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vendredi 1 janvier 2021

Georgi K. ZHUKOV, Marshal Zhukov's Greatest Battles, Cooper Square Press, 2002, 302 p.

Le maréchal Joukov, l'un des artisans de la victoire soviétique durant la Grande Guerre Patriotique, reste assez méconnu du grand public français, bien que ses mémoires aient été rapidement traduites en français pendant la guerre froide. Récemment, l'historien Geoffrey Roberts lui a consacré une biographie, mais les travaux du genre se comptent sur les doigts d'une main.


Ce livre rassemble des extraits des mémoires de Joukov, traitant des quatre grandes batailles, les plus connues, qu'il dirigea pendant la guerre : la défense de Moscou, la défense puis la contre-offensive devant Stalingrad, la bataille de Koursk et l'offensive sur Berlin. A l'origine, il avait été édité en 1969 par Harrison E. Salisbury.


Cette nouvelle édition est préfacée par David M. Glantz, le grand spécialiste du conflit germano-soviétique et en particulier de l'Armée Rouge avant et pendant la guerre. Glantz rappelle combien les mémoires de Joukov sont fonction de querelles politiques -Joukov, banni par Staline après la guerre, est de ceux qui permettent à Khrouchtchev de s'imposer, avant que celui-ci ne le marginalise à son tour. Ces extraits sont issus d'articles publiés à la fin des années 1960 pour la revue du Ministère de la Défense soviétique. Bien entendu, le texte de Joukov comporte des omissions, des silences volontaires. Joukov n'évoque pas, ainsi, son rôle dans les nombreuses contre-attaques coûteuses lancées en différents secteurs du front à l'été 1941 (sud-ouest, Smolensk). Joukov reste associé, entre octobre 1941 et l'été 1943, au secteur central du front de l'est, celui considéré comme étant décisif. Il met au point l'opération Mars contre le saillant de Rjev, qui échoue lamentablement, et camoufle cet échec en diversion au service d'Uranus. En janvier 1943, Joukov se rallie à l'avis de Staline qui envisage une offensive sur tout le front, dans la foulée du succès à Stalingrad. Même au moment de la bataille de Koursk, à l'été 1943, Joukov ne perd pas de vue, selon Glantz, l'objectif central qui reste pour lui la destruction du Groupe d'Armées Centre allemand. Les opérations Koutozov, Roumantsiev et ensuite sur le Dniepr portent clairement sa marque. Il n'évoque pas non plus l'opération ratée contre Iassy au printemps 1944. Après le succès de l'opération Bagration, il prend la tête du 1er front de Biélorussie pour la grande offensive Vistule-Oder de janvier 1945. Il n'évoque pas de la compétition pour la prise de Berlin avec Koniev, ni des difficultés survenues pendant cette dernière bataille, mais cherche par contre à répondre des accusation selon lesquelles la guerre aurait pu être terminée par une ultime poussée sur Berlin dès février 1945.


Les extraits choisis montrent que Joukov a été profondément marqué par la défense de Moscou, sur laquelle il s'attarde beaucoup, et par la bataille de Stalingrad. S'il expédie assez vite il est vrai l'échec de l'opération Mars, Joukov reconnaît ne pas avoir suffisamment pris en compte la topographie et ne pas avoir correctement préparé les appuis. Son silence est donc tout relatif et il faut replacer cette mystification dans ses bonnes proportions... dans le récit de la bataille de Koursk, Joukov fournit de nombreux détails sur la préparation défensive soviétique et explique pourquoi le front de Voronej eut plus de difficultés par rapport au front Central. Pour la bataille de Berlin, description qui inclut aussi l'opération Vistule-Oder, Joukov règle surtout des comptes avec Tchouïkov qui soutient mordicus après la guerre qu'une occasion unique de prendre Berlin a été manquée en février 1945, avant le virage à droite sur la Poméranie.


Bien que trop peu illustrée et manquant de cartes, voici une compilation intéressante pour avoir la vision, critiquée par un spécialiste de la Grande Guerre Patriotique, de l'un des principaux acteurs du succès soviétique.

jeudi 31 décembre 2020

Hans VON LUCK, Panzer Commander. The Memoirs of Colonel Hans von Luck, Dell Books, 1991, 355 p.

