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mardi 8 août 2023

Sisu. De l'or et du sang (2022) de Jalmari Helander


 

Automne 1944. La Finlande, qui a conclu un armistice séparé avec l'URSS, doit maintenant chasser les Allemands de son territoire vers la Norvège (guerre de Laponie). Un chercheur d'or finlandais (Jorma Tommila) qui prospecte dans cette région isolée trouve enfin le pactole. Mais sur le chemin du retour, il croise une unité de la Waffen SS dirigée par un Obersturmführer (Aksel Hennie), lequel, s'étant rendu compte de ce que transporte le chercheur d'or, va désespérément tenter de mettre la main dessus. Seulement, cet homme seul n'est pas forcément celui qu'on croit au premier abord...

 

Seul au milieu des Heinkels...
 

Sisu est un mot finlandais difficilement traduisible qui signifie l'abnégation, le courage indomptable devant les difficultés. Il est utilisé d'ailleurs par le maréchal Mannerheim pour décrire la résistance des troupes finlandaises après l'offensive soviétique de juin 1944 contre la Finlande. Le film tranche résolument avec d'autres productions finlandaises déjà réalisées sur la Seconde Guerre mondiale, comme Tali Ihantala (2007), qui, avec un aspect quasi documentaire (bien que très finlando-centré), décrivait la bataille qui mit un coup d'arrêt à l'offensive soviétique de juin 1944 contre la Finlande, avant l'armistice. Helander s'inspire directement ici, comme il le reconnaît lui-même, du premier Rambo (1982) et de la référence historique qu'est Simo Häyhä, le légendaire sniper finlandais de la guerre d'Hiver contre l'URSS (1939-1940) surnommé "la Mort Blanche".

Il était une fois en Laponie...
 

Tourné en Laponie, avec des paysages superbes, pendant la pandémie de Covid, le film se présente comme un western mélangé d'emprunts aux films de Tarantino, ce que montre le découpage en chapitres. Point de fioriture dans le récit : Helander ne veut pas rendre son personnage principal attachant (il ne parle pas avant la dernière scène du film, son seul compagnon est un chien, un Bedlington Terrier), il incarne en fait à lui seul la résistance de la Finlande à l'envahisseur, qu'il soit nazi ou soviétique. Le chercheur d'or personnalise l'esprit du pays, et il ne faut donc chercher aucune vraisemblance : les nazis meurent de toutes les façons possibles, à grand renfort de gore et presque dans une dimension cartoon, alors que le Finlandais survit quoiqu'il advienne. La musique avec une dimension presque mystique renforce cet état de fait. On note que le réalisateur, dans un renversement de situation, fait aussi la part belle aux femmes emmenées en captivité par les nazis, qui vont pouvoir se retourner contre leurs bourreaux. Le film, qui ne se prend jamais au sérieux, ce qui est sans doute sa principale force et sa principale faiblesse, n'oublie tout de même pas le contexte historique : la politique de terre brûlée exécutée par les nazis en Laponie durant leur retraite, par exemple (à un moment, le chercheur d'or finlandais passe devant des poteaux indicateurs montrant la ville de Rovaniemi, où il arrive juste après, et qui est probablement celle montrée incendiée : elle a effectivement fini détruite par les nazis durant leur retraite).

 

Puissance de feu (1).

 

Puissance de feu (2)

 

Destination : terre brûlée.

 

 


Au niveau de l'armement, si les soldats allemands sont correctement équipés de fusils Kar 98K et de mitraillettes MP40, et le side-car d'une MG-34, le char de la colonne allemande est malheureusement un char T-55 soviétique de la guerre froide... ce qui donne quand même l'occasion de quelques scènes de tir impressionnantes avec la mitrailleuse lourde antiaérienne DShKM en 12,7 mm de tourelle. A noter aussi l'avion soviétique Lissounov Li-2 à la fin du film, là aussi déplacé, mais particulièrement intéressant à voir.

Après l'effort, le réconfort.


 

samedi 2 janvier 2021

Steven J. ZALOGA, Bagration 1944. The destruction of Army Group Center, Campaign 42, Osprey, 1996, 96 p.

 

L'opération Bagration (du nom du général russe, d'origine géorgienne, tué à La Moskowa/Borodino en 1812) reste relativement peu connue en France. Déclenchée le 22 juin 1944, trois ans jour pour jour après Barbarossa, la grande offensive d'été soviétique en Biélorussie mène l'Armée Rouge, en 5 semaines, aux portes de Varsovie. C'est sans conteste la plus grande défaite allemande de toute la guerre : le Groupe d'Armées Centre de la Wehrmacht y laisse 17 divisions entièrement détruites, 50 autres sont durement malmenées, soit bien plus qu'à Stalingrad. Ce désastre se combine avec les pertes subies en Normandie au même moment. C'est cette opération que Steven Zaloga, historien américain, spécialiste du matériel militaire et du front de l'est, traite dans ce volume de la collection Campaign d'Osprey : c'est d'ailleurs un titre assez précoce (1996) dans une bibliographie du sujet alors plutôt restreinte.


