Dans un contexte particulier : tout le monde sait alors que les négociations d'armistice peuvent aboutir d'un moment à l'autre, et peu de soldats américains ont envie d'être les derniers morts du conflit. Et pourtant, devant l'assaut chinois, les officiers mènent leurs compagnies à la charge pour reprendre une colline sans aucune importance stratégique, hormis celle de négocier en position de force. Milestone oppose le communiste chinois, qui lance ses unités vague après vague quelles que soient les pertes, aux Américains à court d'hommes, mais qui pleure chaque perte, parfois victime des défaillances de leur commandement ou de leur soutien (artillerie qui tire trop court). C'est ici une guerre de fantassins, sans char, sans aviation, où chaque mètre gagné l'est au prix du sang de l'infanterie. Milestone a d'ailleurs bien choisi les rôles secondaires qui encadrent Peck, dans la compagnie K (on reconnaît George Peppard). Le film ne comprend sans doute pas les meilleures scènes de combat du réalisateur, mais il sait maintenir la tension, avec l'usage de la guerre psychologique par les Chinois, l'interrogation sur l'issue des négociations et sur le qui sortira vainqueur.

 

samedi 17 février 2018

Les cavaliers (The Horse Soldiers) de John Ford (1959)

1863, pendant le siège de Vicksburg, durant la guerre de Sécession. Les généraux Grant et Sherman ordonnent au colonel Marlowe (John Wayne) de conduire une brigade de cavalerie derrière les lignes confédérées pour détruire la base de ravitaillement des sudistes à Newton Station. Grant envoie le chirurgien-major Kendall (William Holden) pour s'occuper des blessés de Marlowe. Deux fortes personnalités qui se retrouvent face-à-face pendant ce raid épique...






Les cavaliers est un western assez librement inspiré du roman du même nom d'Harold Sinclair (1956). Ce roman s'inspire lui-même d'un fait authentique : le raid de 17 jours du colonel Benjamin Grierson, avec 3 régiments de cavalerie nordiste, conçus comme une diversion à l'attaque principale sur Vicksburg. Grierson traverse le territoire confédéré du sud du Tennessee en passant par le Mississipi et jusqu'à Bâton-Rouge en Louisiane, semant la destruction sur son passage. Le célèbre chef de cavalerie confédérée Nathan Bedford Forrest ne peut arrêter le raid des 1 700 hommes de Grierson, étant lui-même aux troupes d'un autre raider nordiste. Pemberton, le commandant de la garnison de Vicksburg, doit immobiliser des troupes pour surveiller sa principale voie de chemin de fer pour le ravitaillement, et doit consacrer des troupes à repousser une autre feinte de Sherman, ce qui laisse le loisir à Grand d'opérer un débarquement pour refermer l'étau sur Vicksburg.




Le tournage du film, qui se fait en Louisiane et au Mississipi, est compliqué. Ford et Holden ne cessent de se quereller. Wayne est déjà préoccupé par son projet de film sur fort Alamo. Althea Gibson, ancienne championne de tennis qui tient le rôle secondaire de la servant noire de la jeune femme de l'aristocratie confédérée, est révoltée par son script qui lui fait adopter un parler d'esclave caricatural, et obtient de Ford son annulation. Pendant le tournage de la scène finale, un cascadeur, Fred Kennedy, se brise la nuque en tombant de cheval et meurt. Dévasté, Ford ne tourne pas la scène ultime de l'arrivée des cavaliers nordistes, sous les vivats, à Bâton-Rouge. Le film ne connaît pas un grand succès à sa sortie.






Il faut dire que Ford ne s'est mis que très tardivement à son premier film évoquant directement la guerre de Sécession. La production est investie par 6 (!) compagnies différentes, dont celles des deux scénaristes. Wayne et Holden demandent des cachets astronomiques, bien supérieurs à celui de Ford qui en conçoit une certaine rancoeur(Wayne cherche aussi de l'argent pour financer Alamo). D'après le témoignage de la femme de Wayne, Pilar, qui fera une crise de démence sur le plateau de tournage après avoir repris son abus de somnifères, son mari boit pendant le tournage, ce qu'il ne faisait jamais, de même que Holden, puis Ford, dévasté par la mort de Kennedy. Si Les cavaliers est en général mal considéré dans la filmographie de Ford, il entretien pourtant un jeu subtil sur la psychologie des personnages : Marlowe, ancien travailleur des chemins de fer, officier issu du rang, se voit condamné à ravager l'infrastructure ferroviaire et à assumer de lourdes responsabilités tout en étant torturé par la mort de sa femme ; Kendall, médecin fidèle à son devoir est en même rétif à l'autorité parfois violente de Marlowe. Constance Tower, qui incarne Hannah Hunter, l'aristocrate confédérée, représente le civil qui découvre l'horreur de la guerre : d'abord farouche partisane du Sud, puis aidant à soigner les blessés après la bataille, perdant sa suivante noire tuée par des franc-tireurs confédérés, avant de tomber amoureuse du colonel nordiste. Le film est plein de rebondissements et sait entretenir la tension : l'arrivée du train sudiste à Newton Station, l'intervention des cadets de l'école militaire confédérée, véritable scène d'anthologie. Le final peut décevoir quelque peu, mais il s'explique par la situation du tournage décrite ci-dessus. Les cavaliers reste donc un film à revoir, et à apprécier pour ce qu'il est : une oeuvre sombre.

lundi 12 février 2018

Section d'assaut sur le Sittang (Yesterday's Enemy) de Val Guest (1959)

Birmanie, pendant la guerre du Pacifique. Les restes d'un QG de brigade britannique tentent de regagner leurs lignes, sur les arrières des Japonais. Les 30 survivants sont dirigés par un capitaine (Stanley Baker) car le général de brigade, trop malade, est transporté en civière. Le groupe arrive devant un village tenu par les Japonais. Après une courte mais violente bataille, le détachement nippon est anéanti. Parmi les morts figure un colonel qui semble transporter des documents importants. Les Anglais capturent un collaborateur birman : pour le faire parler, le capitaine n'hésite pas à faire fusiller deux hommes du village...





Le film est coproduit par la Columbia et la Hammer, davantage connue à cette époque pour ses films d'horreur. Il est adapté d'une production pour la télévision transformée ensuite en pièce de théâtre. Il a été tourné en noir et blanc, en intérieur, sans musique ou presque, avec une reconstitution de jungle assez convaincante. Le thème du film est la question de la morale dans la guerre : Stanley Baker incarne l'anti-héros, qui n'hésite pas à exécuter des civils pour réussir la mission, mais qui n'en sort pas sans dommage. Son alter-ego japonais, Philip Ahn, lui applique les mêmes méthodes après sa capture dans un retournement de situation assez bien mené. Le propos est assez convenu, mais le jeu des acteurs le sauve : Guy Rolfe (le roi Jean de l'Ivanhoé de 1952) en aumônier, Gordon Jackson (le "renseignements" de la Grande Evasion) en sergent baroudeur ou Richard Pasco (protagoniste plus tard de La Gorgone de la Hammer) en sous-lieutenant se cherchant du courage.





Côté armes, le mélange prévaut : à côté d'équipements d'époque (les pistolets Enfield No 2 ou Nambu 14, la mitraillette M1928 Thompson), au moins un soldat japonais est armé d'un MP 40 allemand (!) et d'autres tiennent des Sten Mk II, tandis que les mitrailleuses légères Type 96 japonaises sont remplacées par des FM 24/29 français.