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vendredi 9 août 2019

Cédric et Damien BELTRAME, Au nom du frère, Paris, Grasset, 2019, 195 p.

Le 23 mars 2018, le lieutenant-colonel Beltrame était tué par un djihadiste à l'issue d'une sanglante cavalcade qui s'achevait en prise d'otages dans le Super U de Trèbes. Ses deux frères, Cédric et Damien, ont longtemps hésite à écrire ce livre, comme ils l'expliquent dans l'introduction, mais ils ont tenu à le faire, non pas pour présenter Arnaud Beltrame comme un héros, mais comme un homme "toujours prêt" à ce qui l'attendait dans le cadre de son travail.

Le futur lieutenant-colonel était un inconditionnel du film des Inconnus, Les 3 frères, que j'apprécie particulièrement aussi à titre personnel. Cette anecdote liminaire achève de sortir le personnage d'un statut de "héros" dans lequel on voudrait l'enfermer. Arnaud Beltrame, qui est l'aîné, se montre très vite, au témoignage de ses frères, comme un partisan du non-renoncement, toujours présent, parfois autoritaire aussi.

La vocation militaire d'Arnaud Beltrame lui vient très tôt. C'est à la fois une passion et en même temps, celui-ci tient à faire preuve d'un très grand professionnalisme. La passion remonte à l'enfance, dans ses jeux avec ses frères, ses collections de figurines, les lectures de Raids (que je lisais moi-même adolescent, avant d'arrêter plus tard quand j'ai travaillé l'histoire militaire de manière professionnelle) ou de L'histoire de France en bandes dessinées, un classique que j'ai également parcouru plus jeune, par le cinéma, où il recherchait l'exactitude, tout en appréciant des films comme Platoon ou Patton, des classiques là encore, et même Saving Private Ryan. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir aimé davantage la vie que la mort.

Arnaud Beltrame était aussi un adepte de la randonnée ou des parcours en montagne, du GR20 en Corse au Mont Blanc. Une occasion d'aider, de soutenir un de ses frères parfois en difficulté. Corse par la famille de son père -dont un grand-père qui avait fait l'Indochine, et dont les récits nourrissent aussi la vocation-, Breton du côté de sa mère, Arnaud Beltrame n'a jamais rejeté le passé païen de la Bretagne en dépit de sa conversion à la religion catholique. D'ailleurs, c'était également un adepte du trash metal, en particulier des chansons à résonance guerrière. Preuve que le personnage ne s'enferme pas dans un stéréotype.

Dans le chapitre 6, les deux frères reviennent sur l'attentat raté du Thalys en 2015 pour expliquer qu'en dépit de sa formation au close-combat et d'une pratique du krav-maga (plus trop pratiqué au moment de sa mort), Arnaud Beltrame n'était pas dans une bonne position pour maîtriser son preneur d'otages. Il a tout de même essayé d'intervenir ce qui lui a coûté la vie. La vision géopolitique d'Arnaud Beltrame, décrite dans le chapitre suivant, montre aussi qu'il est plus que périlleux de l'enfermer dans une vision restreinte. La comparaison qu'il dresse entre l'immigration en France et son traitement et celle qu'il a observée à Singapour, où l'un de ses frères habite alors, en témoigne.

Arnaud Beltrame se convertit à la religion catholique sur le tard, et d'après ce qu'expliquent ses frères, aucunement dans un retour à la tradition. C'est plus l'idéal de fraternité qui l'attire dans le message du Christ. C'est d'ailleurs pourquoi il entre aussi dans la franc-maçonnerie. Sa première "planche" au sein de sa loge portera sur les Templiers : tout un symbole. Arnaud Beltrame avait d'ailleurs dans sa bibliothèque de nombreux ouvrages sur la conciliation entre religion catholique et franc-maçonnerie, la première conservant un discours très dur, à l'heure actuelle, encore, sur la seconde.

Bien qu'aficionado, également, de La Chute du faucon noir, Arnaud Beltrame ne s'est pas offert en martyre chrétien à Trèbes, tout comme Gordon et Shugart, d'ailleurs. Las, les médias se sont emparés de la religion catholique du lieutenant-colonel pour mettre en avant la notion de "sacrifice". Ridicule quand on pense que celui-ci devait se marier quelques mois plus tard. Mais il fallait aux médias un héros à mettre en parallèle de la victime de 2016, le père Hamel, égorgé à Saint-Etienne du Rouvray.

Je ne reviens pas sur le récit de cette journée dramatique pour eux que font les deux frères d'Arnaud Beltrame. J'en retiens toutefois cette pression insupportable des médias et les obscénités que l'on peut s'attendre malheureusement à trouver sur les réseaux sociaux - la question de l'égorgement du lieutenant-colonel par le djihadiste prenant le pas sur tout le reste, j'ai malheureusement encore pu le constater récemment sur la page Facebook de mon blog dans un commentaire. Comme le confirme l'instruction du dossier et le témoignage des deux frères, la blessure à la gorge a été infligée lors d'un combat. Point final.

En conclusion, ce livre atteint l'objectif qu'il s'était défini au départ : présenter Arnaud Beltrame comme un homme, et non comme un héros à imiter. En témoigne le dernier chapitre où la relation très compliquée avec le père des trois frères montre combien les choses sont complexes. Personnellement, j'ai été moi-même menacé de mort par des Français de l'Etat islamique, ce qui m'a valu bien des déboires. A la lecture de ce florilège sur Arnaud Beltrame, je n'en tire pas un exemple à suivre, mais un portrait sans concession d'un gendarme, d'un militaire, qui au final a su "se tenir prêt" quand les circonstances l'ont exigé, qui était l'exact inverse de cette phrase prêtée à Khalid ibn al-Walid, général des premières conquêtes islamiques, à son ennemi perse : "J'amène des hommes qui aiment la mort autant que vous aimez la vie".

dimanche 3 mars 2019

Mark GALEOTTI et Johnny SHUMATE, Spetsnaz : Russia's Special Forces, Elite 206, Osprey, 2015, 64 p.

J'ai déjà lu et j'ai plusieurs ouvrages en anglais sur les forces aéroportées et/ou les forces spéciales soviétiques/russes, mais il me manquait quelque chose sur le devenir des Spetsnaz au sein des forces armées russes plus récemment. C'est en écrivant l'article sur le détachement Zaslon pour France-Soir que j'ai saisi l'occasion d'acheter le petit ouvrage Osprey de Mark Galeotti, bien connu pour ses écrits sur les forces armées russes.

Comme il le rappelle dans son introduction, les Spetsnaz sont à la pointe de la nouvelle armée russe. Leur nom même désigne ce qu'ils sont : une troupe "à utilisation spéciale" et non des forces spéciales au sens occidental du terme. Leur rôle se situe entre les forces de reconnaissance militaires et le renseignement pratiqué par des agences spécialisées (FSB, SVR etc). La souplesse de leur emploi en fait actuellement un levier politico-militaire important du pouvoir russe. On y voit plus clair sur les Spetsnaz aujourd'hui, après la "mythologie" dressée par Vladimir Rezun, un transfuge soviétique, sur les Spetsnaz, dans les années 1980/90, sous le pseudonyme de Victor Souvorov.

