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mardi 28 novembre 2017

La bataille d'al-Boukamal

Merci à M. Morant et B. Khabazan.

Al-Boukamal était la dernière ville d'importance contrôlée par l'EI en Syrie, près de la frontière irakienne, après la chute de Mayadin puis de Deir Ezzor. L'EI, qui a pourtant indiqué dans son hebdomadaire al-Naba dès le mois d'octobre 2017 qu'il ne mènerait plus de combat urbain prolongé et qu'il repasse à l'insurrection, va pourtant s'accrocher dans al-Bukamal, sans qu'une explication suffisamment étayée puisse être avancée. A-t-il voulu profiter de la précipitation des forces du régime syrien, préoccupées à l'idée que les SDF puissent s'emparer de la ville en premier ? A-t-il voulu un succès d'estime avant de rebasculer complètement vers l'insurrection ? Cherchait-il à gagner du temps pour permettre l'évacuation de personnes ou de structures importantes ? Impossible de trancher. Côté régime syrien, l'assaut sur al-Boukamal est essentiellement mené par des forces étrangères alliées. Cette étude en source ouverte sur la bataille d'al-Boukamal, qui ne peut être exhaustive au vu notamment de la multiplicité des forces engagées du côté du régime syrien, vise à donner un aperçu de la complexité des acteurs présents pour cette partie.

lundi 1 mai 2017

Mourir pour Assad 13/Liwa Fatemiyoun (décembre 2016-avril 2017)

En décembre 2016, confirmant les soupçons dont je faisais état dans mon précédent article de situation sur la présence de Liwa Fatemiyoun dans l'est de la Syrie,, l'unité est impliquée dans la bataille de Palmyre, qui voit l'EI reprendre la ville en 3 jours (8-11 décembre). Le 10 décembre, la veille de la chute de la ville, Liwa Fatemiyoun expédie ses « forces spéciales » à Palmyre. L'unité aurait déployé 4 bataillons au total sur place depuis la reprise de la ville en mars 2016 (brigade Hazrat-e Abolfazl), 1 200 hommes selon un soldat du régime qui raconte la chute de la ville. L'EI publie après la bataille une photo où ses combattants brûlent un drapeau de Liwa Fatemiyoun capturé.

dimanche 30 avril 2017

Mourir pour Assad 10/Liwa Fatemiyoun (août-novembre 2016)

Je m'étais arrêté en août 2016 pour le dernier billet à propos de Liwat Fatemiyoun : celui-ci prolonge jusqu'à fin novembre 2016.

D'après un article du Washington Institute for Near East Policy1, les dernières déclarations du dernier commandant adjoint en titre de Liwa Fatemiyoun, Sayyed Hassan Husseini, appelé aussi Sayyed Hakim, chiffrent le contingent afghan à 14 000 hommes, organisé en 3 brigades à Damas, Hama et Alep avec leur propre artillerie, leurs propres blindés et leur propre service de renseignements. Cela entre en contradiction avec la plupart des chiffres qui placent le nombre d'Afghans à 3000, voire un peu plus, entre 5 et 10 000. Les Afghans sont entraînés en Iran, à Qarchak, au sud-ouest de Téhéran, pendant deux à trois semaines. Les Iraniens cherchent à ce que leurs « proxies » en Syrie combattant de la façon la plus indépendante possible. Le Brigadier General Mohammad Ali Falaki, vétéran de la guerre Iran-Irak où il a commandé une brigade mécanisée d'une division d'infanterie, membre des Pasdarans, a servi avec la Fatemiyoun en Syrie. Le premier contingent parti en Syrie aurait été constitué de 25 vétérans de la brigade Abouzar de la guerre Iran-Irak et du corps Mohamed du djihad anti-soviétique en Afghanistan : aucun n'a survécu. Au départ, les Afghans combattent avec les chiites irakiens, notamment Liwa Abou Fadl al-Abbas. Ce n'est que fin 2013 qu'est organisée Liwa Fatemiyoun, qui tire son nom de Fatima, la fille du prophète enterrée à Qoms en Iran2.

