" Historicoblog (4): régime syrien
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mardi 13 mars 2018

Geneviève et Jean-Claude ANTAKLI, Syrie, une guerre sans nom !, Paris, François-Xavier de Guibert, 2014, 281 p.

J'avais reçu ce livre en service presse il y a plusieurs années (il est paru en 2014). Récemment, je me suis décidé à l'ouvrir, pour le lire. Le quatrième de couverture ne m'inspirait guère, pourtant : il y était question de "partie machiavélique et truquée pour démembrer la Syrie", "instaurer la prééminence du Qatar et de l'Arabie Saoudite", de "médias mainstream qui manipulent l'opinion publique", etc etc.

Les deux auteurs sont biologistes. Avant le conflit, ils avaient été sollicités par l'archevêque grec melkite catholique d'Alep pour doter la ville d'un Institut infirmier "à la française", comme ils le disent. Ils y retournent pour achever l'oeuvre entreprise en mai 2012, quelques mois seulement avant que les rebelles n'investissent les quartiers Est d'Alep et tentent d'encercler les quartiers ouest tenus par le régime syrien. Le ton est donné dès l'avant propos puisque les auteurs soutiennent que la majorité des Syriens, en mars 2011, au moment des premiers troubles à Deraa, croient à la théorie du complot (!), derrière leur gouvernement, leur armée, et leur président.

Dans une première partie, les deux auteurs livrent leur expérience, sur un peu moins de 100 pages. Je ne ferai pas le détail de toutes les allusions, mais le milieu dans lequel les biologistes évolue est celui des zones tenues par le régime syrien, et des personnes qui y résident. Les deux auteurs en adoptent le point de vue, partagé par les religieux qu'il fréquente, par exemple, et dont le couple rapporte fidèlement les propos. On y trouve les arguments habituels : al-Qaïda création des Américains ; le massacre de Hama en 1982 masquerait celui commis par les Frères Musulmans dans les années qui précèdent ; diabolisation de la Turquie ; et surtout le postulat selon lequel le régime de Bachar el-Assad est légitime, représentant la nation syrienne, alors qu'il ne fait que contrôler l'appareil d'Etat, qu'il est le résultat d'une prise de pouvoir arbitraire qui remonte à 1970 par Hafez el-Assad, et qu'il ne représente qu'une infime partie de la population du pays, et certainement pas la majorité. C'est un point de vue en circuit fermé ; on n'y voit pas les bombardements du régime syrien sur les populations civiles des zones tenues par les rebelles, les arrestations, la torture... en revanche on pleure sur les obus tirés sur les quartiers d'Alep tenus par le régime (dont le nombre est sans commune mesure avec le déluge de feu qui tombe sur les zones rebelles) ; on mentionne l'arrestation d'étudiants gagnés aux idées rebelles (mais pour de l'argent...) et on tente de ramener dans le troupeau ces brebis égarées... on note aussi une hostilité très prononcée à l'encontre de l'Etat d'Israël, accusé de tous les maux aux côtés des Américains.