Les Spetsnaz trouvent leur origine dans la guerre civile russe. Les bolcheviks utilisent des unités de cavalerie comme force spéciale, et une unité "à but spécial" comme force de contre-espionnage et de subversion chez l'adversaire. Après la fin de la guerre civile, bien que ces unités soient dissoutes, les bolcheviks utilisent encore contre les rebelles basmachis, en Asie centrale, des unités de cavalerie ou de la police politique. Des hommes sont formés aux opérations de guérilla : ils sont utilisés en Espagne par la police politique mais de plus en plus par le GRU, le renseignement militaire, aux côtés des républicains. Pendant la guerre russo-finlandaise de 1939-1940, Mamsurov, un vétéran de la guerre d'Espagne, crée une unité "de diversion" composée d'Ougriens parlant finnois, pour faire des prisonniers. L'autre corps qui va développer des unités "spéciales" sont les forces aéroportées qui naissent dans les années 1930.

Pendant la Grande Guerre Patriotique, les aéroportés (VDV) vont toutefois surtout être utilisés comme infanterie de choc, et dans des opérations aéroportées souvent calamiteuses. Les officiers du GRU, avec ceux du NKVD, encadrent les partisans. Les vrais précurseurs des Spetsnaz sont davantage les éclaireurs (razvedchiki), qui dépendant du GRU mais sont affectés aux formations militaires sur le terrain, tout comme les bataillons de sapeurs indépendants de la Garde, spécialisés dans les tâches de démolition, de communication, d'infiltration. Les fusiliers marins soviétiques développent aussi leurs propres unités spéciales, à commencer par la flotte du nord : elles sont désormais mieux connues grâce à deux ouvrages parues en anglais que j'avais fichés sur le blog précédent (ironie du sort, il a probablement été supprimé en raison d'une dénonciation calomnieuse par... des Français pro-russes, dans le mauvais sens du terme). 

Après la guerre, ces forces spéciales sont encore une fois dissoutes, mais trouvent encore des avocats comme le vétéran Ilya Starinov, dont j'avais aussi fiché le livre qui racontait une partie de ses mémoires. En 1949, le GRU reconstitue des compagnies de reconnaissance indépendantes à but spécial. Davantage éclaireurs que commandos, ces hommes servent toutefois de "conseillers" dans les pays frères. La marine est à nouveau en avance puisqu'en 1950, elle forme 4 brigades de Spetsnaz, une pour chaque flotte. C'est en août 1957 que le GRU constitue les 5 premiers bataillons de Spetsnaz, dont le rôle est surtout de détruite les unités nucléaires derrière les lignes ennemies : ils sont donc aéroportés. En 1962, les Spetsnaz passent à 6 brigades, et après s'être entraînés sur les sites des VDV, obtiennent leur propre site d'entraînement à Pechora, puis un autre en Ouzbékistan. Dès lors, les Spetsnaz participent à tous les coups durs : écrasement de la révolte hongroise en 1956, coup de Prague de 1968... avant même les ouvrages de Souvorov, un véritable mythe s'établit en Occident quant au rôle des Spetsnaz. En URSS, ils sont en réalité utilisés pour des tâches de maintien de l'ordre quand cela est nécessaire, en raison de leur disponibilité...

L'âge des Spetsnaz vient avec la guerre en Afghanistan. Un bataillon spécialement formé avec des recrues du monde musulman au sein de l'URSS participe, en décembre 1979, à l'assaut sur le palais présidentiel afghan à Kaboul, protégeant des unités spéciales du KGB. 2 brigades de Spetsnaz (15ème et 22ème) sont déployées en Afghanistan, avec des bataillons provenant parfois d'autres brigades restées en URSS. La 459ème compagnie fait office de réserve stratégique. Les Spetsnaz se montrent précieux pour traquer les moudjahidine afghans et leurs convois logistiques. Ils expérimentent de nouvelles tactiques, comme l'association directe avec un régiment d'hélicoptères de combat (22ème brigade avec le 295ème régiment indépendant en 1987). Le raid sur Krer, réalisé par la 15ème brigade, montre leur audace au-delà, parfois, des limites fixées par le politique. Les Spetsnaz perdent 750 hommes en Afghanistan, et ressortent avec 7 Héros de l'Union Soviétique. Après le retrait, les Spetsnaz servent pour tenter de juguler l'implosion de l'URSS, en Géorgie, ou pour s'interposer entre Azéris et Arméniens à Bakou.

Avec la dissolution de l'URSS, les Spetsnaz perdent plusieurs brigades, dissoutes ou transférées aux nouveaux Etats. Les VDV créent leur propre régiment de forces spéciales (45ème). Les années Eltsine sont difficiles pour les Spetsnaz, que l'on retrouve toutefois en Transnistrie ou au Tadjikistan, quand ils ne forment pas les tueurs de la mafia (cas de la 16ème brigade à Moscou). En Tchétchénie, ils sont employés comme infanterie de choc pendant le premier conflit, ce qui leur occasionne parfois des pertes non négligeables à Grozny. La fin de la guerre les voit revenir à un rôle plus traditionnel. La 22ème brigade est de nouveau engagée lors du deuxième conflit, où les Spetsnaz ont un rôle plus conforme à leur vocation, ce qui n'empêche pas les déconvenues, comme de la fameuse bataille de la colline 776 en février 2000. Le GRU parraine les deux unités dites Spetsnaz des deux présidents Kadyrov, père et fils, Vostok et Zapad, qui sont dissoutes après la guerre en Géorgie de 2008.

Le succès relatif des Spetsnaz pendant la guerre en Géorgie (10ème et 22ème brigades) les font paradoxalement sortir de l'orbite du GRU en 2011. La pression est en effet forte depuis la chute de l'URSS pour ramener leurs missions sous l'égide de l'armée. En 2013 est créé le commandement des opérations spéciales (KSO) qui devient la structure de forces spéciales de l'armée russe. Mais en définitive, la nouvelle forme de guerre "hybride" choisie par l'armée russe remet les Spetsnaz sous l'autorité du GRU dès 2013, comme force stratégique et non subordonnée à des commandements territoriaux. Fin 2014, il y a 7 brigades de Spetsnaz, peut-être 19 bataillons en tout, plus les 4 de la marine, le régiment 45 des VDV et 3 autres unités indépendantes, dont la 100ème brigade qui teste souvent les nouveaux matériels. Le 25ème régiment indépendant a été créé pour opérer dans le Nord-Caucase, et la 346ème brigade (plutôt de la taille d'un régiment ) est l'élément opérationnel du KSO, la structure des forces spéciales. Les unités de Spetsnaz ne sont pas constituées à 100% de volontaires : il y a une bonne moitié de conscrits. On prend toutefois dans le haut du panier pour ces derniers. Le problème des Spetsnaz est aussi que les possibilités d'avancement s'arrêtent au grade de colonel : certains préfèrent donc les VDV. Les Spetsnaz ont joué un rôle-clé dans l'intervention en Crimée, et on les a vus aussi dans l'est de l'Ukraine. Ces 15 à 17 000 hommes, dont un millier sont véritablement à considérer comme des forces spéciales, sont à la pointe de l'armée russe actuelle. Il existe cependant d'autres unités spécialisées : les unités Alpha du FSB pour l'antiterrorisme, le détachement Zaslon du SVR pour les opérations clandestines à l'étranger (n'en déplaise à certains trolls Twitter...)... le MVD dispose de ses propres Spetsnaz, calqués sur ceux du GRU. Les Spetsnaz font partie du premier niveau de cette armée russe à deux vitesses, réduit, bien équipé, capable d'intervenir rapidement.

