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mercredi 26 avril 2017

Mourir pour le califat 85/La guerre enregistrée-Wilayat Falloujah

Titre : La guerre enregistrée.

Durée : 22 minutes 57 secondes.

Lieu(x) : Falloujah.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : la vidéo a été mise en ligne le 19 avril 2017. Les images sont des archives parfois anciennes, seules les dernières images de la séquence 4 semblent plus récentes (2016?).

Type de vidéo : c'est une vidéo de propagande, la wilayat fait l'historique de son évolution depuis l'occupation américaine.

Découpage (séquences) :

1 : 14''-1'09'', introduction.
2 : 1'09''-12'24'', historique de l'organisation djihadiste dans la wilayat.
3 : 12'24''-15'46'', historique de la wilayat à partir de décembre 2013.
4 : 15'46''-22'57'', combats et propagande.

lundi 24 avril 2017

Soldats d'Assad 4/La 104ème brigade de la Garde Républicaine

Depuis 2014, la 104ème brigade de la Garde Républicaine syrienne et son chef légendaire, le général Zahreddine, sont associés à la défense de l'aéroport militaire et de la poche tenue par le régime syrien à Deir-es-Zor, face à l'EI. Pourtant, l'unité avait commencé, en 2011, par réprimer les manifestants descendant dans les rues au début de la révolution. L'unité, partie intégrante de la garde prétorienne du régime Assad, est largement maintenue à Damas et ses alentours dans les premières années du conflit pour parer à toute éventualité, fournissant ponctuellement des détachements pour certaines opérations dans le pays. Avec l'avènement de l'EI et sa conquête de la province de Deir-es-Zor, la 104ème brigade est jetée dans la bataille pour conserver ce bastion du régime dans l'Est du pays. Depuis deux ans et demi, Zahreddine et ses hommes tiennent, tant bien que mal, cette poche contre laquelle l'EI s'est jusqu'à présent usé : mais la récente offensive de janvier 2017 a pour la première fois réussi à couper en deux tronçons le territoire contrôlé par le régime. Isolés, ravitaillés uniquement par air, les hommes de la 104ème brigade constituent pourtant un symbole fort pour le régime, celui de la combativité. Il n'empêche que le succès de la défense doit aussi beaucoup au soutien aérien, renforcé par l'allié russe, dont disposent les combattants de la Garde.

Soldats d'Assad 3/Katiba Ahl at-Tharoûr 313


Katiba Ahl at-Tharoûr 313 illustre bien la mainmise des alliés étrangers de la Syrie sur son appareil militaire. Cette milice, qui semble constituée de chiites (ou d'alaouites?) syriens de la région d'Alep, au départ, est prise en main et encadrée par le Hezbollah libanais. Née sans doute à l'été 2015, elle est conçue comme une unité de commandos, composée de vétérans de l'armée arabe syrienne, et pilotée par Ali Fayyad, le chef des forces spéciales du Hezbollah en Syrie, qui est tué en février 2016 à Khanasser lors de combats contre l'EI. Visiblement peu nombreuse, Katiba Ahl at-Tharoûr 313, qui se rattache à la 2ème brigade de commandos (al-Maghaweer) du régime syrien, a adopté l'idéologie du Hezbollah et de « l'axe de la résistance », ce qui confirme qu'une partie des forces du régime syrien est sous la dépendance plus ou moins direct de ses soutiens étrangers.

dimanche 23 avril 2017

Brynjar LIA, Architect of Global Jihad. The Life of al-Qaida Strategist Abu Mus'ab al-Suri, Hurst&Co, 2007, 510 p.

Abou Moussab al-Suri : voilà un personnage qui n'a cessé de faire parler de lui depuis l'avènement de l'Etat Islamique en 2014, puisqu'on le présente parfois comme l'inspirateur de ce qui est devenu l'EI. Or le personnage n'a pas fait l'objet de beaucoup d'études fouillées, hormis celle de Brynjar Lia, historien norvégien et professeur à l'université d'Oslo, qui constitue sans aucun doute la référence sur la question.