Les 96 pages du volume donnent un aperçu synthétique de bonne facture de l'opération Bagration. L'auteur y explique, en particulier, comment les Allemands se sont fourvoyés en prévoyant une attaque russe au nord de l'Ukraine, une illusion savamment entretenue par la maskirovka des Soviétiques, comparable à l'opération Fortitude menée pour le débarquement en Normandie. Par ailleurs, l'imminence du débarquement à l'ouest oblige les Allemands à renforcer le front occidental à partir de l'automne 1943, dégarnissant d'autant le front de l'est, alors que la guerre aérienne au-dessus du Reich avale les chasseurs et laisse l'Ostfront sans protection face aux nuées d'appareils soviétiques.


Hitler s'enferme de plus en plus dans ses intuitions et la guerre tournant mal, il en vient à ne croire qu'à sa bonne étoile et à l'ordre de "tenir sur place", illustré par la création des Festungplatz dans le Groupe d'Armées Centre. Il sous-estime par ailleurs gravement les capacités de l'Armée Rouge, qui domine en fait les Allemands depuis une année au moins. Le maréchal Busch, qui commande le Groupe d'Armées Centre, est plus un fidèle politique qu'un officier compétent. En face, Staline, après les premières années de déboires, a appris à faire davantage confiance aux officiers de l'Armée Rouge. Les commandants de front de l'opération Bagration, à quelques exceptions près, sont tous issus des expériences sanglantes de 1941-1942 : Bagramian, par exemple, un des rares non-Russes à être devenu commandant de front.


Alors que l'Armée Rouge gagne en puissance, grâce à une industrie de guerre tournant à plein régime et au Lend-Lease anglo-saxon, sans parler de l'expérience engrangée depuis 1941, la Wehrmacht n'a plus assez d'hommes, de chars et d'avions pour couvrir l'ensemble du front. La qualité des soldats a également diminué, de même que le rythme d'entraînement, faute d'essence, partie en fumée sous les coups de l'aviation stratégique anglo-américaine. Pendant Bagration, les Soviétiques vont par ailleurs faire preuve de capacités remarquables en termes de logistique et d'utilisation du génie, en raison du terrain particulièrement coupé (forêts, marécages, rivières) de Biélorussie. Ils peuvent aussi compter sur les centaines de milliers de partisans de la région qui apportent un concours précieux à l'Armée Rouge avant et pendant l'opération.


Le résultat de Bagration, décrite par Zaloga dans l'essentiel de l'ouvrage, est sans appel : l'Armée Rouge détruit le Groupe d'Armées Centre et se retrouve devant Varsovie, avec des têtes de pont sur la rive occidentale, même si elle regarde écraser dans le sang le soulèvement de l'Armée Intérieure polonaise. Le secteur central du front de l'est se stabilise jusqu'en janvier 1945 : d'ici là, ce sont les deux ailes, nord et sud, qui auront la priorité. Bagration marque essentiellement la faillite du renseignement allemand, qui n'a pas su déceler l'axe principal de l'offensive d'été soviétique ; cette faillite du renseignement repose en grande partie sur une sous-estimation plus que grossière des progrès et des capacités de l'adversaire, qui surclasse désormais la Wehrmacht. Hitler, par son ordre insensé de tenir sur place à tout prix, a largement contribué à l'ampleur du désastre. Cela n'empêche pas le Groupe d'Armées Nord-Ukraine, attaqué dans un deuxième temps de l'offensive et beaucoup mieux équipé que son homologue du centre, d'être repoussé en deux semaines : mais la retraite étant ordonnée à temps, les pertes s'en trouvent plus limitées. Cependant, la disproportion des forces et des talents est telle que pour l'armée allemande à l'est, c'est déjà le commencement de la fin, pour paraphraser Churchill.


Quelques coquilles dans le texte n'enlèvent rien à cette lecture bien utile, bien illustrée (sauf pour les cartes, qui datent un peu, et pour les vues plongeantes, de l'ancien modèle d'Osprey, peu commodes à la lecture), pourvue d'une courte bibliographie de référence et d'autres annexes. Une bonne introduction au sujet.

Walter S. DUNN, Soviet Blitzkrieg. The Battle for White Russia, 1944, Stackpole Military History Series, 2008 (1ère édition 2000), 248 p.

 

Cet ouvrage est dû à la plume de Walter S. Dunn, auteur de plusieurs ouvrages sur le front de l'est. Comme le précise l'introduction, Dunn s'attache surtout à présenter un récit factuel de l'opération Bagration, en 2000, date où la bibliographie actualisée du sujet est encore assez réduite. Il explique d'ailleurs son choix de traiter les six percées de l'offensive les unes après les autres, malgré la redondance prévisible que cela peut entraîner, mais le choix est assumé. Pour Dunn, l'opération est en quelque sorte une "Blitzkrieg" à l'envers des Soviétiques, qui détruisent le Groupe d'Armées Centre grâce à 8 éléments différents qui fondent leur supériorité. On peut discuter du postulat de départ : Dunn applique à l'Armée Rouge le concept de la Blitzkrieg, alors que les travaux récents, des historiens allemands en particulier, invitent à prendre avec des pincettes ce qui a longtemps été monté en épingle... et qui n'est peut-être qu'une construction a posteriori. Il aurait donc mieux valu partir de l'art opératif soviétique, de son développement avant et pendant la guerre et de sa traduction dans Bagration.