Le reste du livre (environ 200 pages) est une somme compilée de témoignages, lettres et articles repris par les auteurs parce qu'ils servent leurs arguments, qui tournent encore une fois en vase clos. Information manipulée, ingérence étrangère, présence de djihadistes dès les manifestations de Deraa (mars 2011), histoire résumée de la Syrie tout en faveur du régime actuel (Hafez "prend le pouvoir turbulences politiques et l'instabilité chronique des années précédentes"), capture d'agents de la DGSE en Syrie (antienne souvent répétée par le régime, à tel point que la DGSE a dû laisser l'équivalent d'une division se faire prendre dans le pays...), la Syrie "rempart contre le terrorisme", "protectrice des minorités"... tout y passe. Le livre reprend par exemple un article de géopoliticien Alexandre Del Valle, qui se raccroche à la mouvance identitaire ; il a soutenu l'idée d'une manipulation de l'islamisme par les Etats-Unis, avant de prôner l'alliance avec l'extrême-droite israëlienne, tout en insistant sur la "menace" posée par les immigrés qui "colonisent" l'Europe. Del Valle souligne lui aussi la désinformation des médias, sur la mort de journalistes occidentaux très certainement tués par des tirs du régime syrien (qu'il attribue lui aux rebelles), quand ceux-ci ne sont pas, pour un autre intervenant repris dans le livre, ... des agents de la DGSE. La DGSE est présente, aussi, dans le livre : un ancien officier, qui témoigne anonymement, regrette que l'on se soit coupé de cette formidable source de renseignements que constitue le régime syrien -quand on pense aux attentats survenus après la parution du livre, ça ne prête pas à sourire. Une conférence d'Alain Chouet est citée dans le même but. Dans la troisième partie, le massacre de Houla est attribué également aux rebelles syriens -thèse évidemment défendue par le régime syrien. Le livre cite aussi deux articles de G. Malbrunot, dont l'un, en décembre 2012, affirme d'ailleurs qu'Abou Mousab al-Souri aurait été libéré de prison par le régime syrien, alors que Zawahiri confirmait dans un enregistrement d'avril 2014 qu'il était a priori toujours en prison. On retrouve plus loin l'idée selon laquelle le conflit syrien ne serait qu'un conflit pour les gazoducs...

L'épilogue du livre résume bien le propos : janvier 2013, une correspondante des auteurs pleure sur le bombardement des quartiers d'Alep tenus par le régime. Sans commune mesure avec celui des quartiers tenus par les rebelles à la même époque, déjà. Le régime a, lui, l'arme aérienne, sans parler des missiles balistiques qu'il commence à tirer sur les grandes villes, après les barils explosifs lâchés par les hélicoptères... comme souvent, ce type de pamphlet est davantage révélateur des auteurs qu'intéressant par le contenu. Le couple Antakli est interrogé, en 2014, par TV Libertés, média financé par une nébuleuse d'extrême-droite où l'on trouve notamment des identitaires. En 2015, Jean-Claude Antakly intervient sur le site du comité Valmy pour affirmer "qu'il n'est pas Charlie". Les conférences qu'il donnent ensuite sont relayées par Egalité et Réconcilitation, le site soralien ; récemment encore il intervenait sur Radio Courtoisie, que l'on sait proche de l'extrême-droite politique. La mouvance idéologique où le propos évolue est donc claire. On comprend le lien personnel qui unit les auteurs à la Syrie ; toutefois, il faut bien se dire qu'on a entre les mains un ouvrage engagé, militant, pas autre chose.

mardi 28 novembre 2017

La bataille d'al-Boukamal

Merci à M. Morant et B. Khabazan.

Al-Boukamal était la dernière ville d'importance contrôlée par l'EI en Syrie, près de la frontière irakienne, après la chute de Mayadin puis de Deir Ezzor. L'EI, qui a pourtant indiqué dans son hebdomadaire al-Naba dès le mois d'octobre 2017 qu'il ne mènerait plus de combat urbain prolongé et qu'il repasse à l'insurrection, va pourtant s'accrocher dans al-Bukamal, sans qu'une explication suffisamment étayée puisse être avancée. A-t-il voulu profiter de la précipitation des forces du régime syrien, préoccupées à l'idée que les SDF puissent s'emparer de la ville en premier ? A-t-il voulu un succès d'estime avant de rebasculer complètement vers l'insurrection ? Cherchait-il à gagner du temps pour permettre l'évacuation de personnes ou de structures importantes ? Impossible de trancher. Côté régime syrien, l'assaut sur al-Boukamal est essentiellement mené par des forces étrangères alliées. Cette étude en source ouverte sur la bataille d'al-Boukamal, qui ne peut être exhaustive au vu notamment de la multiplicité des forces engagées du côté du régime syrien, vise à donner un aperçu de la complexité des acteurs présents pour cette partie.