Le 11 septembre, Morteza Ataei (Abu-Ali), un cadre de Liwa Fatemiyoun, est tué dans la province de Lattaquié. A la mi-septembre, Liwa Fatemiyoun opère effectivement de concert avec Suqur al-Sahara à Kinsabba, au nord de la province de Lattaquié. Le 21 septembre, une vidéo montre les combattants de Liwa Fatemiyoun déployant leur drapeau sur une mosquée au sud d'Alep. Une vidéo du 30 octobre montre la montée en ligne (probablement à Alep) d'un convoi de la Fatemiyoun : Toyota Land Cruiser avec KPV protégée par un bouclier, une deuxième du même type (sans bouclier, avec le drapeau de la Fatemiyoun) fermant la marche, suivie par une Land Cruiser avec bitube ZU-23, puis une autre Land Cruiser avec KPV/bouclier ; entre les technicals, des véhicules transportant une bonne cinquantaine d'hommes. Début novembre 2016, l'agence iranienne Fars publie des photos de Liwa Fatemiyoun au combat à Alep, manipulant des obusiers D-20 de 152 mm, ce qui confirme que l'unité dispose de sa propre artillerie. On voit aussi que les Afghans sont armés d'un fusil anti-matériel iranien AM-50. Une vidéo de fin octobre montre des Afghans utiliser un LRM Type 63 monté sur véhicule léger iranien Safir. Les Afghans ont aussi un camion avec canon S-60 de 57 mm. Ces derniers documents montrent une unité de la Fatemiyoun sur un autre front (est de la province de Homs, vers Palmyre?). Des images du 11 novembre montrent que les snipers de la Fatemiyoun se servent d'AM-50, de SVD Dragunov et sont aussi formés au tir sur lance-missiles antichars. L'Iran aurait installé un camp de base3 pour ses combattants étrangers à l'est de la montagne Tell Azan (15 km au sud d'Alep) : on sait par exemple que les Irakiens chiites d'Harakat Hezbollah al-Nujaba auraient leur base à Rasm Bakru, juste à l'est de la montagne, à 16 km à l'ouest d'al-Safira. Liwa Fatemiyoun y serait cantonnée aussi de même que le Hezbollah et Liwa al-Quds. A Qom, en Iran, un cimetière entier est dédié aux morts de la Fatemiyoun et de Liwa Zaynabiyoun, son homologue chiite pakistanaise. Le 25 août, 4 tués de la Fatemiyoun sont enterrés en Iran. Le 29 août, deux morts sont enterrés à Mashad. Le 1er septembre, 3 combattants de la Fatemiyoun sont enterrés en Iran. Le 17 septembre, Ali Ahmad Hosseini, combattant de la Fatemiyoun, est enterré en Iran. Le 22 septembre, Téhéran annonce la mort de 6 combattants de Fatemiyoun. Le 5 octobre, 4 combattants de la Fatemiyoun sont enterrés à Qom. Le 20 octobre, un combattant de la Fatemiyoun tué en Syrie est enterré à Mashad, en Iran. Le 2 novembre, 5 Afghans tués à Alep sont enterrés à Qom. Le 10 novembre, 10 combattants de Liwa Fatemiyoun morts en Syrie sont enterrés à Qom, en Iran. Idris Bayati, un enfant-soldat, est enterré à Nadjafabad. Le 15 novembre, 6 combattants de la Fatemiyoun sont déclarés mort à Alep. Le 20 novembre, on annonce le rapatriement de 13 corps de Liwa Fatemiyoun en Iran. Le 30 novembre, lors des combats à Alep-Est, les rebelles syriens capturent un Afghan de Liwa Fatemiyoun ; ce jour-là 7 Afghans sont enterrés à Qom. Au 29 novembre 2016, Ali Alfoneh comptabilise 508 Afghans morts en Syrie depuis septembre 2013, dont 26 rien que pour le mois de novembre 20164.


Mourir pour Assad 6/Liwa Fatemiyoun (mai-août 2016)

En avril dernier, j'avais consacré un long billet à Liwa Fatemiyoun, unité composée d'Afghans chiites, essentiellement des réfugiés en Iran, recrutés par Téhéran pour se battre en Syrie pour le régime Assad. Ce billet fait le point sur ce que l'on sait de l'unité depuis cette date jusqu'à ce jour.

Début mai 2016, les rebelles syriens capturent plusieurs Afghans de la Fatemiyoun lors de combats au nord et au sud-ouest d'Alep. Entre 20 et 30 Afghans tués à Khan Touman sont ensuite enterrés en Iran. Le 13 mai, Amit Sarkisian, un Arménien servant dans la Fatemiyoun, est tué en Syrie. Le 20 mai 2016, 5 Afghans tués en Syrie sont enterrés à Qom. Le 26 mai 2016, 8 combattants de la Fatemiyoun sont enterrés à Mashhad, en Iran.