Le livre se termine sur la description des matériels utilisés par les Spetsnaz, leurs techniques de combat au corps-à-corps, etc. On peut juste regretter que l'ouvrage étant paru en 2015, il n'évoque pas l'engagement des Spetsnaz en Syrie -objet peut-être d'une mise à jour à faire plus tard. La carte p.40 montrant la répartition des brigades de Spetsnaz et autres unités aurait aussi gagné à être mieux conçue. Mais ne boudons pas notre plaisir, l'ouvrage est un petit volume fort pratique pour savoir l'essentiel sur ce type d'unités.


samedi 23 février 2019

David AXE, Matt BORS et Claire MARTINET, War is boring. Correspondant de guerre, Steinkis, 2019, 143 p.

Toute personne qui s'intéresse un tant soit peu à l'actualité militaire, aux enjeux de défense actuels, est tombé un jour ou l'autre, via la toile, sur le site warisboring.com, de David Axe. Le mois dernier, je relisais encore le parcours tumultueux de l'auteur dans le nord-ouest de la Syrie, en octobre 2013, au moment où le groupe Etat Islamique en Irak et au Levant prenait de plus en plus d'importance sur place.

Ce roman graphique a été publié en anglais en 2010, il y a presque une décennie. Je ne l'avais pas lu, aussi je n'ai pas boudé la traduction française, connaissant l'auteur et son site parce que j'en avais lu beaucoup de productions -il faut souligner qu'une multitude de contributeurs interviennent sur War is boring, comme Tom Cooper, bien connu de ceux qui s'intéressent comment moi au conflit syrien.

David Axe me prend par les sentiments, puisque le point de départ de son roman graphique est son périple au Tchad, pays sur lequel j'ai également beaucoup travaillé par le passé. Lors d'un voyage vers un camp de réfugiés dans l'est du pays, il raconte son histoire au conducteur d'un véhicule qui l'a pris en stop.

David Axe a multiplié les séjours dans les pays en guerre. En Irak, bien que mal payé, il a pu évoluer au plus près des combats. A son retour, il est recruté par une revue militaire en cheville avec l'industrie de défense américaine. Mais il ne fait pas ça pour l'argent : ce qu'il recherche, c'est le sentiment de vivre intensément, de ne pas s'ennuyer. D'où son ennui, lorsqu'il part au Liban en 2007, quand la tournée est "organisée", avec un guide qui profite de l'excursion tous frais payés, ou des militaires de la force d'interposition au sud Liban qui goupillent leur présentation, ou paniquent devant son guide qu'ils prennent pour un islamiste (!). Revenu aux Etats-Unis, David Axe s'ennuie, de nouveau. Dans les expositions de marchands d'armes, il doit faire face à l'hostilité des communicants qui n'aiment pas les journalistes sans cravates (!). La solution est toute trouvée : Axe demande à une collègue féminine de l'accompagner... la morosité est telle que David Axe va voir sa patronne pour lui annoncer qu'il a "besoin d'une guerre". Au Timor oriental, ravagé par la guerre, David Axe attrapera la dengue... une métaphore en quelque sorte de son ennui viscéral hors contexte de guerre, avec ces rêves complètement fous provoqués par la maladie. Axe finit d'ailleurs par donner un peu d'argent à un habitant de l'île auquel il avait refusé, la première fois, de venir en aide... en Afghanistan, où on le confond avec un responsable de l'ONU et bien qu'on le prenne pour un journaliste du Washington Post, David Axe ne cache rien des illusions dans lesquelles s'entretiennent les Américains, de la corruption qui n'en finit pas de ravager le pays, des soldats néerlandais qui sont déchiquetés par les attaques au véhicule suicide. Des guides aussi, que ce soit au Liban ou en Afghanistan, qui finissent par lui demander de les aider à quitter leur pays. En Somalie, Axe, faute de collègue, emmène sa copine du moment. Mais les choses tournent mal : celle-ci manque de se faire lyncher, les Somaliens ne voyant en eux que des "infidèles". Retour aux Etats-Unis, à Détroit, après que sa copine l'ait plaquée. Puis départ de nouveau, pour le Tchad, où l'on retourne au début de l'histoire. La boucle est bouclée : Axe assiste, en bas du bâtiment où il réside à Abéché, à un combat de rues, face-à-face avec un technical...

Je n'ai pas du tout l'expérience de David Axe, mais d'une certaine façon, je comprends son point de vue. Cela fait plus de 5 ans que je travaille maintenant sur le conflit syrien. J'y ai passé beaucoup de journées, parfois des parties de la nuit. J'en néglige parfois d'autres choses qui sont pourtant, à la réflexion, plus essentielles. Mais j'y reviens sans cesse, sans savoir trop pourquoi. Je ne sais pas si c'est une drogue. Mais je trouve toujours quelque chose à travailler, un document à analyser, un acteur dont je n'ai pas réalisé le portrait comme j'ai l'habitude de le faire. Est-ce-que cela est d'être trop perfectionniste ? De toujours vouloir en faire plus ? Ce samedi, pour la première fois, j'ai été cité dans un article du dernier numéro de la revue Perspectives on Terrorism, sans doute l'une des plus intéressantes sur les sujets qui m'occupent. Parlant de deux autres collègues et de moi-même, l'auteur dit à notre propos : "Nobody to date has superseded these authors for their knowledge on the technical specifications of IS weapons and descriptions of IS battles." . Je conteste toutefois l'idée, comme l'écrit l'auteur, que nous serions seulement des spécialistes de comment l'EI combat et non de la méthode de guerre de l'EI. D'ailleurs l'auteur, pour faire la différence, cite d'autres noms qui ne sortent pas forcément du lot. Cette mention est peu de choses, mais c'est une vraie reconnaissance pour un travail, qui, il est vrai, vampirise le quotidien, absorbe, dissout même. Mais je n'arrive pas à arrêter. Et je ne sais pas trop pourquoi. Hier, un follower sur Twitter me faisait la réflexion suivante, après la parution d'un énième article de ma main : "Dort-il ?". Oui, je dors. Mais souvent après de longues journées de travail sur l'EI, les conflits syrien et irakien. Le résultat est là. Mais quelles en sont les finalités ? Je m'interroge encore souvent, et je n'ai qu'une partie de la réponse, après cinq années.

jeudi 3 janvier 2019

Mike GUARDIA et Peter MORSHEAD, US Army and Marine Corps MRAPS. Mine Resistant Ambush Protected Vehicles, New Vanguard 206, Osprey, 2013, 48 p.

