" Historicoblog (4): Robin YASSIN-KASSAB et Leila AL-SHAMI, Burning country. Syrians in Revolution and War, Pluto Press, 2016, 262 p.

lundi 30 octobre 2017

Robin YASSIN-KASSAB et Leila AL-SHAMI, Burning country. Syrians in Revolution and War, Pluto Press, 2016, 262 p.

Une lecture plutôt intéressante. Le livre est écrit par deux auteurs engagés aux côtés de la révolution syrienne et sort début 2016. Son principal mérite est sans doute de redonner la parole aux Syriens, bien oubliés devant la focalisation sur les djihadistes, la dimension régionale ou internationale du conflit, en particulier depuis 2014. Le livre est d'ailleurs dédié à Razan Zeitouneh, une activiste des Comités de coordination locale enlevée dans la poche de l'est de la Ghouta en décembre 2013, sans doute par le groupe Jaysh al-Islam.

L'ouvrage montre comment la révolution syrienne a été menée par des activistes non violents, qui pour beaucoup ont refusé la militarisation de la révolution, voyant très bien où celle-ci allait mener. D'autres l'ont pourtant acceptée. Les auteurs doutent qu'ils aient eu vraiment le choix. Les soutiens extérieurs de la révolution syrienne, effrayés par la montée en trompe-l'oeil, pour partie, de l'islamisme au sein des insurgés, ont considéré qu'il n'y avait pas d'opposition armée viable en Syrie. Sans doute à tort pour partie.

C'est que le régime syrien craignait plus que tout le mouvement de contestation né en 2011, qui au départ transcendait les frontières religieuses et de communautés. Il a tout fait pour aboutir à la militarisation de l'insurrection, et même à son islamisation, tout en instrumentalisation la peur chez les minorités (alaouites, chrétiens, etc) pour les forcer à faire bloc autour du régime. Tandis que les soutiens extérieurs n'ont pas donné les moyens à l'insurrection de l'emporter. Avec l'arrivée de l'Etat islamique en Irak et au Levant puis de l'Etat islamique, les Américains ont choisi en filigrane le maintien du régime, quite à faire tomber sa tête -ce qui au final, n'est jamais arrivé.

Le principal atout du livre -donné la parole aux Syriens activistes de la révolution, ceux pacifiques ou membres de l'Armée Syrienne Libre- est sans doute aussi sa principale limite. Le propos, qui ne se cache pas d'être engagé, ne prend pas en considération le point de vue des autres acteurs, vus ici de l'extérieur, et qui ont le "mauvais" rôle -même s'il y a des passages éclairants par exemple sur la stratégie du PYD dans les zones kurdes. Malgré ce défaut de la prise de position partisane, on ne peut enlever au livre sa qualité première : rendre la parole à des révolutionnaires syriens bien oubliés.

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