Dans l'ordre, les 8 éléments relevés par Dunn sont : la supériorité locale (les Soviétiques ont su réaliser une concentration des forces qui leur permet de surclasser quantitativement et qualitativement les Allemands), la tromperie ou maskirovka pour les Soviétiques (masquer l'axe véritable de l'attaque pour éviter que les réserves blindées allemandes ne contre-attaquent au moment de l'exploitation : les Soviétiques ont convaincu Hitler que l'attaque aurait lieu vers Kovel, bien plus au sud), la surprise (les Allemands se sont accrochés aux Festungplatz décrétées par Hitler, Vitebsk, Orcha, Mogilev, croyant contrôler les routes pour les blindés : or les Soviétiques ont attaqué à travers des secteurs marécageux où les Allemands jugeaient tout assaut impossible, et ont utilisé les camions tout-terrain du Lend-Lease pour soutenir la percée, contournant et encerclant les places fortifiées), le commandement (les chefs soviétiques se montrent audacieux et foncent en avant, pariant sur l'effet de choc et la désorganisation des arrières allemands), le timing (les Soviétiques terminent leur déploiement initial en 6 semaines, soit deux fois moins de temps qu'à Koursk, le renseignement allemand perd de vue les unités déplacées et ne les découvre qu'au moment de l'attaque), l'utilisation du terrain (les Soviétiques contournent les villes forteresses en passant par des terrains plus difficiles, avec peu de routes, et progressent de 275 km en deux semaines), l'entraînement (les Soviétiques approfondissent la liaison air-sol, s'entraînent aux franchissements des cours d'eau et à l'installation de têtes de pont et à leur fortification pour la défense en cas de contre-attaque allemande, préparent les unités du génie à établir des routes à travers le marais, s'entraînent à employer les nouveaux matériels : canons de 76 mm modèle 1943, mitraillettes PPS, nouveaux canons d'assaut) et la technologie (les Allemands ne peuvent pas autant compter sur leur système ferroviaire à cause de l'action des partisans, leur logistique reste défaillante, les camions américains motorisent l'Armée Rouge et lui permettent de mener des opérations dans la profondeur avec l'infanterie portée, la supériorité aérienne soviétique est totale, les jours d'été longs favorisent l'offensive).


Pour Dunn, l'échec allemand dans Bagration est trop souvent mis sur le compte de l'entêtement d'Hitler à tenir les places fortifiées. En fait, l'échec du renseignement allemand est tout aussi patent, et le commandement croit encore au début de l'opération que c'est une diversion, que l'attaque principale va survenir vers Kovel. Dunn explique que Bagration est l'opération en profondeur type : tromperie de l'adversaire et concentration des forces réussies en font un modèle du genre, qui pour lui ne se reproduira plus trop ensuite, Staline ayant des exigences politiques pour l'après-guerre le poussant à demander d'aller vite plutôt que de planifier avec soin. Faute d'évoquer l'art opératif soviétique, le propos de Dunn est quelque peu incomplet. Pour ce dernier, l'offensive soviétique s'arrête, la logistique peinant, au 3 juillet, date où les Allemands reforment un front continu : il faudra 8 semaines pour arriver jusqu'à Varsovie, au prix de 180 000 pertes irrémédiables, soit autant que pour Bagration.


Assurément les chapitres initiaux du livre sont les meilleurs : la planification de Bagration, et surtout ceux concernant la bataille de la production et l'évolution respective des deux armées en présence juste avant l'offensive soviétique (l'apport des camions du Lend-Lease, les priorités données par les deux armées sont très bien passées en revue). En revanche, les chapitres concernant le déroulement des opérations sont très répétitifs et lassant, au final, d'autant plus qu'ils ne sont pas servis par des cartes convenables (au contraire des ordres de bataille, simples mais efficaces). Les successions d'armées, de corps et de divisions s'affrontant de part et d'autre se suivent dans un récit quasi médical, mais sans aucune émotion. Surtout, on aurait aimé quelques considérations sur la pensée soviétique (l'art opératif : ses composantes ne sont presque pas évoquées) et un peu plus de détails sur les engagements à l'échelon inférieur à la division (avec quelques exemples précis, qui pour le coup ne manquent pas sur le sujet), ainsi que des précisions sur les matériels engagés (corps blindés soviétiques, bataillons de Tigres allemands, etc). Enfin, la bataille reste surtout terrestre, l'appui de l'aviation soviétique n'étant abordé qu'en quelques lignes à chaque fois.


