" Historicoblog (4): Stuart Britton
Affichage des articles dont le libellé est Stuart Britton. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Stuart Britton. Afficher tous les articles

jeudi 31 décembre 2020

Valeriy ZAMULIN et Stuart BRITTON, The Battle of Kursk 1943. The View through the Camera Lens, Helion&Company, 2014, 475 p.


Valeriy Zamulin est un historien russe né en 1968, spécialiste de la bataille de Koursk, sur laquelle il travaille depuis 1996. C'est lui qui en 2002 a publié les premières données inédites sur la bataille de Prokhorovka, qui contredisait la version traditionnelle de la bataille. Il travaille aujourd'hui à l'université d'Etat de Koursk. Il est l'auteur de plus de 80 textes sur la bataille de Koursk et plusieurs de ses livres ont été traduits en anglais dans la décennie 2010-2020, certains de ses articles ont également été traduits dans le fameux Journal of Slavic Military Studies.


Cet ouvrage-ci est en quelque sorte le complément à un précédent, paru en 2011, également traduit par Stuart Britton pour les éditions Helion et qui se traitait particulièrement de la bataille de Prokhorovka. Imposant, il s'agit en fait d'un album photo commenté sur la bataille de Koursk. C'est le résultat d'un travail de plus de 20 ans de l'historien pour retrouver des photos pertinentes bien associées à la bataille. Comme le rappelle Zamulin, la lenteur du travail vient aussi de l'identification certaine des photographies avec la bataille de Koursk : dans les lieux d'archives russes, les photographies n'avaient parfois pas été classées correctement, et par ailleurs le secret durant le conflit empêchait les descriptions détaillées et même la mention du lieu où avait été pris la photo. Sans compter parfois que les équipes d'archivistes ne comprennent pas forcément d'historien militaire ou de spécialiste de la chose.


L'ensemble de plus de 500 photos dénichées par Zamulin est réparti en 5 parties qui suivent la chronologie de la bataille de Koursk et ses suites : la première illustre la formation du saillant de Koursk et les préparatifs défensifs des Soviétiques, la deuxième la bataille sur le côté nord du saillant, la troisième la bataille sur le versant sud, la quatrième la contre-offensive soviétique dans la saillant d'Orel (opération Koutouzov) et la dernière la contre-offensive autour de Bielgorod et Kharkov (opération Roumantsiev). C'est donc bien la définition soviétique de la bataille qui est suivie, avec un focus intéressant sur les prolégomènes, la formation du saillant et les préparatifs défensifs. Il n'y a pas que des clichés soviétiques puisque Zamulin a également inclus des photos allemandes capturées par l'Armée Rouge.


Le bref texte qui précède chaque partie (5-6 pages en moyenne) ne contient rien d'original par rapport aux travaux de Zamulin. La perspective est plutôt soviétique et on n'apprendra rien de neuf ici. Le point fort du livre, ce sont évidemment les clichés, qui ne sont pas limités à la guerre terrestre puisqu'ils présentent aussi la dimension aérienne. L'immense majorité des photos est effectivement inédite, ce qui fait la force du volume. On peut regretter parfois que la légende ne soit pas plus détaillée (Zamulin aurait pu par exemple retrouver l'unité allemande dont on voit l'emblème sur le camion de la photo p.24). Certaines identifications de matériels laissent parfois songeur (Pak 40 allemand ou plutôt Pak 38 p.25 ?). Parfois Zamulin n'identifie pas les armes visibles sur les photos, comme le PTRD p.42 ou les véhicules allemands p.54-55. Mais il y a aussi des photos uniques comme celle de ce train blindé soviétique p.76. ou celles de la destruction d'un bunker allemand p.110. V. Zamulin fait bien la distinction également entre photos "posées" pour la propagande et photos plus spontanées, prises sur le vif. La deuxième partie comprend de nombreuses photos des combats à Ponyri. A noter aussi la présence notable des femmes soldats soviétiques sur les clichés. Le volet de cartes au milieu du livre aurait mérité par contre des légendes plus détaillées. On remarque en revanche la présence de caricatures soviétiques parmi les clichés, ce qui est intéressant.


Malgré ses quelques légers défauts, et au vu du contenu, cet album photo commenté de V. Zamulin s'adresse surtout aux passionnés du front de l'est qui souhaitent enrichir leur collection "en images" sur la bataille de Koursk.

dimanche 28 janvier 2018

Joseph PILYUSHIN, Red Sniper on the Eastern Front. The Memoirs of Joseph Pilyushin, Pen and Sword Military, 2010, 279 p.

Cette édition est une version abrégé des mémoires de Pilyushin, traduites par Stuart Britton. Ce texte est paru pour la première fois en URSS en 1958, et a été réédité quatre fois, la dernière récemment, en Russie. Ce qui montre sa popularité. Pilyushin ne livre que peu de détails sur sa vie avant la guerre : on sait qu'il est originaire de Biélorussie, qu'il travaillait dans une usine de Léningrad, qu'il avait une femme et deux fils. Né en 1903, il avait été appelé dans l'Armée Rouge en 1926. Il a appris à tirer grâce à l'Osoaviakhim, sans avoir reçu une formation particulière de sniper. En juillet 1941, il fait partie d'un bataillon de travailleurs levé à la hâte à Léningrad, qui aurait fait partie du 105ème régiment de fusiliers indépendant. Par la suite, il est dans le 14ème régiment de fusiliers "Drapeau Rouge" de la 21ème division du NKVD, qui devient la 109ème division de fusiliers. Décoré de l'ordre du Drapeau Rouge, il aurait abattu 136 adversaires. Pilyushin a passé toute la guerre sur le front de Léningrad, où il a été blessé à plusieurs reprises. Son récit, original parmi les mémoires soviétiques, porte d'ailleurs autant sur lui que sur ses camarades de combat.