C'est qu'al-Suri restait peu connu des Occidentaux jusqu'à l'enquête sur les attentats de Madrid en 2004. Il défie tous les stéréotypes sur les terroristes d'al-Qaïda : d'apparence plutôt occidentale, intellectuel et non dogmatique, critique même à l'égard de ses camarades, il a jeté les premières pierres d'une campagne terroriste globale contre l'Occident basé sur des réseaux décentralisés, non hiérarchisés. Peu écouté au départ, il peaufinera son analyse finalement délivrée dans son Appel à la résistance islamique mondiale (2005) de 1 600 pages, qui en fait un des théoriciens les plus éminents du djihad. Et pourtant il n'a rien des figures charismatiques comme Zarqawi en Irak ; il reste relativement seul, préoccupé des tactiques de guérilla, son oeuvre étant diffusée sur Internet, surtout après sa capture en octobre 2005 au Pakistan.

samedi 22 avril 2017

Panic Room ? Analyse de la vidéo GoPro d’un combattant de l’EI-Vice News

Le 27 avril dernier, Vice News met en ligne une vidéo récupérée sur le corps d'un combattant de l'Etat Islamique. Le commentaire de l'article accompagnant la vidéo est le suivant :

"VICE News a obtenu des images prises par la caméra frontale d'un combattant du groupe État islamique (EI), mort en mars dernier, alors qu'il se battait contre les troupes peshmergas dans le nord de l'Irak. La bataille a eu lieu à 50 kilomètres au nord de Mossoul.

Contrairement à la propagande de l'EI — qui présente souvent les combattants de l'EI en train de prendre des villes avec facilité — cette vidéo montre la panique et le manque de préparation des djihadistes, alors qu'ils engagent une retraite sous le feu peshmerga."

J'étudie et je décortique les vidéos de propagande militaire de l'EI depuis maintenant plus de 8 mois [à l'époque ; maintenant plus d'un an et demi]. Il est inexact de dire que les vidéos présente souvent "les combattants de l'EI en train de prendre des villes avec facilité" : si cela a pu être vrai au moment des grandes victoires de l'EI à l'été 2014, et encore en 2015 (chute de Ramadi, de Palmyre, etc), les vidéos plus récentes sont loin désormais de ce lieu commun. Cela amène à s'interroger sur la fin du commentaire : les djihadistes sont-ils seulement paniqués et désorganisés sous le feu ? Est-ce le seul élément à prendre de l'analyse de ce document ? J'ai décidé de l'analyser comme j'ai pu le faire avec des dizaines de vidéos de l'EI.

Mourir pour le califat 84/Restez pour la fin des temps-Wilayat Halab

Titre : Restez pour la fin des temps.

Durée : 20 minutes 19 secondes.

Lieu(x) : l'assaut de la séquence 6 a lieu dans le village de Sahran, à 13 km au sud-est d'al-Bab. L'EI mélange ici des images des fronts autour d'al-Bab, à l'est de Kweires (plaine de Deir Hafer) et de Khanasser.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : la vidéo a été mise en ligne le 16 avril. L'ACV-15 retourné de la séquence 3 correspond à un reportage photo du 15 janvier dans le village de Suflaniyyah au nord-est d'al-Bab. Le T-90 portant le drapeau de Liwa Fatemiyoun a été touché par l'EI le 23 janvier à l'est de Khanasser. Le BMP-1 touché dans la séquence 3 correspond à un reportage photo du 30 janvier à Barijah, au sud d'al-Bab. L'assaut de la séquence 6 sur le village remonte au 1er février 2017. L'ACV-15 sur le flanc de la séquence 3 correspond à un reportage photo de l'EI du 3 février. Certains tirs de missiles antichars contre les rebelles et l'armée turque dans la séquence 3 correspondent à un reportage photo du 4 février. Un char turc est touché sur la montagne ad-Deir au nord d'al-Bab le 7 février. Les destructions causées par un VBIED contre les rebelles sont filmées le 7 février (séquence 9). Le BMP-1 VBIED de la séquence 1 remonte au 12 février, il était piloté par un Russe (Abou Maryam, est d'al-Bab). Un char turc visé par un missile antichar de l'EI dans la séquence 3 correspond à un reportage du 15 février. Un autre tir contre un véhicule du régime à l'est de Kweires date du 5 mars.

Type de vidéo : c'est une vidéo alternant propagande et défense agressive, mélangeant les fronts, à al-Bab et ailleurs (Kweires, Khanasser).