Hans von Luck est un officier de la Wehrmacht, ayant servi pendant la Seconde Guerre mondiale en atteignant le grade de colonel (Oberst). Il a servi sur quasiment tous les fronts, en Pologne, en France, en URSS, en Afrique du Nord, en Italie. Il a été proche du maréchal Rommel. Von Luck écrit ses mémoires seulement à partir de 1983, après une rencontre avec l'historien américain Stephen Ambrose, qui vient l'interroger, au départ, sur son rôle le 6 juin 1944. C'est après l'avoir rencontré qu'Ambrose le pousse à écrire ses mémoires. Celles-ci sont donc produites bien après les faits, ce qui ouvre la voie, bien évidemment, aux reconstructions. Von Luck appartient à la catégorie des mémorialistes allemands (non pas les généraux, cette fois, ou les maréchaux, mais l'échelon inférieur) qui ont probablement beaucoup fait pour la fascination américaine à l'égard de l'armée allemande, née dans le contexte de guerre froide et qui perdure aujourd'hui.


Ce n'est d'ailleurs probablement pas un hasard si von Luck commence ses mémoires par la fin : en 1949, prisonnier des Soviétiques en URSS, il se sort d'une mauvaise passe lors d'un interrogatoire avec un des officiers qui se trouvent en face de lui en jouant du destin commun des officiers pris dans la guerre. Façon, déjà, de dédiaboliser le comportement des Allemands en URSS et de réhumaniser celui des Soviétiques...


Von Luck est issu d'une vieille famille prussienne. Le récit de ses années de jeunesse, où il mène une carrière militaire, servant dans la Reichswehr dans les premières troupes motorisées (et où il rencontre Rommel comme instructeur), sépare déjà nettement l'armée du nazisme, ce qui laisse songeur. Il a beaucoup voyagé en Europe après la prise du pouvoir par les nazis. Von Luck s'attarde peu sur la campagne de Pologne.


Il fait partie de la division convertie qui devient la fameuse 7. Panzerdivision. Von Luck est beaucoup plus prolixe sur la campagne de France, où Rommel tient la vedette. Il raconte également avec un luxe de détails la capture de Fécamp, puis son arrivée à Bordeaux où il représente quasiment la première autorité militaire allemande d'occupation. Von Luck, selon ses dires, sympathise avec beaucoup de Français, dont deux en particulier à Paris. Il ne se prive pas cependant de collectionner les bons crus pris dans les caves du vaincu... il est déçu de ne pas partir avec Rommel en Afrique en février 1941. Lorsque sa division est concentrée en Prusse Orientale, il se dit sceptique sur l'invasion de l'URSS, ce qui là encore est peut-être une reconstruction a posteriori, difficile de trancher définitivement.


Lors de Barbarossa, von Luck se plaît à souligner l'inanité des tactiques soviétiques mais aussi la grande surprise que constitue la rencontre du T-34. Il raconte aussi comment il manque de se faire tuer par des soldats dépassés par l'avance allemande et qui tendent des embuscades sur la route. La description des villages soviétiques est assez conforme aux stéréotypes nazis, voire allemands, datant de la Grande Guerre au moins. Là encore, von Luck explique que les Russes tendent d'abord la main aux Allemands. Il sympathise également avec un pope de Smolensk. Von Luck décrit les camps de prisonniers soviétiques, véritables mouroirs ; mais il ne fait pas grand chose pour soulager le sort des prisonniers, même s'il est horrifié. Il est plus préoccupé par le fait de ramener sa Mercedes avec lui quand il apprend, après la contre-offensive soviétique devant Moscou, qu'il va rejoindre Rommel en Afrique, en janvier 1942. De manière générale, Von Luck ne parle pas de l'association étroite de la Wehrmacht avec les crimes nazis à l'est.