mercredi 1 novembre 2017

Soldats d'Assad 7/Fawj al-Maghawir al-Bahar [avec M. Morant]

Quand on évoque Fawj al-Maghawir al-Bahar (littéralement le Régiment des Commandos-Marins), on mesure combien la Russie joue un rôle essentiel dans le reformatage des forces du régime syrien. Issu d'une autre milice syrienne, Suqur al-Sahara, parfois assez rétive à l'autorité de Bachar al-Assad, ce régiment a été mis sur pied par le renseignement militaire, un des organes des mukhabarat, et il est largement encadré par les forces russes. Son intégration dans le fameux 5ème corps d'armée mis sur pied par Moscou fait débat, toujours est-il que l'on ne peut que constater la volonté russe de créer des éléments plus solides côté syrien et qui soient aussi plus fidèles -autant sinon plus à Moscou qu'à Damas. La pénurie d'effectifs du régime ne laisse en effet d'autre choix que d'utiliser au mieux le vivier de miliciens disponibles, en les réincorporant dans un cadre plus régulier.

vendredi 5 mai 2017

Soldats d'Assad 6/Les lions du leader éternel (Sécurité militaire, Deir-es-Zor)

« Les lions du leader éternel » (ou Les lions de la Sécurité militaire) est une unité du régime syrien à Deir-es-Zor, articulée autour du personnel de la Sécurité militaire (qui fait plus ou moins partie de la Direction du renseignement militaire, un des principaux organes des mukhabarat). Peu d'information sont disponibles sur cette unité, qui semble pourtant jouer un certain rôle dans la défense de la poche du régime syrien à Deir-es-Zor, enjeu majeur du conflit.


Historique


La Sécurité militaire (al-Amn al-Askari), qui se confond plus ou moins avec la Direction du renseignement militaire, un des 4 principaux organes de renseignement du régime syrien, dépend de l'état-major de l'armée. Au niveau provincial, l'appellation al-Amn al-Askari tend à s'imposer. La branche de Deir-es-Zor, qui nous intéresse ici, bénéficie localement de la position dominante de la Direction du renseignement militaire dans la province, sous l'égide du général Jameh Jameh, qui a été très actif au Liban occupé par les Syriens avant de revenir prendre la tête de la branche 243 à Deir-es-Zor. Jameh a été tué en octobre 2013.

lundi 1 mai 2017

Mourir pour Assad 13/Liwa Fatemiyoun (décembre 2016-avril 2017)

En décembre 2016, confirmant les soupçons dont je faisais état dans mon précédent article de situation sur la présence de Liwa Fatemiyoun dans l'est de la Syrie,, l'unité est impliquée dans la bataille de Palmyre, qui voit l'EI reprendre la ville en 3 jours (8-11 décembre). Le 10 décembre, la veille de la chute de la ville, Liwa Fatemiyoun expédie ses « forces spéciales » à Palmyre. L'unité aurait déployé 4 bataillons au total sur place depuis la reprise de la ville en mars 2016 (brigade Hazrat-e Abolfazl), 1 200 hommes selon un soldat du régime qui raconte la chute de la ville. L'EI publie après la bataille une photo où ses combattants brûlent un drapeau de Liwa Fatemiyoun capturé.

dimanche 30 avril 2017

Mourir pour Assad 7/La Garde Nationaliste Arabe


La Garde Nationaliste Arabe fait partie de l'éventail de milices pro-régime syrien composées de combattants étrangers apparues à partir de 2013 pour soutenir les forces de Bachar el-Assad à bout de souffle, et notamment à courts d'effectifs. Reposant sur une idéologie arabe nationaliste, antisioniste et pro-Palestine, cette formation a mis en ligne 4 bataillons qui sont intervenus depuis 3 ans sur la plupart des fronts importants pour le régime syrien. La milice se démarque par ce discours idéologique, une proximité avec le régime, et des recrues qui viennent pour l'essentiel du Proche et Moyen-Orient.