Pilyushin raconte la retraite vers Léningrad en juillet 1941, alors que les Soviétiques n'ont pas assez d'armes antichars pour arrêter les blindés allemands. Les fantassins doivent jeter des grenades assemblées ensemble à courte portée pour les immobiliser. Les snipers, utilisés en tandem, servent parfois à monter des embuscades nocturnes après la capture d'agents ennemis. Les assauts sur la Narva sont repoussés mais au prix de terribles pertes. Les snipers participent aux reconnaissances nocturnes pour ramener des prisonniers. Blessé une première fois à la jambe en août 1941, Pilyushin passe deux semaines à l'hôpital avant de retourner au front. Les snipers sont engagés pour briser les assauts allemands ; en groupe, ils infligent des pertes sévères à un adversaire trop exposé. En septembre-octobre 1941, le bataillon de Pilyushin lance contre-attaque sur contre-attaque, perdant son commandant, parfois en compagnie de fusiliers marins venus de Léningrad. C'est en novembre 1941 que Pilyushin est affecté au 14ème régiment de fusiliers de la 21ème division du NKVD. Un officier qui a succombé aux tracts allemands tue dans le dos un de ses camarades snipers, avant d'être lui-même abattu par la camarade féminine de Pilyushin. En permission,  Pilyushin découvre que sa femme et l'un de ses fils ont été tués lors d'un bombardement allemand sur Léningrad. Lors d'un raid sur une tranchée, Pilyushin prétend avoir capturé un Français avec ses compagnons (peut-être un Belge, ou un Alsacien). En janvier 1942, il perd son oeil droit à cause d'un éclat obus. Muni d'une prothèse sommaire, Pilyushin va pourtant apprendre à tirer de l'oeil gauche en étant affecté à des tâches administratives. On lui confie bientôt l'instruction des snipers. En juillet 1942, il appuie les offensives soviétiques devant Léningrad. Le 602ème régiment de fusiliers, désormais, fait face aux Espagnols de la division Azul au sud de Léningrad. Le blocus de Léningrad est levé en janvier 1943. Pilyushin est de nouveau légèrement blessé. Le front est en effervescence avec l'offensive allemande à Koursk, en juillet. En septembre, l'unité de Pilyushin reçoit la visite d'un commandant de détachement de partisans de l'oblast de Léningrad, venu sur le front. En novembre, le sniper apprend sur son seul fils survivant a lui aussi été tué par un bombardement allemande le mois précédent. Retiré du front, le 602ème régiment vient ensuite participer à l'offensive pour dégager complètement Léningrad en janvier 1944. Lors d'un assaut, le sniper décrit un mitrailleur allemand enchaîné à son engin, qui aurait été puni de cette façon pour des discours défaitistes. Zina, la camarade féminine de Pilyushin, est tuée pendant ces combats où les Soviétiques reprennent enfin le terrain qu'ils avaient perdu en 1941... de nouveau blessé en février 1944, Pilyushin est démobilisé.

Le témoignage nous montre qu'en 1941, dans l'urgence de la défense de Léningrad, les snipers peuvent être utilisés de façon classique, avec les fantassins et les mitrailleurs. Pilyushin participe aux assauts rapprochés sur les chars et aux missions de reconnaissance derrière les lignes ennemies. Bien que surclassés dans le maniement de la combinaison des armes par les Allemands, les Soviétiques jouent du terrain et de leurs rares atouts du moment pour mener des embuscades meurtrières et déployer une résistance acharnée. Lors d'une reconnaissance, Pilyushin capture d'ailleurs deux élèves officiers soviétiques ayant échappé à un encerclement (!). Lors d'un assaut allemand, le commandant de bataillon doit modérer un de ses commandants de compagnie qui veut lancer tous ses hommes à l'assaut ; preuve que le sang importait parfois aux officiers soviétiques.

dimanche 30 avril 2017

Svetlana GERASIMOVA et Stuart BRITTON, The Rhzev Slaughterhouse. The Red's Army Forgotten 15-Month Campaign Against Army Group Center, 1942-1943, Helion, 2013, 269 p.

Rjev. Le nom reste méconnu, à côté de Léningrad, Stalingrad ou Koursk. Pourtant, sur la partie centrale du front de l'Est, Soviétiques et Allemands s'affrontent ici pendant 15 mois, dans une des batailles les plus sanglantes de la "Grande Guerre Patriotique" : au moins 2 millions de morts côté soviétique, certainement beaucoup, même si moins, côté allemand. Les vétérans soviétiques l'appellent "l'abattoir de Rjev" ou le massacre, les Allemands "la pierre angulaire du front de l'est", voire la "porte de Berlin".

Svetlana Gerasimova a commis un ouvrage majeur sur cette bataille oubliée. Paru en 2007 en Russie, il a été traduit six ans plus tard par le prolifique auteur des éditions Helion, Stuart Britton, spécialisé dans ces travaux de traduction des ouvrages russes, travail fort utile au demeurant pour le lecteur français. A l'heure où elle écrit, la bataille de Rjev n'est toujours pas considérée en Russie comme une bataille à proprement parler, mais plutôt une extension de la bataille de Moscou -qui se terminerait alors en mars 1943... c'est bien le but du propos de convaincre qu'il y a eu une bataille à Rjev, en tant que telle, et pas seulement suite à la contre-offensive soviétique devant Moscou dont l'affrontement ferait alors partie. L'ouvrage est illustrée par des clichés de correspondants de guerre soviétiques ayant opéré à Rjev et par des documents allemands de l'autre côté du front.