Il passe par les bureaux du personnel à Berlin puis va voir sa famille à Flensburg, où il constate les premiers effets des bombardements aériens alliés. Il gagne l'Afrique du Nord mais il est rapidement blessé pendant la bataille de Gazala en mai 1942. Après avoir été évacué en Allemagne, il retourne sur le théâtre en septembre, peu de temps avant la bataille d'El-Alamein. Von Luck raconte qu'il estime les Italiens avec qui il travaille dans son bataillon de reconnaissance ; cependant, avant que le rôle d'Ultra ait été rendu public par les Anglais, il accusait les Italiens d'avoir renseigné les Alliés sur les mouvements logistiques, provoquant de nombreuses pertes de navires... à une possible réécriture s'ajoute en plus la question de ces "trêves" avec les unités de reconnaissance britanniques à l'heure du thé, qui paraissent un peu trop belles pour être authentiques. Outre la supériorité aérienne alliée, il décrit aussi les premiers combats contre les Américains, en Tunisie, en février 1943, où ces derniers, bien que battus, savent ensuite faire preuve d'adaptation. Von Luck, envoyé par le commandement des restes de l'Afrika Korps pour convaincre le Führer d'évacuer la tête de pont, trouve l'atmosphère de Rome irréelle. A Berchtesgaden, Jodl ne le laisse même pas voir Hitler, lui affirmant que son intervention ne servirait à rien. Le bataillon de von Luck fait partie des 130 000 captifs qui capitulent en mai.


Basculé dans la réserve, von Luck tourne entre Berlin et Paris, où se trouve l'école de reconnaissance de l'arme blindée. Il rencontre Dagmar, fille d'un grand notable, mais la famille est inquiétée car d'ascendance juive. Le père de Dagmar finit au camp de concentration de Sachsenhausen. Von Luck tente d'intervenir en sa faveur et va jusqu'à rencontrer Kaltenbrunner, le sinistre chef du RSHA. Il est ensuite affecté à la 21. Panzerdivision, en Normandie, où il prend la tête du Panzergrenadier Regiment 125.


Lors du débarquement du 6 juin 1944, von Luck raconte la frustration ressentie par la division, qui ne reçoit pas d'ordre général de contre-attaque, à cause de l'absence de certains officiers, des atermoiements d'autres, et de la diversion que constitue pour Hitler le débarquement en Normandie. Lorsque la division se met en marche, ses attaques sont stoppées par l'aviation ou les tirs de l'artillerie de marine. Von Luck est en permission à Paris quand se déclenche l'opération Goodwood, le 18 juillet. Revenu en catastrophe, il place une unité de 88 de la Luftwaffe pour pilonner de flanc les chars britanniques, ce qui améliore une situation compromise en attendant l'arrivée des renforts. Von Luck assiste ensuite à la formation de la poche de Falaise, et se replie avec l'armée allemande en traversant la Seine, puis en se glissant entre deux armées américaines qui foncent vers l'est. En septembre, von Luck voit les défaites contre la 2ème division blindée française et les divisions blindées américaines en Lorraine.


En novembre-décembre, la division de von Luck mène des combats furieux contre les Américains, retranchée sur le Westwall, à Saarlautern. En janvier 1945, après avoir été déplacée dans le secteur de Hagenau, elle combat encore violemment en Alsace à la frontière du Palatinat, à Hatten-Ritterschoffen. Von Luck se plaît à souligner des prisonniers noirs d'un bataillon blindé, qui, dit-il, ont reçu l'ordre d'incendier chaque maison allemande d'où sont partis des coups de feu, forcément nazis. Début février 1945, la 21. Panzerdivision est transférée sur le front de l'est. Von Luck organise le départ de Dagmar dans le nord de l'Allemagne, vers Flensburg, où va s'installer d'ailleurs le gouvernement provisoire de Dönitz.


La division débarque à l'ouest de Küstrin, sur l'Oder, assiégée par les Soviétiques, et tente de la dégager, sans succès, avec la 25. Panzergrenadier Division. Puis von Luck est déplacé en Silésie, face à Koniev. Les Feldgendarmes appliquent strictement les consignes du maréchal Schörner, chef du Groupe d'Armées Centre, et exécutent pour des motifs parfois futiles des hommes de la division de von Luck sur les arrières des troupes allemandes. La division participe à la contre-attaque de Lauban, un des derniers mouvements tactiques allemands couronnés de succès, début mars. Après l'offensive de Joukov, le 16 avril, von Luck se retrouve enfermé avec les restes de la 9. Armee dans la poche de Halbe, au sud-est de Berlin. C'est en tentant d'en sortir qu'il est capturé par les Soviétiques, dix jours plus tard, le 27 avril.