lundi 24 avril 2017

Soldats d'Assad 4/La 104ème brigade de la Garde Républicaine

Depuis 2014, la 104ème brigade de la Garde Républicaine syrienne et son chef légendaire, le général Zahreddine, sont associés à la défense de l'aéroport militaire et de la poche tenue par le régime syrien à Deir-es-Zor, face à l'EI. Pourtant, l'unité avait commencé, en 2011, par réprimer les manifestants descendant dans les rues au début de la révolution. L'unité, partie intégrante de la garde prétorienne du régime Assad, est largement maintenue à Damas et ses alentours dans les premières années du conflit pour parer à toute éventualité, fournissant ponctuellement des détachements pour certaines opérations dans le pays. Avec l'avènement de l'EI et sa conquête de la province de Deir-es-Zor, la 104ème brigade est jetée dans la bataille pour conserver ce bastion du régime dans l'Est du pays. Depuis deux ans et demi, Zahreddine et ses hommes tiennent, tant bien que mal, cette poche contre laquelle l'EI s'est jusqu'à présent usé : mais la récente offensive de janvier 2017 a pour la première fois réussi à couper en deux tronçons le territoire contrôlé par le régime. Isolés, ravitaillés uniquement par air, les hommes de la 104ème brigade constituent pourtant un symbole fort pour le régime, celui de la combativité. Il n'empêche que le succès de la défense doit aussi beaucoup au soutien aérien, renforcé par l'allié russe, dont disposent les combattants de la Garde.

Soldats d'Assad 3/Katiba Ahl at-Tharoûr 313


Katiba Ahl at-Tharoûr 313 illustre bien la mainmise des alliés étrangers de la Syrie sur son appareil militaire. Cette milice, qui semble constituée de chiites (ou d'alaouites?) syriens de la région d'Alep, au départ, est prise en main et encadrée par le Hezbollah libanais. Née sans doute à l'été 2015, elle est conçue comme une unité de commandos, composée de vétérans de l'armée arabe syrienne, et pilotée par Ali Fayyad, le chef des forces spéciales du Hezbollah en Syrie, qui est tué en février 2016 à Khanasser lors de combats contre l'EI. Visiblement peu nombreuse, Katiba Ahl at-Tharoûr 313, qui se rattache à la 2ème brigade de commandos (al-Maghaweer) du régime syrien, a adopté l'idéologie du Hezbollah et de « l'axe de la résistance », ce qui confirme qu'une partie des forces du régime syrien est sous la dépendance plus ou moins direct de ses soutiens étrangers.

samedi 22 avril 2017

Soldats d'Assad 2/Les Tiger Forces de Souheil al-Hassan

Les Tiger Forces du colonel Souleil al-Hassan, considérées par les thuriféraires du régime, et par d'autres, comme l'élite des combattants pro-Assad, sont en réalité emblématiques de la transformation de l'armée syrienne depuis le début du conflit. Ayant fait ses preuves dans la répression des manifestants en 2011, Hassan, également impliqué dans la mise au point des fameux « barils explosifs » à Hama, constitue en 2013 une unité dont le squelette est constitué par sa branche d'origine, les renseignements de l'armée de l'air, le tout complété par des officiers alaouites de l'armée, des milices locales, des civils formés par les renseignements de l'armée de l'air, voire de pur et simples criminels. A partir de l'automne 2013, et surtout 2014, les Tiger Forces servent de « brigade de pompiers » sur tous les points chauds pour le régime. Appliquant la tactique de la « terre brûlée », Hassan, qui a un accès direct à l'aviation du régime et qui a réussi à s'approprier une énorme puissance de feu, écrase les positions adverses sous un mur de flammes avant de lancer des attaques foudroyantes. Cela ne l'empêche pas d'être mis en difficulté par l'offensive rebelle à Idlib au printemps 2015. Il faudra l'intervention russe de septembre pour rétablir la situation. Depuis, Hassan, remis en selle, a été sur tous les fronts décisifs pour le régime : aujourd'hui, il est en première ligne à Alep. Son succès montre aussi que les plus ardents défenseurs du régime, bien qu'intégrés dans des forces hétérogènes, locales et étrangères, échappent de plus en plus au contrôle de Bachar el-Assad : Hassan œuvre aussi comme un pion indépendant, avec ses propres objectifs. Ses succès en font une véritable icône des supporters du régime, en faisant même pour certains un rival potentiel de Bachar el-Assad.