En conclusion, Dunn rappelle le rôle important joué dans Bagration par les deux corps mixtes cavalerie/mécanisé (un corps de cavalerie-un corps mécanisé) qui exploitent dans la profondeur la percée soviétique beaucoup mieux que la 5ème armée de chars de la Garde, la seule engagée dans l'offensive d'ailleurs. Les divisions d'infanterie et l'aviation ont liquidé les forteresses encerclées, où un grand nombre de prisonniers a été récolté. La maskirovka et la surprise ont permis pour la première fois aux Soviétiques de limiter les pertes, inférieures à celles des Allemands, au total. Alors que Staline accorde une plus grande confiance à ses généraux, Hitler les bride de plus en plus et accélère par son entêtement la déroute du Groupe d'Armées Centre ; l'attentat du 20 juillet, survenant deux semaines plus tard, ajoute encore à la confusion. La piètre performance de la 5ème armée de chars de la Garde s'explique d'ailleurs par des conditions météo assez instables pendant l'offensive. Les Soviétiques, par contre, ont fait un brillant usage du terrain, confinant les Allemands dans les villes que ceux-ci jugeaient imprenables, et filant par les bois et les marais. L'Armée Rouge perd 180 000 hommes dans Bagration, mais le Groupe d'Armées Centre, lui, compte au moins 130 000 tués et plus de 66 000 prisonniers, dont 57 000 sont d'ailleurs montrés à la foule lors d'une parade à Moscou, le 17 juillet. 25 divisions allemandes sont détruites. Bagration, succès de la planification soviétique, a ouvert la voie à l'occupation par l'URSS d'une bonne partie de l'Europe orientale : il n'y a pas eu de partage du monde à Yalta, mais simplement la prise en compte d'une réalité, à savoir que les Soviétiques avaient mis la main sur une moitié de l'Europe, en pulvérisant la Wehrmacht à l'est.

Paul ADAIR, Hitler's Greatest Defeat. The collapse of Army Group Centre, June 1944, Cassel Military Paperbacks, 2000 (1ère édition 1994),192 p.

 

Paul Adair publie, en 1994, l'une des premières synthèses récentes consacrées au sujet. A l'époque, évoquer l'opération Bagration est assez novateur, finalement, et Paul Adair fait précéder le propos d'un rappel historique qui occupe les 50 premières pages du livre, ce qui est beaucoup : la question du second front, les évolutions de l'armée allemande et de l'Armée Rouge jusqu'en 1944, avant d'en arriver, enfin, à la planification de l'opération Bagration elle-même. Ce n'était peut-être pas indispensable...


Les chapitres centraux sont sans doute les meilleurs du livre. Adair explique comment Staline et la Stavka en sont venus à choisir comme axe de l'effort la Biélorussie, en écartant les trois autres options possibles, mais il ne faut pas oublier que Bagration s'intègre dans un moment offensif qui couvre tout le front de l'est, en 5 phases (Carélie-Biélorussie-deux attaques dans le sud de la Pologne-Roumanie) étalées entre juin et août 1944. Les mesures d'intoxication soviétiques, baptisées maskirovka dans l'Armée Rouge, et qui furent d'une grande importance pour dissimuler aux Allemands la région visée par l'offensive, font l'objet d'un chapitre à elles seules. A noter aussi celui consacré aux partisans, relativement développé par rapport à la taille de l'ouvrage et qui fait bien le point, contrairement à beaucoup d'autres livres qui éludent un peu la question.


Adair procède ensuite à la description de l'opération Bagration elle-même en combinant les approches géographiques (les différents secteurs d'attaque) et chronologiques (percée, exploitation, retraite allemande). En conclusion, il rappelle combien Bagration marque à la fois le succès de la maskirovka soviétique et de la concentration des forces réalisée par l'Armée Rouge pour enfoncer le front allemand. Il insiste peut-être un peu trop sur la responsabilité d'Hitler, qui par son entêtement accélère le désastre, mais n'est en rien le facteur principal de l'échec allemand. L'Armée Rouge est bien devenue un instrument de combat largement supérieur à la Wehrmacht. En revanche, on peut le suivre quand il pointe la faiblesse que constitue les coupes dans l'approvisionnement en essence côté allemand, qui commence alors à avoir des conséquences dramatiques sur les opérations militaires, à l'est comme à l'ouest. De même lorsqu'il mentionne l'apport logistique fourni aux Soviétiques par le Lend-Lease, et notamment celui des camions tout-terrain américains (Studebaker, Dodge, sans parler des Jeeps) qui permettent pour la première fois à l'Armée Rouge de véritablement conduire une bataille en profondeur telle que pensée par l'art opératif soviétique.


L'Armée Rouge a su également réduire le différentiel entre blindés, par la sortie de nouveaux matériels et l'instruction poussée des équipages, pour certains déjà expérimentés ; de la même façon, l'aviation à l'étoile rouge domine le ciel, la Luftwaffe étant occupée au-dessus du Reich et à l'ouest, et rivalise de mieux en mieux avec les restes des Experten. Au total, les Allemands laissent dans Bagration près de 30 divisions et au moins 300 000 hommes (chiffre reconnu par l'OKH), encore que le décompte exact soit relativement difficile à établir. Et pour la première fois, les pertes soviétiques sont inférieures, quoiqu'encore assez lourdes : 178 000 hommes, soit 8% du total engagé, alors que les Allemands perdent près de la moitié de leurs hommes. Bagration est donc bien la plus grande catastrophe à l'est pour la Wehrmacht, accélérant l'effondrement de l'Allemagne nazie. En ce sens, Adair répond bien à l'affirmation portée par le titre de son ouvrage.


