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dimanche 30 avril 2017

Svetlana GERASIMOVA et Stuart BRITTON, The Rhzev Slaughterhouse. The Red's Army Forgotten 15-Month Campaign Against Army Group Center, 1942-1943, Helion, 2013, 269 p.

Rjev. Le nom reste méconnu, à côté de Léningrad, Stalingrad ou Koursk. Pourtant, sur la partie centrale du front de l'Est, Soviétiques et Allemands s'affrontent ici pendant 15 mois, dans une des batailles les plus sanglantes de la "Grande Guerre Patriotique" : au moins 2 millions de morts côté soviétique, certainement beaucoup, même si moins, côté allemand. Les vétérans soviétiques l'appellent "l'abattoir de Rjev" ou le massacre, les Allemands "la pierre angulaire du front de l'est", voire la "porte de Berlin".

Svetlana Gerasimova a commis un ouvrage majeur sur cette bataille oubliée. Paru en 2007 en Russie, il a été traduit six ans plus tard par le prolifique auteur des éditions Helion, Stuart Britton, spécialisé dans ces travaux de traduction des ouvrages russes, travail fort utile au demeurant pour le lecteur français. A l'heure où elle écrit, la bataille de Rjev n'est toujours pas considérée en Russie comme une bataille à proprement parler, mais plutôt une extension de la bataille de Moscou -qui se terminerait alors en mars 1943... c'est bien le but du propos de convaincre qu'il y a eu une bataille à Rjev, en tant que telle, et pas seulement suite à la contre-offensive soviétique devant Moscou dont l'affrontement ferait alors partie. L'ouvrage est illustrée par des clichés de correspondants de guerre soviétiques ayant opéré à Rjev et par des documents allemands de l'autre côté du front.

La maison de bambou (House of Bamboo) de Samuel Fuller (1955)

1954, Japon. Un train militaire circulant entre Kyoto et Tokyo est attaqué par des bandits. Durant l'assaut, mené comme une opération militaire, un sergent américain est tué, des mitrailleuses et des munitions volées, ainsi que des bombes fumigènes. L'enquête est menée par le capitaine Hanson (Brad Dexter) et l'inspecteur Kita. Quelques semaines plus tard, un nommé Webber est laissé pour mort par ses complices après une autre attaque, après qu'il ait été blessé. A l'hôpital, avant de mourir, il ne révèle rien, sauf qu'il est marié depuis peu à une Japonaise, Mariko (Shirley Yamaguchi) et qu'un ami doit bientôt le rejoindre, Eddie Spanier. Les enquêteurs décident de faire venir le sergent Kenner (Robert Stack) qui joue le rôle de Spanier, afin de retrouver Mariko et de remonter la piste jusqu'à la bande dont faisait partie Weber...


La maison de bambou est un remake de The Street with No Name (1948), avec le même scénariste, Harry Kleiner. C'est le premier film d'Hollywood tourné intégralement au Japon, moins de dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est sans doute pas un des chefs d'oeuvre de Samuel Fuller : celui-ci préfère en effet les décors, avec des plans magnifiques de Tokyo, plutôt que les personnages, pas suffisamment épais, notamment le chef de gang, Robert Ryan (qui a un Walther P38 à chargeur infini-sic), qui aurait mérité mieux. Le film s'attarde trop sur la relation entre Stack (au jeu assez terne ; il a été choisi par défaut, le rôle devait échoir à Gary Cooper, mais celui-ci était trop connu même au Japon) et Yamaguchi. Résultat : une heure de film assez ennuyeuse entre le début, bien lancé, et la fin avec la séquence de tir dans le parc d'attractions. Reste la scène où Ryan abat son adjoint, qui lui fait une crise de jalousie depuis l'arrivée de Stack dans la bande (il y a là une allusion à des relations homosexuelles, ce que le réalisateur ne creuse pas), dans son bain, avant de parler tendrement au cadavre (!).