Les MRAP (Mine Resistant Ambush Protected Vehicles) sont des véhicules conçus pour l'US Army et le Marine Corps suite aux combats menés en Afghanistan en Irak entre 2001 et 2005. Les insurrections qui affrontent les Américains emploient, en effet, de plus en plus d'engins explosifs improvisés (IED), qui deviennent de plus en plus sophistiqués. Ces IED montrent les limites du M1114 Humvee, cheval de bataille des troupes américaines, qui même surblindé ne protège pas suffisamment l'équipage en cas d'explosion. Le département de la défense passe donc commande de 3 catégories de MRAP, qui correspondent à la taille des véhicules, des plus petits (1) aux plus grands (3). Entrés en service entre 2005 et 2007, les MRAP, fabriqués par différents constructeurs, ont en commun une coque en V pour détourner le souffle de l'explosion et un centre de gravité plus en hauteur pour protéger le véhicule qui saute sur un IED. Ces MRAP s'inspirent fortement des véhicules que les Sud-Africains avaient mis au point durant les conflits menés durant les années 1970-1980, où ceux-ci avaient déjà dû affronter ce type de menaces.

C'est la guerre en Irak qui met au jour la menace posée par les IED et la vulnérabilité du Humvee. L'armée américaine refuse d'engager ses chars M-1 Abrams pour des tâches de routine. Or seuls 2% des 110 000 Humvees de l'armée américaine sont alors équipés d'un surblindage, et la plupart ne sont pas en Irak... les Américains se reposent d'abord sur le M1117, véhicule de police militaire qui dispose déjà des caractéristiques des MRAP, avant d'expédier des kits de surblindage pour les Humvees et d'augmenter la production des véhicules modifiés. Mais en 2005, l'effort reste insuffisant. Le département de la défense définit alors le MRAP et ses 3 catégories : la 1, où les véhicules doivent être capables d'embarquer une équipe de 6 hommes en comptant l'équipage, pour évoluer en milieu urbain, pour la reconnaissance ; la 2, la plus fréquente, où les véhicules peuvent embarquer une escouade complète ; la 3, enfin, comprend des véhicules lourds pour la détection des mines et le déminage. De nombreux constructeurs mettent des véhicules en chantier pour honorer les contrats. Le premier arrivage massif de MRAP survient à l'automne 2007 : le nombre en service passe de 1 500 à 10 000 (!) en décembre 2008, soit l'équipement le plus massif depuis la Seconde Guerre mondiale. Les MRAP font passer le taux de pertes humaines devant les attaques d'IED à moins de 6% contre 22% pour les Humvees surblindés.

Le premier véhicule utilisé pour compenser les faiblesses du Humvee est le M1117. Conçu en 1998, c'est l'héritier du Commando V-100 du Viêtnam. La production est faible jusqu'à l'invasion de l'Irak, puisque le M1117 sert uniquement dans la police militaire. Comme il se montre bien adapté aux IED et qu'il est de plus en plus utilisé en Irak, la production est relancée pour atteindre 1 700 exemplaires, dont beaucoup seront donnés à la police irakienne par la suite. On le retrouve maintenant, parfois, entre les mains des milices du Hashd al-Chaabi, qui en ont récupéré des exemplaires abandonnés en 2014.

Le MRAP le plus répandu est le MaxxPro de Navistar. Les Marines en commandent 1 200 exemplaires et l'US Army 4 471. Navistar a conçu une version de la catégorie 1 du MRAP, une pour la catégorie 2 (MaxxPro XL) et enfin, pour les Marines, une version plus légère et plus mobile, le MaxxPro Dash. Plus de 7 000 exemplaires du MaxxPro ont finalement été livrés.

Avec son M-ATV, la compagnie Oskhosh satisfait le besoin de l'armée américaine en Afghanistan qui recherche un véhicule plus adapté que les MRAP aux difficultés du terrain. L'armée américaine en commande 2 244 exemplaires en 2009.

BAE développe, comme Navistar, le MRAP Caiman en version 4x4 et 6x6 pour les catégories I et II. Les Marines en commandent 668 exemplaires dès 2007, puis 1 024 autres au printemps 2008. La production s'arrête cette année-là. BAE développe aussi le RG-31 Nyala inspiré des précédents sud-africains, ainsi que le RG-33 pour la catégorie 1 et le RG-33L pour la catégorie 2. Plus de 1 735 exemplaires du RG-33 ont été livrés à l'armée ou aux Marines.

De la même façon que Navistar et BAE, Force Protection Inc propose un MRAP double version, 4x4 et 6x6, pour les catégories 1 et 2, le Cougar. Une version a également été produite pour l'armée irakienne (Iraqi Light Armored Vehicle, ILAV). Plus de 3 000 Cougar ont été livrés à l'US Army ou aux Marines. Force Protection Inc fournit aussi le seul MRAP de catégorie 3, le Buffalo Mine Removal Vehicle (MRV).

Le MRAP n'était pas destiné à devenir un élément permanent de la structure des forces armées américaines : il répondait à un besoin ponctuel. Toutefois le département de la Défense, avec son projet de Joint Light Tactical Vehicle, cherche bien à combiner la protection des MRAP avec l'agilité du Humvee. L'ouvrage, paru en 2013, présente les différents prototypes en compétition : nous avons désormais que c'est le Light Combat Tactical All-Terrain Vehicle (L-ATV) d'Oshkosh qui l'a emporté. Il s'agit d'en fournir 25 000 d'ici 2020... la conclusion pose la question du devenir de ces véhicules, 23 000 MRAP ayant été construits, qui passeront à la casse une fois le L-ATV entré en service. Certains militaient pour l'incorporation des véhicules dans la structure de l'armée ; d'autres pour un confinement aux unités spécialisées (escorte de convois, entraînement). Certains enfin seraient transférés aux pays alliés pour les besoins de la contre-insurrection.

Cinq années ont passé depuis la sortie du livre, et il se retrouve un peu dépassé par la naissance de l'Etat islamique en Syrie et en Irak, ainsi que de ses différentes branches extérieures. De fait, beaucoup d'armées régulières ou de forces non-régulières qui combattent l'EI utilisent aujourd'hui des MRAP : l'armée irakienne a déployé, notamment en 2016, nombre d'ILAV, de Caiman ou de MaxxPro fournis par les Américains face à l'EI. L'armée égyptienne utilise certains modèles dans le Sinaï. L'armée nigériane, également, déploie des MRAP face à la branche Afrique occidentale de l'EI. Récemment, dans les combats de la poche de Hajin, on a pu voir que les Forces Démocratiques Syriennes avaient reçu des MaxxPro des Américains puisque plusieurs ont été détruits par l'EI. Les MRAP restent donc en première ligne face aux djihadistes, mais leur efficacité dépend aussi de leurs conditions d'emploi : ils sont régulièrement victimes des missiles antichars déployés par l'EI en Syrie ou en Irak, et des IED parfois savamment utilisés par les djihadistes, comme au Sinaï.








Maxx Pro des Forces Démocratiques Syriennes détruit dans la poche de Hajin par un missile antichar de l'EI (reportage photo du 9 octobre 2018).


MaxxPro des FDS incendié par l'EI, 10-13 octobre 2018.

MaxxPro des FDS détruit dans al-Soussah, 25-28 octobre 2018.




samedi 1 décembre 2018

Aude THOMAS, L'Etat islamique en Libye. Acteurs et facteurs du conflit, Paris, Editions du Cygne, 2017, 160 p.