En annexes, l'auteur a disposé les ordres de bataille, les statistiques des pertes humaines soviétiques (inédites à l'époque, les archives commençant tout juste d'être exploitées par les Russes) et les ordres pour la maskirovka et ceux d'Hitler concernant Bagration. On trouvera aussi une bibliographie annotée. Des cartes de situation sont placées au fil du livre mais elle ne permettent pas trop de suivre, surtout, les différentes phases de Bagration. Deux livrets photos illustrent l'ensemble mais comportent essentiellement des portraits des officiers impliqués et quelques rares photos des combats. Au final, c'est une synthèse, maintenant un peu ancienne, mais qui peut servir comme bon point de départ à l'opération Bagration.

jeudi 31 décembre 2020

Krisztian UNGVARY, Battle for Budapest. 100 Days in World War II, I.B. Tauris, 2011, 366 p.

 

Ce livre, paru en anglais en 2003, est en fait la traduction d'un ouvrage hongrois écrit par K. Ungvary, sorti initialement en 1999. Istvan Deak, le préfacier, souligne combien le siège de Budapest, pour une capitale européenne, a été long et coûteux. Il commence en novembre 1944 et dure jusqu'au 13 février 1945, avec un million de civils pris au piège dans la ville, dont plus de 100 000 Juifs. 40 000 d'entre eux, au moins, y sont tués. Le traducteur, Ladislaus Löb, est lui-même un survivant du massacre des Juifs hongrois. Comme le rappelle Deak, on peut déjà noter que l'un des atouts principaux du livre est sa volonté de dépasser la simple "histoire bataille" du siège de Budapest, pour fournir quelque chose de plus profond, un essai d'histoire globale du siège en quelque sorte. Loin de s'épancher sur la défense "héroïque" des forces germano-hongroises et sur les crimes de l'Armée Rouge, comme de nombreux articles de magazines, l'historien raconte au contraire les faiblesses et tiraillements de la défense, le traitement des civils par les deux camps, et offre ainsi un portrait plus nuancé des Soviétiques -bien que le manque de sources ne lui permette pas d'être définitif. On le sent néanmoins déterminé à balayer les enjeux d'une bataille qui vit périr au bas mot 160 000 personnes, combattants et civils mêlés. Comme il le dit lui-même, Ungvary s'est surtout reposé sur les témoignages hongrois (en plus des documents d'archives) pour illustrer son propos, les témoignages allemands étant sujet à caution, souvent, et les témoignages soviétiques étant difficilement accessibles.


Dans l'introduction, il revient sur l'engagement de la Hongrie de l'amiral Horthy aux côtés de l'Allemagne, avec la montée en puissance des Croix Fléchées dès 1938. La Hongrie participe à la campagne contre la Yougoslavie puis à l'invasion de l'URSS ; mais l'Angleterre, par exemple, ne déclare la guerre à la Hongrie, sous la pression soviétique, que le 7 décembre 1941. La Hongrie entame pourtant des négociations secrètes avec les alliés occidentaux dès 1942, à tel point que les Allemands finissent par occuper le pays, le 19 mars 1944, pour prévenir toute défection. Les nazis en profitent pour déporter la communauté juive hongroise -plus de 400 000 personnes, sur 700 000, le sont jusqu'en juin. Le 15 octobre, alors que les Soviétiques se rapprochent des frontières de la Hongrie, Horty annonce son intention de conclure une paix séparée avec les Alliés. Il est immédiatement déposé par la réaction allemande qui installe à sa place Szalasi, le chef des Croix Fléchées. L'aviation alliée commence alors à bombarder la Hongrie, ce qu'elle avait fait de manière limitée jusque là.


Après l'effondrement de la Roumanie et son revirement en août 1944, la Hongrie se retrouve fortement exposée à l'invasion soviétique. Un coup d'arrêt temporaire survient en octobre lors des combats de chars autour de Debrecen, mais l'Armée Rouge n'est plus qu'à 100 km de Budapest. Staline charge le 2ème front d'Ukraine de Malinovsky de s'emparer de la capitale hongroise. Les Allemands ont commencé à transférer des renforts en Hongrie. Mais en réalité, les hommes et le matériel manquent cruellement. La ville n'est mise en état de défense qu'en septembre-octobre par les Hongrois. Une première pointe blindée soviétique arrive à 10-15 km au sud/sud-est de Budapest le 2 novembre, avant d'être détruite. Malinovsky reçoit alors de Staline le renfort du 4ème front d'Ukraine, alors que les Allemands comme les Hongrois sont bien démunis en armes antichars pour repousser les T-34. Le 3ème front d'Ukraine de Tolboukhine arrive par le sud-ouest de la ville, tandis que Malinovsky cherche à la déborder par le nord et par le sud. En réalité, les Hongrois ne tiennent pas à mener un combat de rues dans Budapest, contrairement à Hitler, qui exige que la ville soit tenue dès le mois d'octobre, et en charge le III. Panzerkorps de Breith. Quand il fait de Budapest une forteresse, le 1er décembre, le commandement est déjà confus : à la Werhmacht se rajoute la Waffen-SS, le général Pfeffer-Wildenbruch commandant la garnison, mais aussi l'aile diplomatique de la SS avec Winkelmann, qui commande les forces de police. La situation se clarifie début décembre avec le retrait de Winkelmann et de la Werhmacht, ce qui laisse la Waffen-SS seule aux commandes. Mais face à un ennemi très supérieur, le moral des Hongrois est chancelant, les désertions se multiplient.