Enigma (1982) de Jeannot Szwarc

1982. Le KGB planifie l'assassinat de 5 dissidents soviétiques réfugiés dans des pays étrangers pour le jour de Noël. Alex Holbeck (Martin Sheen), lui-même échappé de Berlin-Est et qui officie désormais à Paris pour Radio Europe Libre, est recruté par Bodley (Michael Lonsdale), un agent de la CIA, pour récupérer le brouiller de la machine Enigma que les Soviétiques utilisent pour chiffrer leur message, à Berlin-Est. Holbeck compte retrouver sur place un ancien amour, Karen Reinhardt (Brigitte Fossey) dont le père a été emprisonné pour ses idées anti-soviétiques. Mais une fois arrivé à Berlin-Est, il comprend que ses adversaires l'attendent. Il devra faire face à l'agent soviétique Vasilikov (Sam Neill) et à l'Allemand Kurt Limmer (Derek Jacobi)...

Basé sur un roman (Enigma Sacrifice de Michael Barak), Enigma, film sans prétention, vaut à la fois pour le scénario et le jeu d'acteurs. Le scénario connaît en effet plusieurs rebondissements propres au genre du film d'espionnage, sans compter qu'il n'y pas d'exagération quant à la survie d'un espion dénoncé à ses adversaires dès le départ... la stratégie pour s'emparer du brouiller est également bien menée. Enfin, il y a la présence du trio Martin Sheen-Sam Neill-Brigitte Fossey, chacun campant bien son personnage, en particulier les deux hommes. A côté, des rôles secondaires mais néanmoins efficaces, Michael Lonsdale et Derek Jacobi. Avis aux amateurs.





Jean-Charles BRISARD et Damien MARTINEZ, Zarkaoui. Le nouveau visage d'al-Qaïda, Paris, Fayard, 2005, 340 p.

Zarkaoui. Un nom devenu incontournable dans le djihadisme du XXIème siècle. Les vidéos de propagande militaire de l'EI que j'étudie ici incluent souvent des discours audio de Zarkaoui, voire même des images d'archives le montrant à l'époque d'al-Qaïda en Irak. C'est dire que le personnage compte pour l'Etat Islamique. Et on comprend pourquoi à la lecture de la seule biographie en français sur le sujet, signée en 2005 par Jean-Charles Brisard et Damien Martinez.

C'est que Zarkaoui, en Irak, s'impose dans le djihad par la force brute et un exclusivisme. Il a longtemps été négligé, à tort : il a profité d'al-Qaïda pour se forger une identité, construire ses réseaux. Un professionnel du terrorisme, un tueur froid qui a appris au contact de cette organisation. Sa logique de violence inspire directement celle de l'EI aujourd'hui.

Le livre se décompose en quatre parties. La première retrace la vie de Zarkawi jusqu'à sa détention dans la prison jordanienne de Suwaqah. Elle fourmille de détails intéressants sur l'enfance, l'adolescence et la jeunesse du personnage, notamment grâce à plusieurs documents jordaniens joints en annexe à la fin du livre. Au sortir de prison, en 1999, Zarkawi est déjà dans une logique binaire : nous et les kuffars, ou tous ceux qui sont contre lui sont à exterminer, musulmans compris. Logique fruste bien éloignée des raffinements d'al-Qaïda.

La deuxième partie évoque le moment entre le retour en Afghanistan et l'arrivée en Irak. Bien qu'il rejoigne formellement al-Qaïda, Zarkaoui va rapidement s'en éloigner en bâtissant son propre camp à Herat, près de l'Iran. C'est d'ailleurs de là qu'il commence à bâtir ses réseaux en Europe (Allemagne et Italie surtout) et une base de repli éventuelle au Kurdistan irakien. Il cherche déjà à frapper son pays natal, la Jordanie, et même Israël : il organise l'assassinat de L. Foley en 2002. Après l'attaque américaine sur l'Afghanistan, il réussit à fuir via l'Iran et trouve refuge pour un temps... en Syrie.

La troisième partie est dédiée à l'époque irakienne de Zarkaoui. On y trouve des chapitres intéressants sur les relations parfois exagérées entre l'Irak de Saddam Hussein et al-Qaïda, l'implantation de la base arrière au Kurdistan, le rôle trouble de l'Iran. Zarkaoui utilise à dessein la stratégie des otages et la mise en scène des exécutions (tenue orange, exécution filmée, égorgement qui lui-même inaugure avec Nicolas Berg, ou autre), pour donner à son groupe une visibilité médiatique et s'imposer sur la scène correspondante. C'est d'ailleurs en attirant les recrues du djihad et en mettant en avant un discours sectaire qui s'en prend aussi bien aux chiites et aux Kurdes qu'aux Américains que Zarkaoui force al-Qaïda à prendre en compte le djihad irakien, qui n'avait pas compté forcément aux yeux de l'organisation, du moins au début. La naissance d'al-Qaïda en en Irak à la fin de 2004 consacre la posture de Zarkaoui.