Même en anglais, les livres sont rares sur la branche libyenne de l'Etat islamique. C'est donc non sans curiosité que j'ai acquis ce livre en français paru à la fin de l'année dernière, et qui constitue quasiment le seul titre disponible sur le sujet dans la langue de Molière. Force est de constater que malheureusement il ne fera pas date...

Il s'agit en fait de la transposition d'un mémoire de master 2, essentiellement rédigé pendant la première moitié de 2016, avec une mise à jour pour 2017, l'année de parution du livre.

Cette transposition s'appuie en fait sur un nombre de sources limitées, et pas forcément de la meilleure qualité. Ainsi, dès la première partie sur la présentation générale de la Libye, on note p.16 la mention en notes d'un ouvrage de Jean-Christophe Notin, que l'on ne saurait qualifier de source la plus impartiale pour tous les conflits impliquant la France ces dernières années, puisque cet auteur relaie souvent la version officielle des autorités françaises -ce qui lui ouvre évidemment un certain nombre de portes, mais avec un certain point de vue... Dès la p.17, de la même façon, on note une erreur sur l'année de parution d'un ouvrage mentionné deux pages avant, ce qui montre que la relecture n'a pas été attentive. On est achevé pour ainsi dire à la p.19 quand l'auteur cite en note... Bernard Lugan, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il ne s'agit pas d'un auteur neutre, malheureusement trop lu, d'ailleurs, au sein de l'armée française. J'arrête là la liste mais d'autres sources citées en note, aussi, ne cesse pas d'étonner. Un autre problème se pose dès la p.23 : les cartes qui illustrent l'ouvrage, relativement nombreuses ce qui est bien, sont malheureusement trop petites pour la plupart pour être correctement lisibles. P.30, une des notes, car il faut le dire aussi, reprend même un article de... Sputnik, autrement dit la parole d'Etat russe. La présentation des différents acteurs du conflit libyen est peu claire, en dépit cette fois de l'utilisation de sources plus pertinentes, comme le Long War Journal.

La deuxième partie sur l'Etat islamique en Libye est à l'avenant. L'auteur se trompe sur la kounya du prédécesseur d'Abou Bakr al-Baghdadi (p.62), Abou Omar. Elle n'explique pas clairement qu'en Syrie, c'est l'Etat islamique d'Irak qui a donné naissance au front al-Nosra, avant la scission de 2013-2014 entre les deux groupes. Il est également faux de dire que l'EIIL/EI s'est emparé de Deir Ezzor (p.66) puisqu'en réalité le régime tiendra toujours une partie de la ville et l'aéroport militaire, et, bien qu'encerclé plusieurs années, se maintiendra jusqu'au dégagement du siège imposé par l'EI en septembre 2017. Hama n'a jamais été tenue par l'EI, ni même pas les rebelles syriens d'ailleurs (p.67). De la même façon, l'auteur parle de travaux de "chercheurs italiens", sans jamais les nommer précisément, bien qu'on devine leur identité aux notes mises dans plusieurs passages, qui semblent être des sources importantes du travail. La tactique d'implantation de l'EI en Libye décrite dans l'ouvrage repose largement sur un des essais d'Aaron Zelin. On peut que relever certaines incohérences qui dénote d'une absence de relecture : p.74, il est écrit que Syrte tombe entre les mains de l'EI en février 2015. Puis, p.83, c'est en juin 2015 (!). Il faudrait choisir... La présentation de la dimension militaire repose sur une source désormais datée, qui d'ailleurs s'applique plus au théâtre syro-irakien qu'à la Libye. L'auteur n'est pas familière du matériel militaire ; elle ne fait pas un travail à la source, se reposant parfois pour son analyse sommaire sur d'autres sources plus pertinentes qu'elle-même, mais ce n'est pas toujours le cas. En conséquence le tableau reste trop succinct.

La troisième partie présente les scénarios d'évolution possibles de la branche à l'été 2016, moment où le travail de master a été écrit. Sur les 4 scénarios proposés, aucun ne correspond véritablement à l'évolution actuelle de la branche, bien qu'il cadre pour partie avec le deuxième énoncé dans cette partie. Malheureusement la "mise à jour" par rapport au mémoire initial n'exploite à fond, là aussi, les sources primaires disponibles, à commencer par les documents de propagande de l'EI. Le groupe a publié en septembre 2017 sa première vidéo longue depuis la chute de Syrte en décembre 2016... qui, oserai-je le dire, a été analysée en détails, pour l'aspect militaire, sur ce blog, au moment où je publiais encore mes analyses ici-même, même si à l'époque mes analyses de vidéos de l'EI n'étaient pas aussi détaillées qu'aujourd'hui -et je commençais tout juste à traiter les vidéos libyennes, me concentrant sur la Syrie et l'Irak. Rien de tel dans l'ouvrage.

La conclusion manque ainsi le coche sur la situation actuelle de l'EI, que l'on peut mieux apprécier à travers les nouveaux documents mis en ligne par le groupe cette année. La branche libyenne, installée au sud de Syrte dans le désert, aurait tendance à essaimer à la fois vers l'ouest et vers l'est, en direction du croissant pétrolier. L'activité a été plus intense cette année qu'en 2017, et une nouvelle vidéo est apparue en juillet dernier (que j'ai moi-même analysé plus en détails, cette fois, via la liste de diffusion où je partage mon travail). On manque de d'étrangler en voyant B. Lugan de nouveau cité dans les dernières lignes...

Au final, la branche libyenne de l'Etat islamique attend toujours son ouvrage en français. Il aurait fallu que celui-ci soit moins tributaire de ses (bonnes ou mauvaises) sources et propose une analyse un peu plus originale. Rien ne l'illustre mieux que l'image de couverture : c'est un montage réalisé à partir d'une capture d'écran de la vidéo de la wilayat Barqah de septembre 2017. Mais à l'intérieur du livre, la légende reprend le titre en anglais de la vidéo tiré tout droit de... Jihadology, avec une petite erreur de date (24 et non 25 septembre). L'auteur n'a même pas pris la peine d'essayer de traduire le titre en français. Un bon résumé de l'ensemble.

dimanche 18 novembre 2018

Matthieu SUC, Les espions de la terreur, Harpers Collins, 2018, 408 p.

Difficile d'être totalement objectif quand l'on a aidé soi-même à la rédaction d'un ouvrage aussi passionnant. Car j'ai répondu aux questions de Matthieu Suc, journaliste à Médiapart, qui couvre depuis plusieurs années les attentats terroristes commis par l'EI en Europe, et leurs auteurs, pour appuyer son ouvrage sur les "espions de la terreur". Je vais essayer de l'être pourtant, car il faut bien ficher ce livre, qui est à découvrir, absolument.

La citation de Gabriel Martinez-Gros, en exergue, est on ne peut mieux choisie : les djihadistes, effectivement, ne sont pas plongés dans le Coran, mais dans l'histoire mythifiée des premières décennies de l'islam. Je le vois chaque semaine en analysant leurs vidéos de propagande. Et dans ce mythe, il y a déjà le renseignement. L'adversaire battu par ruse, par déception. L'adversaire abusé. La victoire militaire obtenue par l'espionnage, la victoire du renseignement.