En juin 2016, des sources font état de la présence de 12 à 14 000 Afghans au sein de la Fatemiyoun en Syrie, en particulier selon les propres déclarations d'Hosseini, commandant adjoint de l'unité tué sur le front de Palmyre ce mois-là. Selon les rebelles syriens, ils seraient 8 0001. Ce même mois, l'Iran ouvre un centre de recrutement à Herat, en Afghanistan, pour Liwa Fatemiyoun. Outre les Afghans chiites, on trouve même le cas d'un sunnite issus des Pachtouns engagé dans la formation2. Fin juin, les Afghans sont présents dans les combats contre les rebelles syriens au sud d'Alep. Un des combattants de la brigade, Ahmad Mekkian, tué au combat, est pris en photo à côté d'un pick-up avec LRM Fajr-1. A Khan Touman, les Afghans avaient probablement des mines directionnelles anti-personnel M18A23. Seyyed Hosseini, commandant adjoint de l'unité, est tué au combat contre l'EI sur le front de Palmyre. Asadollah Ebrahimi, un des commandants de l'unité, est également tué à Alep.
Début juillet, ce serait 28 Afghans de la Fatemiyoun qui auraient péri en Syrie. Abou Azraël, la figure emblématique de la milice chiite Kataib al-Imam Ali, rend visite à la famille d'un des commandants de la Fatemiyoun tué en Syrie en 2015, Tavasoli. En juillet 2016, on apprend aussi que des unités de Liwa Fatemiyoun seraient formées en Iran par le Hezbollah. Liwa Fatemiyoun est bien passée du rang de brigade à celui de division en 2015 : on ne peut que spéculer sur le nombre de combattants présents en Syrie (plus ou moins de 10 000 ?). Pour Amir Toumaj, on peut estimer à au moins 383 le nombre d'Afghans tués en Syrie, pour la plupart enterrés à Qom et Mashhad en Iran. Le Hezbollah aurait formé des Afghans qui eux-mêmes auraient entraîné leurs camarades : il s'agirait d'une unité de forces spéciales rattachée à la Fatemiyoun, formé en particulier au sniping4. Un documentaire de ce même mois montre les Afghans entraînés par le Hezbollah en Syrie. On y voit des snipers opérant sur SVD Dragunov et Sayyad 2. Le 13 juillet, 2 enfants-soldats afghans de 15 et 16 ans sont tués par les rebelles. Le 14 juillet, 10 Afghans tués en Syrie sont enterrés à Qom. Le 21 juillet, 5 combattants de Liwa Fatemiyoun tués à Alep sont enterrés en Iran. La plupart des Afghans tués en juillet le sont à Mallah au nord d'Alep.

Début août 2016, le commandant de la force al-Qods, Qasem Soleimani, rend visite à son tour à la famille de Tavasoli. Pendant l'offensive rebelle menant à la levée du blocus d'Alep, un combarttant de Liwa Fatemiyoun est capturé, avec le drapeau de l'unité. Sadeq Mohammad Zada, un des commandants de Liwa Fatemiyoun, est tué pendant la bataille. Le 9 août, 4 hommes de la Fatemiyoun tombent dans les combats à Alep. Au 12 août, Ali Alfoneh plaçait à 411 au moins le nombre d'Afghans tués en Syrie depuis septembre 2013, dont 12 ce mois-ci. 3 Afghans sont encore tués le 14 août à Alep.

Concernant l'équipement de Liwa Fatemiyoun, il est de plus en plus évident, au fur et à mesure que l'engagement des Afghans devient de plus en plus massif, qu'il se fait de plus en plus sophistiqué. Les snipers de la formation ont le Sayyad 2/AM 50, copie du fusil anti-matériel Steyr HS. 50 de 12,7 mm. Les fantassins ont parfois des copies du M-4 américain, avec même lance-grenades. L'unité blindée de Liwa Fatemiyoun, au moins de la taille d'une compagnie, aligne plusieurs chars T-72 et plusieurs véhicules blindés BMP-1.


1https://www.theguardian.com/world/2016/jun/30/iran-covertly-recruits-afghan-soldiers-to-fight-in-syria?CMP=Share_iOSApp_Other
2http://www.csmonitor.com/World/Middle-East/2016/0612/Iran-steps-up-recruitment-of-Shiite-mercenaries-for-Syrian-war?cmpid=gigya-tw
3http://armamentresearch.com/iranian-directional-anti-personnel-mines-in-syria/
4http://www.longwarjournal.org/archives/2016/07/lebanese-hezbollah-training-special-afghan-fatemiyoun-forces-for-combat-in-syria.php?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+LongWarJournalSiteWide+%28The+Long+War+Journal+%28Site-Wide%29%29

Mourir pour Assad 3/Liwa Fatemiyoun

L'Iran avait déjà formé, pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), une brigade composée d'Afghans chiites, la brigade Abouzar. En ce qui concerne le conflit syrien, Téhéran a injecté des combattants afghans chiites recrutés parmi les réfugiés hazaras en Syrie puis en Iran dès 2013 voire même fin 2012. L'intervention des Afghans se place donc au moment où l'Iran bat le rappel de ses alliés (Hezbollah, miliciens chiites irakiens) pour soutenir le régime Assad mal en point, notamment au niveau des effectifs. Le premier enterrement d'Afghan tué au combat en Iran est repéré en septembre 2013. Par la suite, en 2014-2015, le recrutement s'accélère et les Afghans sont organisés par la force al-Qods en une véritable unité, Liwa Fatemiyoun (la brigade des Fatimides), qui intervient sur tous les fronts importants du conflit syrien (est de la Ghouta ; Alep ; Deraa ; Hama ; Palmyre ; Lattaquié). Les Afghans, infanterie d'appoint, sont semble-t-il utilisés souvent comme véritable "chair à canon" -leurs pertes en témoignent, tout comme celles de leur encadrement iranien des Pasdarans, d'ailleurs. En 2016, le rôle de la brigade Fatimiyoun reste important : ses détachements sont présents sur tous les points cruciaux pour le régime, à Palmyre, à Alep notamment. Au-delà du conflit syrien, on ne peut que s'interroger sur les motivations de l'Iran quant au devenir de ces milliers de combattants afghans passés par l'enfer du champ de bataille de Syrie, une fois la guerre terminée.