La dernière partie s'attache aux réseaux de Zarkaoui à l'étranger (les auteurs préfèrent développer ce point plutôt que l'action du groupe en Irak à proprement parler). Les chapitres s'attachent aux cellules en Allemagne et en Italie, à l'emploi des armes chimiques, à la place de Zarqawi dans les attentats de Madrid (même si ici les auteurs font d'Abou Musab al-Suri le leader des Syriens du djihad, ce qui est sans doute un peu exagéré). Un des chapitres les plus instructifs est celui qui montre comment la Syrie de Bachar el-Assad sert de base arrière aux djihadistes : Zarqawi lui-même y a séjourné fin 2001-début 2002, certains de ses hommes y ont même reçu un entraînement militaire. Le tout avec la complicité du régime. La France est déjà concernée par la menace, notamment parce que des filières d'acheminement de combattants vers l'Irak existent dès cette époque.

La conclusion est écrite avec la mort de Zarkaoui en 2006 et celle de Ben Laden en 2011, ce qui est intéressant car la date du livre empêche le regard a posteriori. Les auteurs y soulignent que Zarkaoui tient sa popularité de son rôle de chef de guerre. En définitive, la guerre en Irak a permis à Zarkaoui de prolonger l'oeuvre initiale d'al-Qaïda. Il est intéressant de voir qu'aujourd'hui l'EI, héritier de Zarkaou, affronte al-Qaïda sur le théâtre syro-irakien. L'élève a en quelque sorte dépassé le maître...

Mourir pour Assad 11/ Saraya al-Khorasani

Saraya al-Khorasani fait partie de ces milices composées de chiites irakiens nées en Syrie pour combattre aux côtés du régime syrien. Ce n'est qu'en 2014 que la milice revient en Irak pour affronter ce qui devient l'EI en juin. Dès sa naissance en Syrie, Saraya al-Khorasani se fait remarquer par sa posture pro-iranienne, au point de reprendre pour emblème celui des Pasdarans qui ont probablement constitué l'unité, du moins en Irak. Concentrée sur le théâtre irakien, la milice renvoie toutefois des combattants en Syrie en novembre 2015 et ce au moins jusqu'en avril 2016. Equipée par l'Iran, Saraya al-Khorasani intègre le bloc pro-iranien des milices chiites de la mobilisation populaire chiite (Hashd al-Shabi). Outre son discours pro-iranien, elle se signale par nombre d'exactions, notamment en Irak en 2014, qui la font craindre de beaucoup.

Mourir pour Assad 10/Liwa Fatemiyoun (août-novembre 2016)

Je m'étais arrêté en août 2016 pour le dernier billet à propos de Liwat Fatemiyoun : celui-ci prolonge jusqu'à fin novembre 2016.

D'après un article du Washington Institute for Near East Policy1, les dernières déclarations du dernier commandant adjoint en titre de Liwa Fatemiyoun, Sayyed Hassan Husseini, appelé aussi Sayyed Hakim, chiffrent le contingent afghan à 14 000 hommes, organisé en 3 brigades à Damas, Hama et Alep avec leur propre artillerie, leurs propres blindés et leur propre service de renseignements. Cela entre en contradiction avec la plupart des chiffres qui placent le nombre d'Afghans à 3000, voire un peu plus, entre 5 et 10 000. Les Afghans sont entraînés en Iran, à Qarchak, au sud-ouest de Téhéran, pendant deux à trois semaines. Les Iraniens cherchent à ce que leurs « proxies » en Syrie combattant de la façon la plus indépendante possible. Le Brigadier General Mohammad Ali Falaki, vétéran de la guerre Iran-Irak où il a commandé une brigade mécanisée d'une division d'infanterie, membre des Pasdarans, a servi avec la Fatemiyoun en Syrie. Le premier contingent parti en Syrie aurait été constitué de 25 vétérans de la brigade Abouzar de la guerre Iran-Irak et du corps Mohamed du djihad anti-soviétique en Afghanistan : aucun n'a survécu. Au départ, les Afghans combattent avec les chiites irakiens, notamment Liwa Abou Fadl al-Abbas. Ce n'est que fin 2013 qu'est organisée Liwa Fatemiyoun, qui tire son nom de Fatima, la fille du prophète enterrée à Qoms en Iran2.