Si Pest, la ville récente, a fait l'objet de préparatifs de défense, il n'en est rien pour Buda, la vieille ville. Or, le matin du 24 décembre, la veille de Noël, les T-34 font irruption aux lisières du centre ancien. Il faut battre le rappel d'unités improvisées, hongroises et allemandes, pour les rejeter hors de la ville. Les Soviétiques, pour se prévenir de tout problème, bâtissent un anneau d'encerclement extérieur autour de Buda et un autre intérieur, tourné contre la ville elle-même. L'encerclement est complété le 27 décembre 1944. Le nombre de défenseurs est difficile à établir avec précision. Peut-être 50 000 Hongrois et 45 000 Allemands au 31 décembre. L'armée hongroise loyaliste a déjà souffert de sérieuses pertes, même si l'artillerie est en bon état. Les Allemands tendent à se décharger de leurs revers sur les Hongrois ; en réalité, ils manquent d'infanterie et la valeur de leurs unités est inégale. Le ravitaillement par air est insuffisant et les soldats ne peuvent même pas se préoccuper des civils, de ce point de vue. Les Soviétiques, renforcés des Roumains, ont la supériorité numérique et matérielle, mais la valeur des formations est également disparate -même si l'effectif combattant est beaucoup plus élevé dans les divisions de fusiliers, comparativement aux divisions allemandes. Pfeiffer-Wildenbruch, le commandant allemand, est avant tout un général politique, pas forcément très compétent sur le plan militaire. Il entretient les plus mauvaises relations avec Hindy, l'officier supérieur hongrois, qui a joué un rôle clé le 15 octobre précédent pour appuyer les Croix Fléchées. En face, Malinovsky et Tolboukhine, un tandem de généraux soviétiques moins connus, mais qui n'en feront pas moins preuve d'une réelle efficacité. Dans Budapest se forment des unités spontanées de volontaires, comme le bataillon Vannay, presque aussi solide que les formations régulières, mais décimé en décembre à Buda. Les formations des Croix Fléchées sont de valeur douteuse, au contraire du bataillon des étudiants de Budapest, très motivé.


Malinovsky pense emporter Pest avec trois corps de fusiliers, dès le 23 décembre. L'attaque commence en réalité le 25 décembre. La 8ème division de cavalerie SS a été rapatriée à Buda la veille. Les combats continuent jusqu'au 28 décembre, date à laquelle les Soviétiques envoient des émissaires pour entamer des négociations. Deux capitaines sont dépêchés, à Buda et à Pest, le lendemain. Mais les deux sont tués, dans des circonstances peu claires, qui apparemment doivent autant à la non-préparation soviétique qu'au mépris de l'adversaire par les Allemands. Le 30 décembre, les Soviétiques repartent à l'assaut de Pest, avec une débauche de puissance de feu. Les Allemands parviennent temporairement à se ravitailler grâce à une barge qui remonte le Danube. Dans le combat de rues, l'Armée Rouge met en pratique le savoir hérité de Stalingrad. Les corps soviétiques ne coordonnent par contre pas assez leur action entre eux. Les Allemands sont mixés avec les Hongrois pour prévenir les défections. Le général Schmidhuber, commandant la 13. Panzerdivision, commande les forces à Pest. Les Soviétiques lancent une nouvelle offensive le 5 janvier 1945. Le 7ème corps d'armée roumain, qui combat avec l'Armée Rouge, souffre particulièrement dans les combats de rues. Le 17 janvier, les Allemands évacuent Pest, font sauter les ponts sur le Danube, tandis que l'Armée Rouge met encore deux jours à nettoyer les dernières poches de résistance. A Buda, les Soviétiques, fin décembre, ne sont qu'à 2 km du Danube. Le bataillon Vannay se sacrifie littéralement dans la défense des lignes. Les Soviétiques subissent des pertes importantes, en particulier, en essayant de prendre les hauteurs qui dominent Buda, au sud. Le transfert des unités venant de Pest soulage un peu la défense. Les Soviétiques s'emparent aussi, à partir du 19 janvier, de l'île Margit, sur le Danube. Malgré les trois tentatives de dégagement extérieur, à partir du 1er janvier, Hitler ordonne, le 27, de tenir la ville jusqu'au dernier homme. L'Armée Rouge tente de tronçonner Buda en deux morceaux. La vieille ville tient jusqu'au 11 février.