Soldats d'Assad 1/Liwa Suqur al-Sahara

L'unité Liwa Suqur al-Sahara du régime syrien est emblématique des réalités militaires auxquels est confronté ce dernier. Créée en 2013 dans la province de Homs, et utilisée au départ pour surveiller la frontière avec l'Irak et la Jordanie ou escorter des convois de pétrole, l'unité est dépêchée en urgence en avril 2014 pour contrer la percée des rebelles au nord de la province de Lattaquié, à Kessab. Après l'avènement de l'Etat Islamique, et après avoir défendu les champs gaziers d'al-Shaer, elle est sur tous les fronts "chauds" pour le régime en 2015. Ces multiples déplacements montrent que cette formation, considérée comme faisant partie de "l'élite" militaire du régime, pallie surtout un manque criant d'effectifs. La classification "forces spéciales", qui a plus valeur de fidélité au régime qu'autre chose, ne signifie pas qu'elle l'emporte toujours, comme le montre la défaite face à l'EI en août à al-Qaryatayn. A partir de novembre 2015, avec le sauvetage de l'équipage de l'hélicoptère russe abattu pendant la récupération d'un membre d'équipage du Su-24 russe descendu par un F-16 turc, l'unité est sous les feux des projecteurs. Cette surexposition médiatique dissimule pourtant mal une réalité cinglante : à l'image des forces militaires du régime, les Faucons sont à court d'effectifs -l'unité n'étant en soi pas très grande, de la taille d'un bataillon, peut-être un peu plus. Depuis quelques mois, elle incorpore des miliciens et se rapproche se faisant de ces nombreuses milices nées pendant le conflit et qui se battent pour la survie du régime.

vendredi 21 avril 2017

Soldats rebelles 5/La division Sultan Murad

La division Sultan Murad est le résultat d'une coalition de brigades rebelles constituées de Turkmènes, en décembre 2015. Les Turkmènes, minorité syrienne, ont rapidement formé plusieurs brigades dans l'opposition armée dans les provinces de Lattaquié et d'Alep, tandis qu'ils commençaient à se structurer politiquement. A partir de l'été 2015, alors que la Turquie s'engage plus nettement contre l'EI, l'appui américain puis turc à la brigade, puis division Sultan Murad est de plus en plus évident. La division Sultan Murad est cependant davantage alignée sur la Turquie : bien que combattant d'abord le régime, elle s'est aussi affrontée aux Kurdes de l'YPG/SDF, et à l'EI. Depuis le lancement de l'opération Euphrates Shield le 24 août 2016, la division Sultan Murad semble la figure de proue des rebelles regroupés derrière l'armée turque pour reprendre al-Bab. Bénéficiant de nombreux matériels fournis par Ankara, l'unité semble s'inscrire dans la logique « néo-ottomane » du président Erdogan.

Soldats rebelles 3/Le 1er régiment (Al-Fauj al-Awwal)