Le 11 septembre, Morteza Ataei (Abu-Ali), un cadre de Liwa Fatemiyoun, est tué dans la province de Lattaquié. A la mi-septembre, Liwa Fatemiyoun opère effectivement de concert avec Suqur al-Sahara à Kinsabba, au nord de la province de Lattaquié. Le 21 septembre, une vidéo montre les combattants de Liwa Fatemiyoun déployant leur drapeau sur une mosquée au sud d'Alep. Une vidéo du 30 octobre montre la montée en ligne (probablement à Alep) d'un convoi de la Fatemiyoun : Toyota Land Cruiser avec KPV protégée par un bouclier, une deuxième du même type (sans bouclier, avec le drapeau de la Fatemiyoun) fermant la marche, suivie par une Land Cruiser avec bitube ZU-23, puis une autre Land Cruiser avec KPV/bouclier ; entre les technicals, des véhicules transportant une bonne cinquantaine d'hommes. Début novembre 2016, l'agence iranienne Fars publie des photos de Liwa Fatemiyoun au combat à Alep, manipulant des obusiers D-20 de 152 mm, ce qui confirme que l'unité dispose de sa propre artillerie. On voit aussi que les Afghans sont armés d'un fusil anti-matériel iranien AM-50. Une vidéo de fin octobre montre des Afghans utiliser un LRM Type 63 monté sur véhicule léger iranien Safir. Les Afghans ont aussi un camion avec canon S-60 de 57 mm. Ces derniers documents montrent une unité de la Fatemiyoun sur un autre front (est de la province de Homs, vers Palmyre?). Des images du 11 novembre montrent que les snipers de la Fatemiyoun se servent d'AM-50, de SVD Dragunov et sont aussi formés au tir sur lance-missiles antichars. L'Iran aurait installé un camp de base3 pour ses combattants étrangers à l'est de la montagne Tell Azan (15 km au sud d'Alep) : on sait par exemple que les Irakiens chiites d'Harakat Hezbollah al-Nujaba auraient leur base à Rasm Bakru, juste à l'est de la montagne, à 16 km à l'ouest d'al-Safira. Liwa Fatemiyoun y serait cantonnée aussi de même que le Hezbollah et Liwa al-Quds. A Qom, en Iran, un cimetière entier est dédié aux morts de la Fatemiyoun et de Liwa Zaynabiyoun, son homologue chiite pakistanaise. Le 25 août, 4 tués de la Fatemiyoun sont enterrés en Iran. Le 29 août, deux morts sont enterrés à Mashad. Le 1er septembre, 3 combattants de la Fatemiyoun sont enterrés en Iran. Le 17 septembre, Ali Ahmad Hosseini, combattant de la Fatemiyoun, est enterré en Iran. Le 22 septembre, Téhéran annonce la mort de 6 combattants de Fatemiyoun. Le 5 octobre, 4 combattants de la Fatemiyoun sont enterrés à Qom. Le 20 octobre, un combattant de la Fatemiyoun tué en Syrie est enterré à Mashad, en Iran. Le 2 novembre, 5 Afghans tués à Alep sont enterrés à Qom. Le 10 novembre, 10 combattants de Liwa Fatemiyoun morts en Syrie sont enterrés à Qom, en Iran. Idris Bayati, un enfant-soldat, est enterré à Nadjafabad. Le 15 novembre, 6 combattants de la Fatemiyoun sont déclarés mort à Alep. Le 20 novembre, on annonce le rapatriement de 13 corps de Liwa Fatemiyoun en Iran. Le 30 novembre, lors des combats à Alep-Est, les rebelles syriens capturent un Afghan de Liwa Fatemiyoun ; ce jour-là 7 Afghans sont enterrés à Qom. Au 29 novembre 2016, Ali Alfoneh comptabilise 508 Afghans morts en Syrie depuis septembre 2013, dont 26 rien que pour le mois de novembre 20164.