Les Allemands engagent leurs maigres réserves blindées, dont ils auraient eu bien besoin ailleurs, non pour secourir la garnison mais pour rétablir un corridor et expédier des renforts dans la ville. Otto Gille, vétéran de la percée de Tcherkassy, emmène le IV. SS-Panzerkorps et quelques autres unités pour mener à bien la mission. Les Soviétiques n'auront que plus de facilité à percer le front pendant l'opération Vistule-Oder en Pologne. Pour dégager Budapest, l'option nord (opération Konrad) est sélectionnée. L'opération Konrad I, lancée le 1er janvier, démarre alors même que l'ensemble des forces n'est pas encore arrivé. Or, Malinovsky et Tolboukhine ont conservé des réserves en cas de contre-attaques allemandes, qui interviennent rapidement. En outre le terrain choisi pour l'attaque est difficile. L'opération Konrad II privilégie cette fois l'option sud, le 7 janvier. Les Allemands progressent mieux, mais au bout d'une semaine, la contre-attaque est arrêtée. La troisième contre-attaque, Konrad III, déclenchée le 17 janvier, prend les Soviétiques par surprise, entre le lac Balaton et Szekesfehervar. Les pointes blindées atteignent le Danube, mais ne peuvent s'y maintenir.


La garnison, pendant ce temps, a préparé une sortie. Il ne reste quasiment plus d'artillerie et de blindés, les survivants étant détruits pour bonne partie avant le départ. Les Soviétiques se doutent de quelque chose et ont préparé des défenses sur les axes possibles de sortie, même s'ils ignorent la date. La première vague attaque au soir du 11 février, et parvient à percer les lignes soviétiques. Mais les pertes sont lourdes. Schmidhuber, le commandant de la 13. Panzerdivision, est tué. Au matin du 12 février, environ 16 000 personnes, dont des civils, se sont extirpés de Buda. Certains Waffen-SS se suicident pour ne pas tomber aux mains des Soviétiques, parmi ceux restés dans la ville. Sur les 28 000 soldats qui ont pris part à la percée, 700 à peine atteignent les lignes allemandes à l'ouest. Environ 5 000 hommes sont restés autour du château de Buda, où s'entassent, dans les bunkers souterrains, plus de 2 000 blessés. Des incendies tuent plusieurs centaines de ces derniers. Au 11 février, la garnison comptait 43 900 soldats ; 22 350 sont prisonniers le 15, 17 000 ont été tués.


Les civils sont pris au piège des combats de rues. Le 2 novembre 1944, au début même du siège, un pont entre Pest et l'île Margit explose, dans la confusion, tuant peut-être 600 personnes. 100 000 personnes seulement quittent la ville avant l'encerclement. Les civils restants sont requis pour préparer les défenses. La situation alimentaire s'aggrave dès le mois de novembre, forçant au rationnement. Les civils s'entassent par centaines ou milliers dans des abris. Les rixes sur la nourriture, l'approvisionnement en eau, la lessive, sont fréquentes. Les relations entre les Croix Fléchées, qui font régner la terreur dans la ville, et l'armée hongroise, sont tendues, bien meilleures avec les Allemands. Les animaux du zoo sont dépecés, d'autres s'échappent et sont abattus ensuite. Un lion se cache dans les tunnels souterrains, avant d'être capturé par le commandant soviétique de Budapest. Dès le 15 octobre, la persécution contre les Juifs reprend. Eichmann est de retour dans la ville le 18. Rassemblés, les Juifs sont préparés à la déportation ou exécutés en masse le long du Danube. Les survivants, confinés dans un ghetto, sont victimes des exactions des Croix Fléchées. Parallèllement, des mouvements de résistance se sont développés dans Budapest. De nombreux officiers hongrois ayant fait défection sont renvoyés par les Soviétiques derrière les lignes pour organiser des réseaux. Les communistes réalisent des attentats à la bombe, les Juifs luttent pour leur survie. L'OSS parachute un lieutenant d'origine hongroise et les Britanniques 22 Canadiens de même origine, dont un seul échappe à la capture. Les Soviétiques eux-mêmes conduisent des opérations de reconnaissance dans Budapest. L'Armée Rouge envoie plus de 700 soldats hongrois pour provoquer d'autres défections, avec un certain succès. Des unités entières finissent par passer à l'ennemi. Les volontaires sont rattachés aux corps de fusiliers soviétiques et se voient confier les missions les plus dangereuses, entraînant de 50 à 80% de pertes. Plus de 2 500 Hongrois ont combattu du côté soviétique, dont 600 ont été tués. Les Soviétiques, de leur côté, exécutent souvent les Waffen-SS faits prisonniers, les auxiliaires russes de la Wehrmacht, et même les blessés. Ces exécutions n'ont rien d'organisé, elles sont spontanées, même si le commandement soviétique en est bien conscient. Mais il y a aussi des cas où les soldats soviétiques laissent s'enfuir des prisonniers hongrois. Durant la dernière phase du siège, les Allemands ont commis de nombreux pillages et des destructions de biens. Pour les Soviétiques, les exactions sont parfois organisées d'en haut : pillage des biens de valeur (oeuvres d'art, etc), nettoyage paraoïaque, notamment face aux communistes hongrois ou aux Juifs, dont beaucoup étaient résistants. Les Soviétiques se sont parfois servis des civils comme boucliers humains et Malinovsky, après la chute de Budapest, accorde trois jours de pillage. Les déprédations sont plus importantes là où la résistance a été la plus forte, comme dans certains secteurs de Buda. Il n'y a aucune statistique fiable sur les viols à Budapest. En extrapolant à partir du cas allemand -lui aussi mal documenté- et de chiffres plus établis pour d'autres villes hongroises, Ungvary penche pour 10% de la population. Mais les Soviétiques ne touchent pas les enfants, et ont un grand respect pour les docteurs et même les écrivains. Les déserteurs soviétiques continuent cependant de semer l'insécurité dans Budapest au moins jusqu'en février 1946 (8 braquages avec meurtre en un seul jour !). Les Soviétiques rétablissent progressivement l'ordre et le ravitaillement, rouvrent un cinéma à Pest dès le 6 février 1945 (en pleine bataille). La population tombe à 830 000 habitants en avril.