En juin 2015, le djihadiste français Nicolas Moreau, de retour en France, est l'un des premiers à évoquer dans ses auditions devant la DGSI l'amniyat. Un mot qui semble encore inconnu des services de renseignement français, lesquels s'empressent de faire une note à ce sujet, quand bien-même cela ressemble encore à un immense fourre-tout. Emni, Amni, police encagoulée, les "revenants" français décrivent cet organisme, mais on ne sait pas trop encore à quoi l'on a à faire. On le découvrira malheureusement trop tard.

dimanche 4 novembre 2018

Anne GIUDICELLI et Luc BRAHY, 13/11. Reconstitution d'un attentat. Paris, 13 novembre 2015, Paris, Delcourt, 2016, 128 p.

L'idée de départ est intéressante : traiter les attentats du 13 novembre 2015 à Paris en bande dessinée - c'est ce que souligne le sous-titre sur la couverture ci-contre, "un documentaire en BD". Malheureusement le résultat n'est peut-être pas à la hauteur de l'enjeu.

L'introduction, qui montre le voyage de Salah Abdeslam pour aller chercher d'autres membres de la cellule, par route, en Europe de l'Est, ne laisse pas entrevoir l'organisation mise en place par l'amniyat de l'EI pour tenter de frapper l'Europe, et ce avant même la proclamation de l'Etat islamique en juin-juillet 2014 - notamment la base installée en Grèce et en Turquie en 2015, avant la Belgique, pour l'attentat avorté de Verviers. En revanche, la base d'opérations belge est mieux appréhendée dans la BD. C'est un des gros problèmes du travail : les attentats ne sont pas remis dans leur histoire longue, depuis l'apparition de l'Etat islamique en Irak et au Levant (2013).

Le trajet en voiture de la Belgique à la France souligne toutefois un autre problème de la BD : le dessin : il est malheureusement difficile de reconnaître tous les personnages (les membres de la cellule terroriste en particulier), qui sont nombreux et dont les traits ne sont pas forcément différenciés au maximum, et parfois pas très ressemblants. On reconnaît Samy Amimour mais beaucoup moins les deux autres assaillants du Bataclan, par exemple.

De la même façon, Abou Souleyman al-Firansi -Abdellilah Himiche- est présenté par la BD comme l'organisateur des attentats de Paris. Or à ce jour rien n'est venu étayer cette hypothèse soumise par les Américains, et on manque même d'informations quant à son appartenance à l'amniyat, et même à l'Amn al-Kharji, la branche spécialement chargée des attentats en Europe. A la fin de la BD, on voit Abou Muhammad al-Adnani "adouber" Abou Souleyman al-Firansi comme responsable de l'Amn al-Kharji, ce dont là encore nous n'avons aucune trace. La BD n'évoque pas, par contre, cas d'Abou Ahmad, alias Osama Atar, le seul Franco-Belge dont le rôle de direction des attentats depuis la Syrie est avéré.

Concernant le déroulement des attentats, une case montre un des kamikazes irakiens du stade de France refoulé par un membre du service de sécurité aux barrières, alors que le livre coécrit par les 3 journalistes que je fichais récemment, assez fouillé, expliquait bien que cela n'avait pas été le cas. La représentation de la première fusillade, devant les restaurants Le Carillon et le Petit Cambodge, montre sans arrêt des tirs en rafale alors que les survivants décrivent bien des tirs au coup par coup, exécutés par des terroristes posés ayant conservé un grand sang-froid. La BD ne montre pas aussi exactement le parcours de Brahim Abdeslam, qui s'assoit dans le Comptoir Voltaire avant de se lever et de faire exploser sa ceinture explosive (on voit bien en revanche le geste de visière devant le visage dans la case). La page 85 de la BD est un peu étrange : en parallèle des scènes de massacre au Bataclan, deux autres cases montrent des explosions ou bombardements dans la Ghouta orientale et à Douma, deux secteurs dont à l'époque l'EI est absent. On aurait mieux compris un parallèle avec des zones contrôlées par l'EI et bombardées par la coalition, puisque les 3 assaillants du Bataclan, dans leur discours, vont justifier leurs actes par les bombardements de la coalition, selon une argumentation dont a dit qu'elle était erronée. Il y a aussi cette séquence, p.93, où les hommes de la police demandent si les militaires de la patrouille Sentinelle arrivée près du Bataclan peuvent faire usage de leurs armes, ce qui est refusé ; la BD laisse entendre qu'un des policiers emprunte son arme à un militaire, ce qui apparaît là encore inexact. La scène de l'assaut final de la BRI au Bataclan, remarquable par son professionnalisme et son résultat, est malheureusement traitée trop rapidement. Par contre, on ne peut que souligner la mention par la BD de la visite, au même moment, de plusieurs parlementaires français auprès de Bachar al-Assad, qui évidemment, se frotte les mains devant les attentats de Paris. Parmi eux, Thierry Mariani et Jean Lassalle.

Malgré ses limites, je dois dire que je me suis fréquemment pris à relire cette BD. Peut-être parce que ce média permet mieux qu'un autre de se replonger dans la trame des événements, même si ici elle comporte des erreurs et manque de profondeur. C'est bien que la BD remplit quand même, en partie, un objectif. La BD vieillira sans doute mal, car d'autres prendront peut-être le relais avec des explications plus poussées, peut-être même un dossier en fin d'ouvrage comme cela se fait souvent.

samedi 27 octobre 2018

Jean-Michel DECUGIS, François MALYE et Jérôme VINCENT, Les coulisses du 13 novembre, Paris, Plon, 2016, 283 p.

Un travail impressionnant que cet ouvrage coécrit par 3 journalistes, qui raconte, minute par minute, le déroulement des attentats du 13 novembre 2015, jusqu'au matin du 14.

Les 3 journalistes ont en effet interrogé victimes, témoins, policiers, pompiers, médecins, hommes politiques, bref, un large panel de personnes concernées au premier chef par cet événement inédit et tragique survenu il y a bientôt 3 ans sur le sol français. On suit ainsi heure par heure le déroulement des attentats, leurs conséquences dramatiques, l'organisation des secours, l'intervention des forces de l'ordre, ce qui permet au passage de démonter un certain nombre de fausses rumeurs.

Très focalisés sur le narratif, les 3 auteurs n'ont toutefois peut-être pas assez travaillé suffisamment certains points, qui mériteraient d'être corrigés ou précisés, dans la partie contexte. Ainsi p.16, l'idée, malheureusement encore souvent partagée, selon laquelle la France est visée par l'EI en raison de ses frappes aériennes en Irak, puis en Syrie, est inexacte. On sait que des Français partis rejoindre l'Etat Islamique en Irak et au Levant dès 2013, plus d'un an avant les premières frappes françaises, appelaient déjà à commettre des attentats en France. C'est le cas de Tyler Vilus, un des propagandistes francophones les plus importants de l'EIIL à l'époque. Rachid Riahi, un proche de Vilus, est par ailleurs impliqué dans la cellules Cannes-Torcy. Mehdi Nemmouche, qui commet l'attentat de Bruxelles en mai 2014, est arrivé en Syrie dès décembre 2012. Mourad Farès, l'ancien bras droit d'Omar Diaby, qui à son arrivée en Syrie, intègre un temps l'EIIL, a raconté comment un Saoudien recrutait déjà pour l'EI parmi les combattants étrangers, dont les Français, pour préparer des attentats en Europe (automne 2013).