Von Luck parvient à faciliter pendant la marche l'évasion de plusieurs camarades vers les Américains, sur l'Elbe. Mais il est ensuite transporté dans un camp de regroupement près de Dresde, et commence le voyage en camion vers l'est. Les attitudes des prisonniers varient quant au nazisme, d'après von Luck, les plus jeunes restent encore attachés au souvenir du Führer. Finalement, après être passé par les bords de la mer d'Azov, les prisonniers allemands arrivent en Géorgie, au pied du Caucase. Von Luck atterrit dans un camp faisant partie d'un complexe plus grand, à Tkibuli, où les Allemands doivent travailler dans des mines de charbon. Il est nommé commandant des prisonniers, mais le statut varie en fonction des réponses (qu'il ne donne pas) aux interrogatoires soviétiques sur les membres de la SS, de la police, ou qui ont participé à la lutte antipartisans. Les premiers prisonniers ne sont relâchés qu'à partir de 1949. Les Allemands sont peu nourris, et la mortalité par maladie est élevée, mais comme le dit von Luck, les Soviétiques n'ont pas forcément un meilleur régime. En 1946, l'officier est affecté à une brigade de construction routière. Von Luck participe à la construction de maisons pour des cadres du parti, ce qui lui permet d'améliorer la situation du camp en gagnant de l'argent. Un semblant de vie culturelle est organisé. Les prisonniers peuvent bientôt écrire et recevoir du courrier. Von Luck est requis une fois pour une opération frauduleuse organisée par un apparatchik. A l'hiver 1947-1948, il est détaché dans une équipe de surveillance des puits de charbon. Il raconte comment il est accueilli par des villageois géorgiens isolés qui ont encore le souvenir de la présence allemande pendant la Grande Guerre. A l'été 1948, von Luck assiste à la grève de la faim d'un camp de prisonniers hongrois. Puis il est sollicité par des Géorgiens pour un enterrement chrétien. Fin 1948-début 1949, von Luck est transféré dans un camp aux conditions plus difficiles près de Kiev, alors que commencent les premières libérations de prisonniers. Il suggère une grève de la faim, à l'exemple des Hongrois, pour améliorer les conditions du camp. Finalement, il est libéré à la fin de 1949. Après avoir rompu avec Dagmar, qui a commencé une autre vie, von Luck devient réceptionniste de nuit, et tente de se démarquer de son passé. Mais dans les années 1960, il est sollicité par les militaires britanniques pour évoquer son expérience en Normandie, et enchaîne les conférences devant les publics de pays membres de l'OTAN ou d'Europe de l'ouest. En 1984, il rencontre John Howard au 40ème anniversaire du D-Day, après avoir été interviewé par Stephen Ambrose.

Les mémoires de von Luck participent de cette littérature entretenant le mythe d'une Wehrmacht "à visage humain", débarrassée de toute compromission avec le nazisme, sympathisant avec lui (cas des Britanniques) ou reconnaissant sa valeur tout en ayant du mal à le mettre sur un même pied d'égalité (cas des Soviétiques). D'ailleurs les mémoires de von Luck parlent fort peu des réalités militaires (on relève même plusieurs erreurs à propos des matériels ou des détails techniques), mais davantage du parcours d'un officier allemand pendant la guerre, à la fois militaire, civil, et pour finir, prisonnier. Le témoignage, encore une fois, est donc bien plus intéressant de par la reconstruction qu'il opère pour un public surtout américain, ici, que pour son contenu à proprement parler.

dimanche 28 janvier 2018

Joseph PILYUSHIN, Red Sniper on the Eastern Front. The Memoirs of Joseph Pilyushin, Pen and Sword Military, 2010, 279 p.

Cette édition est une version abrégé des mémoires de Pilyushin, traduites par Stuart Britton. Ce texte est paru pour la première fois en URSS en 1958, et a été réédité quatre fois, la dernière récemment, en Russie. Ce qui montre sa popularité. Pilyushin ne livre que peu de détails sur sa vie avant la guerre : on sait qu'il est originaire de Biélorussie, qu'il travaillait dans une usine de Léningrad, qu'il avait une femme et deux fils. Né en 1903, il avait été appelé dans l'Armée Rouge en 1926. Il a appris à tirer grâce à l'Osoaviakhim, sans avoir reçu une formation particulière de sniper. En juillet 1941, il fait partie d'un bataillon de travailleurs levé à la hâte à Léningrad, qui aurait fait partie du 105ème régiment de fusiliers indépendant. Par la suite, il est dans le 14ème régiment de fusiliers "Drapeau Rouge" de la 21ème division du NKVD, qui devient la 109ème division de fusiliers. Décoré de l'ordre du Drapeau Rouge, il aurait abattu 136 adversaires. Pilyushin a passé toute la guerre sur le front de Léningrad, où il a été blessé à plusieurs reprises. Son récit, original parmi les mémoires soviétiques, porte d'ailleurs autant sur lui que sur ses camarades de combat.

