"La seule erreur que j'ai faite durant la campagne en Europe est de n'avoir pas envoyé un Combat Command à Hammelburg". Voilà comment le général Patton résume dans son journal personnel, publié après sa mort, le désastreux raid de la Task Force Baum sur le camp de prisonniers allemand d'Hammelburg. C'est un épisode méconnu du parcours de Blood and guts. Il est parfois occulté dans des biographies consacrées à Patton, comme celle de Y. Kadari parue il y a quelques années qui n'en parle même pas. J'avais commis il y a quelques années un article de synthèse pour le magazine 2ème Guerre Mondiale sur cet épisode. Richard Goldhurst, lui-même vétéran de la Seconde Guerre mondiale, s'attache dans ce livre à en retracer l'histoire, avec l'aide de deux des acteurs de l'épisode, Baum, et Richard Baron. C'est l'un des seuls ouvrages disponibles sur le sujet, avec celui de Charles Whiting.
C'est le 25 mars 1945, au moment où les troupes américaines traversent le Main en Allemagne, que Patton envisage de lancer un raid sur le camp de prisonniers d'Hammelburg. Objectif : retrouver et ramener John Waters, le propre gendre de Patton, capturé en Afrique du Nord en 1943 et tout juste transféré d'un camp en Pologne dans celui d'Hammelburg. La mission échoit à la 4th Armored Division, unité d'élite particulièrement appréciée par Patton, et à son Combat Command B commandé par Creighton Abrams, futur commandant en chef au Viêtnam et futur chef d'état-major de l'armée américaine. Abrams et Cohen, qui commande le 10th Armored Infantry Battalion, choisissent, en accord avec Patton, le capitaine Baum pour commander la Task Force. L'objectif de la mission reste secret : Patton et son aide de camp le major Stiller, qui accompagne la Task Force pour reconnaître et ramener Waters, insistent sur le fait qu'il s'agit de délivrer les prisonniers. Abrams voudrait envoyer son Combat Command au complet mais Patton, pour des raisons de discrétion, limite l'opération à un effectif réduit : 53 véhicules au total, et 294 hommes, avec chars M-5 Stuart, M-4 Sherman (avec quelques exemplaires de la version à canon de 105), half-tracks et jeeps. Mais la force n'a pas assez de véhicules pour ramener tous les prisonniers et surtout, pas un ravitaillement en essence suffisant pour faire l'aller-retour. L'impréparation et le surcroît de confiance, au niveau de Patton, sont criants.