Soldats d'Assad 2/Les Tiger Forces de Souheil al-Hassan

Les Tiger Forces du colonel Souleil al-Hassan, considérées par les thuriféraires du régime, et par d'autres, comme l'élite des combattants pro-Assad, sont en réalité emblématiques de la transformation de l'armée syrienne depuis le début du conflit. Ayant fait ses preuves dans la répression des manifestants en 2011, Hassan, également impliqué dans la mise au point des fameux « barils explosifs » à Hama, constitue en 2013 une unité dont le squelette est constitué par sa branche d'origine, les renseignements de l'armée de l'air, le tout complété par des officiers alaouites de l'armée, des milices locales, des civils formés par les renseignements de l'armée de l'air, voire de pur et simples criminels. A partir de l'automne 2013, et surtout 2014, les Tiger Forces servent de « brigade de pompiers » sur tous les points chauds pour le régime. Appliquant la tactique de la « terre brûlée », Hassan, qui a un accès direct à l'aviation du régime et qui a réussi à s'approprier une énorme puissance de feu, écrase les positions adverses sous un mur de flammes avant de lancer des attaques foudroyantes. Cela ne l'empêche pas d'être mis en difficulté par l'offensive rebelle à Idlib au printemps 2015. Il faudra l'intervention russe de septembre pour rétablir la situation. Depuis, Hassan, remis en selle, a été sur tous les fronts décisifs pour le régime : aujourd'hui, il est en première ligne à Alep. Son succès montre aussi que les plus ardents défenseurs du régime, bien qu'intégrés dans des forces hétérogènes, locales et étrangères, échappent de plus en plus au contrôle de Bachar el-Assad : Hassan œuvre aussi comme un pion indépendant, avec ses propres objectifs. Ses succès en font une véritable icône des supporters du régime, en faisant même pour certains un rival potentiel de Bachar el-Assad.

Soldats d'Assad 1/Liwa Suqur al-Sahara

L'unité Liwa Suqur al-Sahara du régime syrien est emblématique des réalités militaires auxquels est confronté ce dernier. Créée en 2013 dans la province de Homs, et utilisée au départ pour surveiller la frontière avec l'Irak et la Jordanie ou escorter des convois de pétrole, l'unité est dépêchée en urgence en avril 2014 pour contrer la percée des rebelles au nord de la province de Lattaquié, à Kessab. Après l'avènement de l'Etat Islamique, et après avoir défendu les champs gaziers d'al-Shaer, elle est sur tous les fronts "chauds" pour le régime en 2015. Ces multiples déplacements montrent que cette formation, considérée comme faisant partie de "l'élite" militaire du régime, pallie surtout un manque criant d'effectifs. La classification "forces spéciales", qui a plus valeur de fidélité au régime qu'autre chose, ne signifie pas qu'elle l'emporte toujours, comme le montre la défaite face à l'EI en août à al-Qaryatayn. A partir de novembre 2015, avec le sauvetage de l'équipage de l'hélicoptère russe abattu pendant la récupération d'un membre d'équipage du Su-24 russe descendu par un F-16 turc, l'unité est sous les feux des projecteurs. Cette surexposition médiatique dissimule pourtant mal une réalité cinglante : à l'image des forces militaires du régime, les Faucons sont à court d'effectifs -l'unité n'étant en soi pas très grande, de la taille d'un bataillon, peut-être un peu plus. Depuis quelques mois, elle incorpore des miliciens et se rapproche se faisant de ces nombreuses milices nées pendant le conflit et qui se battent pour la survie du régime.

vendredi 21 avril 2017

Soldats rebelles 5/La division Sultan Murad

La division Sultan Murad est le résultat d'une coalition de brigades rebelles constituées de Turkmènes, en décembre 2015. Les Turkmènes, minorité syrienne, ont rapidement formé plusieurs brigades dans l'opposition armée dans les provinces de Lattaquié et d'Alep, tandis qu'ils commençaient à se structurer politiquement. A partir de l'été 2015, alors que la Turquie s'engage plus nettement contre l'EI, l'appui américain puis turc à la brigade, puis division Sultan Murad est de plus en plus évident. La division Sultan Murad est cependant davantage alignée sur la Turquie : bien que combattant d'abord le régime, elle s'est aussi affrontée aux Kurdes de l'YPG/SDF, et à l'EI. Depuis le lancement de l'opération Euphrates Shield le 24 août 2016, la division Sultan Murad semble la figure de proue des rebelles regroupés derrière l'armée turque pour reprendre al-Bab. Bénéficiant de nombreux matériels fournis par Ankara, l'unité semble s'inscrire dans la logique « néo-ottomane » du président Erdogan.

Soldats rebelles 4/La division al-Hamza

La division al-Hamza illustre bien certaines des tendances récentes au sein de l'insurrection armée syrienne en 2016. Née en avril dans la poche d'Azaz, cette formation, largement soutenue par les Etats-Unis, l'est parce qu'elle a fait le choix, par nécessité, de combattre l'EI, et non plus le régime syrien qui reste pourtant un adversaire déclaré, tout comme les Kurdes de l'YPG. Avec l'intervention turque du mois d'août (opération Euphrates Shield), elle sert de plus en plus d'infanterie d'appoint à l'armée de ce pays. Malgré le soutien apporté et les matériels fournis, elle reste cependant mal outillée pour mener un combat urbain de l'ampleur de celui d'al-Bab, contre l'EI. En outre, elle devient très dépendante de ses soutiens extérieurs, qui ne soutiendront peut-être pas tous ses objectifs en dehors de la lutte contre le groupe djihadiste.