Pilyushin raconte la retraite vers Léningrad en juillet 1941, alors que les Soviétiques n'ont pas assez d'armes antichars pour arrêter les blindés allemands. Les fantassins doivent jeter des grenades assemblées ensemble à courte portée pour les immobiliser. Les snipers, utilisés en tandem, servent parfois à monter des embuscades nocturnes après la capture d'agents ennemis. Les assauts sur la Narva sont repoussés mais au prix de terribles pertes. Les snipers participent aux reconnaissances nocturnes pour ramener des prisonniers. Blessé une première fois à la jambe en août 1941, Pilyushin passe deux semaines à l'hôpital avant de retourner au front. Les snipers sont engagés pour briser les assauts allemands ; en groupe, ils infligent des pertes sévères à un adversaire trop exposé. En septembre-octobre 1941, le bataillon de Pilyushin lance contre-attaque sur contre-attaque, perdant son commandant, parfois en compagnie de fusiliers marins venus de Léningrad. C'est en novembre 1941 que Pilyushin est affecté au 14ème régiment de fusiliers de la 21ème division du NKVD. Un officier qui a succombé aux tracts allemands tue dans le dos un de ses camarades snipers, avant d'être lui-même abattu par la camarade féminine de Pilyushin. En permission,  Pilyushin découvre que sa femme et l'un de ses fils ont été tués lors d'un bombardement allemand sur Léningrad. Lors d'un raid sur une tranchée, Pilyushin prétend avoir capturé un Français avec ses compagnons (peut-être un Belge, ou un Alsacien). En janvier 1942, il perd son oeil droit à cause d'un éclat obus. Muni d'une prothèse sommaire, Pilyushin va pourtant apprendre à tirer de l'oeil gauche en étant affecté à des tâches administratives. On lui confie bientôt l'instruction des snipers. En juillet 1942, il appuie les offensives soviétiques devant Léningrad. Le 602ème régiment de fusiliers, désormais, fait face aux Espagnols de la division Azul au sud de Léningrad. Le blocus de Léningrad est levé en janvier 1943. Pilyushin est de nouveau légèrement blessé. Le front est en effervescence avec l'offensive allemande à Koursk, en juillet. En septembre, l'unité de Pilyushin reçoit la visite d'un commandant de détachement de partisans de l'oblast de Léningrad, venu sur le front. En novembre, le sniper apprend sur son seul fils survivant a lui aussi été tué par un bombardement allemande le mois précédent. Retiré du front, le 602ème régiment vient ensuite participer à l'offensive pour dégager complètement Léningrad en janvier 1944. Lors d'un assaut, le sniper décrit un mitrailleur allemand enchaîné à son engin, qui aurait été puni de cette façon pour des discours défaitistes. Zina, la camarade féminine de Pilyushin, est tuée pendant ces combats où les Soviétiques reprennent enfin le terrain qu'ils avaient perdu en 1941... de nouveau blessé en février 1944, Pilyushin est démobilisé.

Le témoignage nous montre qu'en 1941, dans l'urgence de la défense de Léningrad, les snipers peuvent être utilisés de façon classique, avec les fantassins et les mitrailleurs. Pilyushin participe aux assauts rapprochés sur les chars et aux missions de reconnaissance derrière les lignes ennemies. Bien que surclassés dans le maniement de la combinaison des armes par les Allemands, les Soviétiques jouent du terrain et de leurs rares atouts du moment pour mener des embuscades meurtrières et déployer une résistance acharnée. Lors d'une reconnaissance, Pilyushin capture d'ailleurs deux élèves officiers soviétiques ayant échappé à un encerclement (!). Lors d'un assaut allemand, le commandant de bataillon doit modérer un de ses commandants de compagnie qui veut lancer tous ses hommes à l'assaut ; preuve que le sang importait parfois aux officiers soviétiques.