Mourir pour Assad 9/Sayara Ansar al-Aqeeda


Saraya Ansar al-Aqeeda est une milice chiite irakienne dont le portrait tranche un peu au sein de celles intégrées dans la mobilisation populaire chiite (Hashd-al-Shaabi), désormais placée sous le commandement militaire. Rattachée au Conseil Suprême Islamique Irakien, qui prend plutôt ses distances à l'égard de l'Iran tout en favorisant une ligne religieuse irakienne centrée sur Ali al-Sistani, la milice, par la voix de son chef, met en avant un discours sectaire assez virulent et se montre favorable à l'envoi de combattants en Syrie pour soutenir le régime Assad. Rien d'étonnant à cela, en fait, puisqu'elle est l'expression, à sa naissance, d'un noyau de combattants vétérans du combat en Syrie. Si elle n'est pas parmi les plus imposantes des milices chiites, Saraya Ansar al-Aqeeda se distingue par ses ateliers de fabrication de véhicules blindés improvisés, qui tournent à plein régime.

Mourir pour Assad 7/La Garde Nationaliste Arabe


La Garde Nationaliste Arabe fait partie de l'éventail de milices pro-régime syrien composées de combattants étrangers apparues à partir de 2013 pour soutenir les forces de Bachar el-Assad à bout de souffle, et notamment à courts d'effectifs. Reposant sur une idéologie arabe nationaliste, antisioniste et pro-Palestine, cette formation a mis en ligne 4 bataillons qui sont intervenus depuis 3 ans sur la plupart des fronts importants pour le régime syrien. La milice se démarque par ce discours idéologique, une proximité avec le régime, et des recrues qui viennent pour l'essentiel du Proche et Moyen-Orient.

Mourir pour Assad 6/Liwa Fatemiyoun (mai-août 2016)

En avril dernier, j'avais consacré un long billet à Liwa Fatemiyoun, unité composée d'Afghans chiites, essentiellement des réfugiés en Iran, recrutés par Téhéran pour se battre en Syrie pour le régime Assad. Ce billet fait le point sur ce que l'on sait de l'unité depuis cette date jusqu'à ce jour.

Début mai 2016, les rebelles syriens capturent plusieurs Afghans de la Fatemiyoun lors de combats au nord et au sud-ouest d'Alep. Entre 20 et 30 Afghans tués à Khan Touman sont ensuite enterrés en Iran. Le 13 mai, Amit Sarkisian, un Arménien servant dans la Fatemiyoun, est tué en Syrie. Le 20 mai 2016, 5 Afghans tués en Syrie sont enterrés à Qom. Le 26 mai 2016, 8 combattants de la Fatemiyoun sont enterrés à Mashhad, en Iran.

En juin 2016, des sources font état de la présence de 12 à 14 000 Afghans au sein de la Fatemiyoun en Syrie, en particulier selon les propres déclarations d'Hosseini, commandant adjoint de l'unité tué sur le front de Palmyre ce mois-là. Selon les rebelles syriens, ils seraient 8 0001. Ce même mois, l'Iran ouvre un centre de recrutement à Herat, en Afghanistan, pour Liwa Fatemiyoun. Outre les Afghans chiites, on trouve même le cas d'un sunnite issus des Pachtouns engagé dans la formation2. Fin juin, les Afghans sont présents dans les combats contre les rebelles syriens au sud d'Alep. Un des combattants de la brigade, Ahmad Mekkian, tué au combat, est pris en photo à côté d'un pick-up avec LRM Fajr-1. A Khan Touman, les Afghans avaient probablement des mines directionnelles anti-personnel M18A23. Seyyed Hosseini, commandant adjoint de l'unité, est tué au combat contre l'EI sur le front de Palmyre. Asadollah Ebrahimi, un des commandants de l'unité, est également tué à Alep.
Début juillet, ce serait 28 Afghans de la Fatemiyoun qui auraient péri en Syrie. Abou Azraël, la figure emblématique de la milice chiite Kataib al-Imam Ali, rend visite à la famille d'un des commandants de la Fatemiyoun tué en Syrie en 2015, Tavasoli. En juillet 2016, on apprend aussi que des unités de Liwa Fatemiyoun seraient formées en Iran par le Hezbollah. Liwa Fatemiyoun est bien passée du rang de brigade à celui de division en 2015 : on ne peut que spéculer sur le nombre de combattants présents en Syrie (plus ou moins de 10 000 ?). Pour Amir Toumaj, on peut estimer à au moins 383 le nombre d'Afghans tués en Syrie, pour la plupart enterrés à Qom et Mashhad en Iran. Le Hezbollah aurait formé des Afghans qui eux-mêmes auraient entraîné leurs camarades : il s'agirait d'une unité de forces spéciales rattachée à la Fatemiyoun, formé en particulier au sniping4. Un documentaire de ce même mois montre les Afghans entraînés par le Hezbollah en Syrie. On y voit des snipers opérant sur SVD Dragunov et Sayyad 2. Le 13 juillet, 2 enfants-soldats afghans de 15 et 16 ans sont tués par les rebelles. Le 14 juillet, 10 Afghans tués en Syrie sont enterrés à Qom. Le 21 juillet, 5 combattants de Liwa Fatemiyoun tués à Alep sont enterrés en Iran. La plupart des Afghans tués en juillet le sont à Mallah au nord d'Alep.