Le siège de Budapest, en tout, a probablement entraîné 80 000 tués et plus de 240 000 blessés côté soviétique. La moitié des pertes soviétiques en Hongrie a été subie dans la capitale, dont 55% dans les combats de rues. Les Allemands ont consommé des ressources importantes pour tenter de sauver la Hongrie : la moitié des divisions de Panzer s'y trouve en mars 1945, alors que l'Armée Rouge est à 60 km de Berlin. Les Allemands et les Hongrois perdent dans la ville 3 000 hommes par semaine. Le siège a duré longtemps car la garnison, sensible à la propagande nazie, n'a pas voulu baisser les armes devant l'Armée Rouge, de peur de son sort.


L'ouvrage, assez complet, si l'on excepte le côté soviétique moins documenté, est appuyé par pas moins de 16 cartes dispersées au fil du texte, pas toujours très lisibles, mais utiles pour suivre les opérations. D'autant que des illustrations complètent le tout, et certaines fort peu connues. Il y a également en fin d'ouvrage plus d'une vingtaine de tableaux statistiques, sur les forces en présence, les pertes subies, etc. Très utiles pour avoir des chiffres importants sous la main. La bibliographie suit les tables. On apprécie en particulier que l'auteur ait cherché non pas mal à livrer un simple récit de la bataille uniquement germanocentré, ou focalisé sur les tentatives de dégagement, comme souvent, mais bien une appréhension globale du siège, comme le montre la dernière partie sur le sort des civils et la vie dans la cité en guerre.


dimanche 9 juillet 2017

Intelligence Service (I'll met by moonlight) de Michael Powell et Emeric Preissburger (1957)

1944, en Crète occupée par les nazis. Les officiers britanniques Patrick Leigh Fermor (Dirck Bogarde) et Bill Stanley Moss (David Oxley) du Special Operations Executive (SOE) organisent une opération pour capturer le général Kreipe (Marius Göring) qui commande les troupes allemandes en Crète. L'opération réussit mais il faut désormais acheminer le général vers la côte, dans un terrain difficile, pour l'évacuer au Caire...

I'll met by moonlight (parfois appelé aussi Night ambush) est la dernière collaboration de Powell et Preissburger, qui avaient déjà oeuvré sur 49ème parallèle (1941). Le titre vient du livre de Moss qui a servi de bas au film, lui-même tiré d'une citation de Shakespeare dans le Songe d'une nuit d'été.

Le livre, comme le film, relate un événement tout à fait authentique : l'enlèvement du général Kreipe, nommé commandant de la 22. Luftlande Division le 1er mars 1944, en remplacement du général Müller, connu pour sa brutalité à l'égard des Crétois. Fermor et Moss voulaient initialement capturer Müller, mais son remplacement les prennent au dépourvu et ils se rabattent sur Kreipe. De ce point de vue, la reconstitution du film est assez bonne (même si on ne voit pas la fin du chauffeur de Kreipe, tué pour les besoins de l'opération).

Preissburger a lu une partie du roman de Moss dès 1950, et Powell avait organisé une excursion en Crète pour repérer les lieux. Mais il faudra 6 années pour que le film soit produit. Les deux comparses ont alors du mal à trouver les financements pour leur projet. Le succès de La bataille du Rio de la Plata (1956) leur permet de mener I'll met by moonlight. Le contexte cependant ne permet plus de tourner en Crète. Le film est donc tourné dans les studios Pinewood en Angleterre, dans les Alpes françaises et italiennes, et sur la Côte d'Azur. Si Bogarde occupe le devant de la scène, on note l'apparition rapide de Christopher Lee (dans le rôle d'un soldat allemand liquidé chez le dentiste) et de David McCallum (dans le rôle d'un marin sur la ML qui repère le signal lumineux, à deux reprises). Powell aurait plutôt voulu James Mason pour le rôle de Fermor ; la prestation de Göring dans le rôle du général Kreipe, et celle d'autres acteurs plus secondaires, éclipse celle d'Oxley, assez terne. Ce n'est pas le meilleur film du duo Pressburger-Powell, loin s'en faut.