Le parcours du 1er régiment illustre bien le devenir de l'insurrection syrienne depuis 2015. Issu de Liwa al-Tawhid, autrefois un des groupes les plus puissants de la rébellion, le 1ee régiment a fini par rejoindre Fatah Haleb, une des deux coalitions principales opérant à Alep. « Approuvé » par les Américains, le 1er régiment fait partie des récipiendaires de missiles TOW à la fin de l'année 2015. Ce soutien, cependant, n'est pas suffisant : le 1er régiment lie son chemin à celui de la Turquie, qui fournit du matériel, puis s'engage à ses côtés après l'intervention turque en Syrie, Euphrates Shield, à partir du 23 août 2016. Aujourd'hui le 1er régiment combat dans la poche d'Alep sud-est, au nord de la ville et à l'est, près d'al-Bab, avec l'armée turque. Celle-ci n'a fourni que des armes légères, sans doute quelques pièces d'artillerie légère également (mortiers), des pick-up et un seul véhicule blindé. Cela n'a rien d'un appui massif et déterminant quand on songe que le 1er régiment affronte 3 adversaires : le régime syrien à Alep, largement soutenu par ses soutiens étrangers, les Kurdes de l'YPG, qui bénéficient du soutien américain contre l'EI, et l'EI lui-même, qui aligne parfois des moyens matériels autrement supérieurs.

Soldats rebelles 2/Les Forces des Martyrs Ahmad al-Abdo

Les Forces des Martyrs Ahmad al-Abdo sont l'une des principales factions rebelles de l'est du massif du Qalamoun, à l'est de Damas. Le groupe reste peu connu jusqu'en 2014, année où il fait partie des groupes sélectionnés par la CIA pour la livraison de missiles TOW. Il est aussi utilisé par les Etats-Unis et ses alliés dans le cadre de coalitions de groupes rebelles pour faire barrage à la pénétration de l'EI vers le sud de la Syrie. A partir de la fin 2015, il est associé à la création de la Nouvelle Armée Syrienne pour tenter de couper l'EI entre les théâtres syrien et irakien, en reprenant la zone d'al-Bukamal. Bien que soutenu par des forces spéciales venues d'Irak, le groupe dispose d'un armement pris sur le régime ou sur l'EI qu'il combat quasi exclusivement depuis plusieurs années. Il est donc assez représentatif aussi des vélleités des Etats-Unis dans le conflit syrien.

Soldats rebelles 1/ 13ème division (Firqa 13)

La 13ème division est un groupe armé rebelle qui a ses racines dans la ville de Maarat al-Numan, au sein de la province d'Idlib, d'où est originaire son chef, le colonel Saoud, qui a fait défection des forces du régime en mars 2012. Fondée en juin 2013, elle a su s'imposer comme un acteur dans le combat contre l'EIIL en décembre 2013-janvier 2014, avant d'être parmi les groupes récipiendiaires des premiers lance-missiles antichars TOW américains en avril-mai 2014, qu'elle a su utiliser à bon escient contre les véhicules du régime et de ses alliés. La 13ème division a des relations tendues avec le front al-Nosra qui chasse d'autres groupes rebelles dans la province d'Idlib à partir d'octobre 2014. Ce qui ne l'empêche pas de côtoyer le groupe lors de la capture des dernières positions de la province d'Idlib tenues par le régime de décembre 2014 à mai 2015. Ce dernier mois, elle rentre dans la structure de coordination Fatah Halab qui montre sa présence à Alep : la 13ème division est présente dans le nord-ouest du pays, à Idlib, Alep, Hama et Lattaquié. Elle est mise à mal par l'intervention russe, d'abord aérienne, puis plus directe, à partir de septembre 2015, qui se fait surtout sentir dans ses zones d'opérations. Avec la poussée du régime autour d'Alep en janvier-février 2016, la 13ème division doit à la fois combattre le régime, les Kurdes de l'YPG et l'Etat Islamique. Pour autant, elle est toujours capable d'aligner un bon nombre de combattants (difficile à estimer : sans doute plus de 1 000, mais jusqu'à quel effectif ?), elle est ravitaillée en missiles TOW (qu'elle continue à utiliser efficacement) et en autres armes par ses soutiens extérieurs, et elle reste fidèle à un projet post-Assad de transition vers un Etat civil, non islamique. En somme, un groupe rebelle parmi beaucoup d'autres qui compte dans le paysage de l'insurrection armée face au régime syrien.