Début août 2016, le commandant de la force al-Qods, Qasem Soleimani, rend visite à son tour à la famille de Tavasoli. Pendant l'offensive rebelle menant à la levée du blocus d'Alep, un combarttant de Liwa Fatemiyoun est capturé, avec le drapeau de l'unité. Sadeq Mohammad Zada, un des commandants de Liwa Fatemiyoun, est tué pendant la bataille. Le 9 août, 4 hommes de la Fatemiyoun tombent dans les combats à Alep. Au 12 août, Ali Alfoneh plaçait à 411 au moins le nombre d'Afghans tués en Syrie depuis septembre 2013, dont 12 ce mois-ci. 3 Afghans sont encore tués le 14 août à Alep.

Concernant l'équipement de Liwa Fatemiyoun, il est de plus en plus évident, au fur et à mesure que l'engagement des Afghans devient de plus en plus massif, qu'il se fait de plus en plus sophistiqué. Les snipers de la formation ont le Sayyad 2/AM 50, copie du fusil anti-matériel Steyr HS. 50 de 12,7 mm. Les fantassins ont parfois des copies du M-4 américain, avec même lance-grenades. L'unité blindée de Liwa Fatemiyoun, au moins de la taille d'une compagnie, aligne plusieurs chars T-72 et plusieurs véhicules blindés BMP-1.


1https://www.theguardian.com/world/2016/jun/30/iran-covertly-recruits-afghan-soldiers-to-fight-in-syria?CMP=Share_iOSApp_Other
2http://www.csmonitor.com/World/Middle-East/2016/0612/Iran-steps-up-recruitment-of-Shiite-mercenaries-for-Syrian-war?cmpid=gigya-tw
3http://armamentresearch.com/iranian-directional-anti-personnel-mines-in-syria/
4http://www.longwarjournal.org/archives/2016/07/lebanese-hezbollah-training-special-afghan-fatemiyoun-forces-for-combat-in-syria.php?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+LongWarJournalSiteWide+%28The+Long+War+Journal+%28Site-Wide%29%29

Mourir pour Assad 3/Liwa Fatemiyoun

L'Iran avait déjà formé, pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), une brigade composée d'Afghans chiites, la brigade Abouzar. En ce qui concerne le conflit syrien, Téhéran a injecté des combattants afghans chiites recrutés parmi les réfugiés hazaras en Syrie puis en Iran dès 2013 voire même fin 2012. L'intervention des Afghans se place donc au moment où l'Iran bat le rappel de ses alliés (Hezbollah, miliciens chiites irakiens) pour soutenir le régime Assad mal en point, notamment au niveau des effectifs. Le premier enterrement d'Afghan tué au combat en Iran est repéré en septembre 2013. Par la suite, en 2014-2015, le recrutement s'accélère et les Afghans sont organisés par la force al-Qods en une véritable unité, Liwa Fatemiyoun (la brigade des Fatimides), qui intervient sur tous les fronts importants du conflit syrien (est de la Ghouta ; Alep ; Deraa ; Hama ; Palmyre ; Lattaquié). Les Afghans, infanterie d'appoint, sont semble-t-il utilisés souvent comme véritable "chair à canon" -leurs pertes en témoignent, tout comme celles de leur encadrement iranien des Pasdarans, d'ailleurs. En 2016, le rôle de la brigade Fatimiyoun reste important : ses détachements sont présents sur tous les points cruciaux pour le régime, à Palmyre, à Alep notamment. Au-delà du conflit syrien, on ne peut que s'interroger sur les motivations de l'Iran quant au devenir de ces milliers de combattants afghans passés par l'enfer du champ de bataille de Syrie, une fois la guerre terminée.