P.36, petite imprécision : certes l'EIIL tire une partie de sa dénomination du Sham, mais pas seulement : le nom du groupe, d'avril 2013 à juin 2014, est exactement ad-Dawlah al-Islamiyah fi'l Iraq wa-sh Sham. Il y a donc l'Irak, la "maison mère", et le Sham...

P.41, un petit raccourci : en parlant d'Abaaoud, les auteurs passent rapidement sur cette intégration dans la Katibat al-Muhajireen, la brigade des immigrants, dont à la lecture on ne comprend pas bien son lien avec l'EIIL. La Katibat al-Muhajireen est en fait une subdivision créée pour les djihadistes étrangers par un groupe djihadiste syrien. Ce groupe djihadiste syrien s'appelle d'abord Majlis Shura Dawlat al-Islam : il est dirigé par Firas al-Absi, un Syrien qui a rencontré Zarqawi en Afghanistan. Lié au front al-Nosra, il est en fait une antenne de l'Etat islamique d'Irak, qui a catapulté des cadres en Syrie pour créer al-Nosra. En juillet 2012, le groupe hisse le drapeau d'al-Qaïda sur le passage frontalier de Bab el Hawa : il est en chassé par les rebelles le mois suivant, Firas est tué. Son frère Amr avait été relâché de la prison de Sednaya par le régime syrien en mai-juin 2011, après avoir voulu passer en Irak. Abou al-Atheer, puisque c'est la kounya qu'il utilise, reprend le flambeau : il fusionne le groupe qu'il avait créé, Katiba Usood al-Sunna, à Homs, en février 2012, avec celui de son frère et renomme le tout al-Majlis Shura al-Mujahideen, autrement dit le nom du prédécesseur de l'Etat islamique d'Irak. Abou al-Atheer contrôle ainsi les réseaux djihadistes qui s'installent de Homs à Alep. Son groupe va se rallier aux manoeuvres de Haji Bakr et d'Abou Muhammad al-Adnani, lieutenants d'Abou Bakr al-Baghdadi, qui dès les derniers mois de 2012 n'a plus confiance dans son disciple Abou Muhammad al-Jolani qui a pris la tête du front al-Nosra. Abou al-Atheer se rallie à Bagdadi avant la proclamation de l'EIIL en avril 2013 : il aurait également persuadé Omar al-Shishani de le faire. Il joue un rôle capital pour attirer de nombreux combattants étrangers plutôt proches ou dans al-Nosra vers l'EIIL. Abou al-Atheer organise de nombreux enlèvements de journalistes occidentaux, comme ceux de John Cantlie et James Foley. C'est au sein de ce groupe qu'est donc formée la Katibat al-Muhajireen, regroupant les Occidentaux qui commencent à se presser à la frontière turque avec la création de l'EIIL en avril 2013. Le groupe d'Abou al-Atheer, comme quelques autres, est d'ailleurs bien placé puisqu'il a sa base au nord-ouest d'Alep, très près de la frontière, ce qui lui permet de réceptionner facilement les candidats au djihad. Abou al-Atheer est alors gouverneur d'Alep pour l'EIIL.

L'affirmation la plus surprenante, toutefois, n'est pas des 3 auteurs, mais celle de Jean-Marc Falcone, le directeur de la police nationale de l'époque, reprise d'ailleurs sur la couverture du livre, selon laquelle les attentats du 13 novembre représentent quelque chose d'inédit, imprévisible. Elle a de quoi faire sourire, comme le rappelle ce long article, et d'ailleurs des éléments du livre lui-même viennent fracasser cette affirmation.

En dépit de ces quelques points de détail, on lira volontiers cet ouvrage qui raconte avec beaucoup de précision, et surtout de témoignages poignants, la terrible nuit du 13 au 14 novembre 2015.

mardi 23 octobre 2018

Jean-Michel DECUGIS et Marc LEPLONGEON, Le chaudron français, Paris, Grasset, 2017, 243 p.

Lunel. Le nom est bien connu de ceux qui s'intéressent au phénomène du djihadisme depuis le début du conflit syrien. Cette ville située entre Nîmes et Montpellier, où les indicateurs sociaux sont affolants, où les enfants d'immigrés se sont tournés vers un islam de plus en plus rigoriste, décrite par son maire de droite comme "envahie", ce qui se passe de commentaires, a été réduite au rang de "capitale du djihad français" en raison du départ d'une vingtaine de jeunes en l'espace d'une année, entre novembre 2013 et décembre 2014. A tort, sans doute. L'un des deux auteurs, journaliste, avait signé en 1995 dans le  Figaro un article évoquant la dégringolade de la ville : deux communautés qui vivent à côté l'une de l'autre et qui s'ignorent, un trafic souterrain de drogue qui empoisonne la ville... basé sur des témoignages de tous les bords, le livre est plus le récit d'une faillite française que celui du djihadisme à Lunel.

Les premiers départs de Lunel en Syrie, en novembre 2013 et dans les mois qui suivent, choquent localement. Pourtant, comme le montre l'enquête au sujet du départ de Raphaël Amar, un Juif converti, une association humanitaire locale, Oummatou Rahma, apparue dès 2012, a joué un rôle non négligeable dans la récupération de candidats au djihad. Et souvent les hommes sont accompagnés de femmes, lesquelles ne sont en rien contraintes à partir. Ceux qui restent d'ailleurs, ne cachent pas leurs convictions.

Lunel a été marquée par l'immigration post-guerre d'Algérie. Les harkis, d'autres Africains du nord, Algériens ou autres ; mais aussi les pieds-noirs, qui reproduisent parfois le schéma colonial dans ce sud-est bouillonnant. Le tournant se situe à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Selon un processus classique, le centre-ville se vide de la population plus aisée, qui part s'installer en périphérie, et se paupérise en entassant les populations issues de l'immigration. Les riches propriétaires font travailler les immigrés sur les propriétés agricoles de l'extérieur de la ville. Les commerces du centre ferment, tandis que les grandes surfaces éclosent en périphérie. Et l'extrême-droite, installée dès 1982, s'engouffre dans la brèche.

Une ratonnade sans précédent a lieu à Lunel le 14 juillet 1982 : le FN entre à la mairie, associé à la droite, dès 1983. Vient la marche des beurs, mais les enfants issus de l'immigration voit leur protestation confisquée par les réponses de Françoise Mitterrand. Ils ne sont pas intégrés dans le jeu politique, même local. Alors, ils se tournent vers d'autres horizons : le trafic de drogue, qui s'installe à Lunel dans les années 90, et l'islam radical. Les premiers signes apparaissent dès cette décennie-là : présence du Hizb ut-Tahrir, liens avec le GIA algérien. La  non construction d'une mosquée radicalise une partie de la jeunesse : le Tabligh est présent dès 1989. Quand la mosquée El Barakah est finalement inaugurée, en 2010, le mal est fait. Avec un encadrement peu adapté, l'immense bâtiment accueille bientôt, en marge des prêches de l'imam, des conciliabules plus radicaux.

