mercredi 12 juillet 2017

Went the day well ? (1942) d'Alberto Cavalcanti

Angleterre, pendant la Seconde Guerre mondiale. Un groupe de soldats britanniques arrive dans le petit village de Bramley End. La population de la petite localité les accueille et organise leur cantonnement. Ce qu'elle ignore, c'est que le détachement est en réalité composé de parachutistes allemands chargé de préparer un débarquement. Ceux-ci bénéficient de la complicité d'un traître dans la population...

Les studios Ealing sont davantage connus, dans l'histoire du cinéma britannique, pour leurs comédies, notamment entre 1949 et 1957. Mais pendant la Seconde Guerre mondiale, ils ont contribué à la propagande britannique. Le tout est alors chapeauté par le ministère de l'Information, qui ne s'investit toutefois que dans la réalisation d'un seul film, 49ème parallèle (1941), excellent au demeurant. Le ministère a surtout un rôle de coordination entre les producteurs et les instances gouvernementales : Went the day well ? (dont le titre vient d'un poème d'Edmonds de 1918) répond ainsi à une commande pour alerter la population sur les dangers d'une invasion allemande.




Le thème de la "5ème colonne" a déjà été exploité par Hollywood, mais les Britanniques optent pour un ton résolument différent : Cavalcanti, à la réalisation, détourne un roman de Graham Greene dont il ne reste plus grand chose dans le film.


La scène d'introduction, où un villageois ayant été témoin et acteur des faits résume l'histoire qui va se dérouler, a un ton d'anticipation, puisqu'elle est censée se dérouler après la fin de la guerre (on est alors en 1942 !).





Le changement de tons dans le film est remarquable. Le début pose ainsi le cadre de Bramley End, épargné par la guerre, et reflète la campagne britannique pendant le conflit. Une approche sociologique en devenir, qui veut montrer que les habitudes cachent parfois des secrets : les habitants ne détectent pas la présence d'un traître et ne veulent pas voir les indices tendant à prouver que les soldats anglais sont en réalité des Allemands. D'autant plus que ceux-ci commettent bévue sur bévue. Quand la vérité se fait jour, toutes les tentatives des habitants pour alerter l'extérieur, la Home Guard et plus loin, échouent, comme une punition pour leur inconséquence.


Dès lors le ton change du tout au tout : les Allemands exécutent le révérend devant ses ouailles à l'église, abattent les hommes de la Home Guard qui rentrent au village ; une épicière du village assassine froidement un soldat allemand qu'elle logeait avant d'être elle-même tuée par un de ses camarades. Le propos du film est bien d'alerter la population sur le danger de la subversion : les actes des villageois pour se défendre ne sont pas héroïsés, ils sont mis sur le même plan que le comportement des Allemands, et la violence continue jusqu'à la bataille finale.


Pour enfoncer le clou, le commandant allemand est joué par Basil Sydney, acteur britannique consommé ; le rôle du traître échoit à Leslie Banks. Tous deux avaient incarné des officiers britanniques classiques par le passé.

Went the day well ? est donc un film de guerre, pendant la guerre, qui sort de l'ordinaire, avec une dose de réalisme, et non de propagande ; on pense à d'autres réalisations britanniques pendant le conflit comme In which we serve, sur le service de la Royal Navy. On notera que l'intrigue semble avoir inspiré le livre de Jack Higgins, The Eagle has landed (1975) qui sera adapté en film l'année suivante avec Michael Caine et Robert Duvall notamment.

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