Beaucoup de jeunes Lunellois partis en Syrie mourront dans les rangs de l'Etat islamique pendant le siège de Deir Ezzor : dans la seconde moitié de 2014, l'EI, qui a chassé les rebelles et le front al-Nosra du secteur, se retrouve face-à-face avec le régime syrien qui s'accroche à l'aéroport militaire et à certains quartiers de la ville. Le groupe djihadiste ne submergera jamais ces deux enclaves, et paiera le prix du sang ; le régime aussi, toutefois. En décembre 2014, les déclarations ambigües du président de l'association qui gère la mosquée de Lunel mettent le feu aux poudres. L'opération coup de poing lancée à Lunel par le ministère de l'Intérieur après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher, en janvier 2015, achève de braquer les projecteurs sur Lunel, le "Djihadland". En réalité, les profils des djihadistes, comme souvent, sont aussi variés que complexes à saisir. Pendant ce temps, à la mosquée, on s'écharpe quant à savoir qui tiendra les clés. Le maire s'enferme dans son bureau, ne songeant qu'à sauver une ville "envahie". Il faudra attendre septembre 2016 et la désignation d'un imam stable pour que la mosquée retrouve un semblant de normalité. A Lunel, décidément, le djihadisme n'est pas né d'un coup de baguette magique, grâce à l'EI. Il est né sur les ruines de l'abandon de l'Etat.

dimanche 21 octobre 2018

Ben DAN, L'espion qui venait d'Israël, L'aventure aujourd'hui 228, Paris, J'ai lu, 1970, 307 p.

Le livre raconte, quelques années à peine après les événements, le parcours singulier d'Elie Cohen, espion israëlien infiltré en Syrie, qui est démasqué, arrêté, et pendu, le 19 mai 1965, par le pouvoir syrien. Juif égyptien, Cohen est très tôt attiré par le mouvement sioniste qui milite pour la création d'un Etat juif. Sa famille émigre dès 1948-1950 en Israël ; Elie Cohen reste, et participe à une première entreprise de sabotage, ratée, qui lui vaut une première arrestation en Egypte en 1952. S'étant échappé, il rejoint Israël. Ayant du mal à s'intégrer à la vie civile, il accepte en 1960 d'entrer au Mossad, qui l'a repéré. Il est formé de manière très dure par un instructeur, surnommé "Le Derviche". Puis, quand on le juge prêt, on le prépare à sa nouvelle identité : celle d'un Syrien, baptisé Kamal Amin Taabes. Israël a en effet grand besoin d'informations sur les capacités militaires de la Syrie, qui bien que dominée par l'Egypte au sein de la République arabe unie, continue de menacer le nouvel Etat depuis le plateau du Golan.
En février 1961, Cohen atterrit à Buenos Aires. Il doit se faire passer pour un descendant d'une famille commerçante syrienne établie à Beyrouth, puis à Alexandrie, et qui songe à émigrer en Argentine, avant, éventuellement, de retourner en Syrie, dès que possible. Bénéficiant d'un relais en Europe, Cohen réussit à s'introduire dans la communauté syrienne en exil à Buenos Aires. Il rencontre même le général Amin el Hafez, qui organisera le coup d'Etat de 1963. Suffisamment parrainé par les Syriens en exil, Cohen peut désormais envisager de se rendre en Syrie, après un dernier passage par Israël pour se former à opérer avec un émetteur radio clandestin. Entretemps, la Syrie s'est débarrassée de la tutelle égyptienne.

Partant de Gênes, Cohen se rend en bateau sur la côte libanaise. La rencontre pendant le trajet par mer avec un cheikh facilite son entrée dans le pays, en janvier 1962. Grâce à ses contacts en Argentine, il trouve un appartement au coeur de Damas, en face de l'état-major syrien (!), à Abbu-Rumana. Le 12 février 1962, il envoie son premier message. C'est grâce à ses informations que l'armée israëlienne attaque, en mars 1962, le poste de Noukeib, attaque pendant laquelle un soldat est porté disparu -Cohen sera chargé de le retrouver en Syrie, en vain. Il sympathise en revanche avec le neveu du chef de l'état-major syrien. Ses contacts et son talent d'observateur lui permettent de renseigner le Mossad sur l'évolution politique dans le pays ; et même de bénéficier d'une tournée des défenses syriennes à la frontière israëlienne. L'espion reste toutefois lucide ; dans un rapport rédigé lors d'un retour en Israël, il écrit : "Lorsque je me trouvais à Kouneïtra et que je contemplais la vallée du Houlé, et lorsque à Koursi, je vis face à moi le lac et la ville de Tibériade, j'ai saisi l'énormité de cette folie qu'est la guerre ininterrompue entre la Syrie et Israël. J'ai contemplé les villages des villageois syriens, et ils m'ont fait penser aux habitants de Tibériade, tant les uns ressemblent aux autres. C'est à ce moment-là que je me suis dit que seule la propagande empoisonnée que distillent depuis quinze ans les gouvernements syriens successifs, empêche que les villageois syriens et israëliens, des deux berges du lac de Tibériade, ne puissent trouver entre eux de langue commune.".

A partir de l'été 1962, Cohen est chargé d'étudier les projets syriens de détournement des eaux du Jourdain. Il fréquente Georges Seif, fonctionnaire du ministère de la propagande et de l'information, ce qui lui donne accès des documents confidentiels. Puis il revoit le général el Hafez, rentré en Syrie. Il prête son appartement pour des parties fines, où l'on trouve le colonel Hatoum, un des officiers les plus importants du jeu politique syrien, marqué par la montée en puissance du Baath. Hatoum joue un rôle clé dans le coup d'Etat de 1963. A Damas, Cohen retrouve la trace de Franz Rademacher, un nazi vivant sous une fausse identité, qui a notamment conçu pendant la guerre le plan de déportation des Juifs à Madagascar, et a organisé la déportation des Juifs de Serbie. Cohen ne peut poursuivre la traque, mais les informations seront transmises à l'Allemagne, qui demandera son extradition en 1965. Seif lui propose de faire de la propagande sur Radio-Damas, à destination de la communauté syrienne exilée en Argentine. Cohen, de mieux en mieux renseigné, finit par obtenir les informations sur le détournement des eaux du Jourdain ; il photographie les premiers MiG-21 livrés à la Syrie, renseigne sur le dispositif de défense syrien à la frontière.

Après un dernier séjour en Israël, en novembre 1964, Cohen est finalement arrêté par le chef du contre-espionnage syrien, Ahmed Souweidani, en janvier 1965. Arrêté, torturé, Cohen est mis au secret. Il a été victime de son excès d'audace : situé en face de l'état-major syrien, il a, en émettant si près du lieu, perturbé les communications de l'état-major et celles des ambassades installées non loin. Les Syriens, aidés par les Soviétiques qui ont fourni une voiture de radiogoniométrie par la détection, ont finit par déceler l'antenne qu'il avait installée sur le toit au milieu des autres. Malgré une intense activité diplomatique pour obtenir sa libération, Elie Cohen est pendu par les autorités syriennes. Damas a toujours refusé de rendre son corps à Israël. Par son travail d'espion, il aura joué un rôle décisif pour le succès d'Israël dans la guerre des Six Jours, en 1967.