" Historicoblog (4): Article : David W. Wildermuth, Who Killed Lida's Jewish Intelligentsia? A Case Study of Wehrmacht Involvement in the Holocaust's “First Hour”, Holocaust and Genocide Studies, Volume 27, Issue 1, Spring 2013, Pages 1–29

vendredi 5 novembre 2021

Article : David W. Wildermuth, Who Killed Lida's Jewish Intelligentsia? A Case Study of Wehrmacht Involvement in the Holocaust's “First Hour”, Holocaust and Genocide Studies, Volume 27, Issue 1, Spring 2013, Pages 1–29

Les Allemands à Grodno, 23 juin 1941.


 https://academic.oup.com/hgs/article-abstract/27/1/1/762306

 

Auteur : David Wildermuth est professeur à l'université de Shippensburg (Pennsylvanie, Etats-Unis). Ses champs de recherche comprennent la Shoah, l'héritage culturel, démographique et historique de la Seconde Guerre mondiale en Allemagne et dans l'ex-URSS. Il a signé quelques articles spécialisés sur le sujet dont celui-ci, ainsi que des fiches de lecture.

Edition : Holocaust and Genocide Studies est un journal scientifique publié par Oxford University Press, qui propose des analyses en pointe sur l'étude des différents génocides, dont la Shoah. Il est associé à l'United States Holocaust Memorial Museum. Son premier numéro date de 1986.

Analyse : l'auteur montre à travers un exemple, celui de Lida, en Biélorussie, que la Wehrmacht a pris part, dès le début de Barbarossa, à des massacres de Juifs, et qu'elle ne s'est pas contentée de demander ou de soutenir l'action des Einsatzgruppen. Ce faisant, il se pose en porte-à-faux avec certains travaux allemands récents comme ceux de Christian Hartmann, qui expliquait que la Wehrmacht n'avait pas tant massacré en 1941, les exécutions se déroulant plutôt à l'arrière du front, mais au moment de ses retraites, plus tard. Wildermuth choisit de contextualiser un micro-exemple précis, celui de la communauté juive de Lida en Biélorussie, qui comprenait 8500 personnes sur une population totale de 20 000 habitants environ. Les sources disponibles divergent sur la date et le nombre des exécutions : de 92 à 155 tués, entre les 28 juin et 5 juillet, mais toutes évoquent davantage les Einsatzgruppen que la Wehrmacht. Pour Wildermuth, c'est pourtant bien la Wehrmacht qui a massacré l'intelligentsia juive de Lida : il fait la comparaison avec le massacre de celle de Grodno, commise par le Teilkommando Haupt de l'Einsatzkommando 9. L'auteur a utilisé à la fois des sources des bourreaux - 8., 35., 161. I.D., division de sécurité 403, Einsatzgruppe B - et celles des victimes. Le Teilkommando Haupt a été crée après la visite de Heydrich à Grodno, au début de Barbarossa, pour accélérer l'extermination des Juifs. Grodno est tombé sans combat ou presque entre les mains allemandes après un bombardement aérien, dès le 23 juin. A Lidna en revanche, la 161. I.D. doit batailler aux abords de la ville avant d'y entrer le 27 juin, après des raids aériens, et alors que la localité est en proie au chaos et au pillage, les Soviétiques retraitent en étant harcelés par des nationalistes polonais qui accueillent les Allemands à bras ouverts. La 161. I.D. est relevée rapidement par la 35. I.D., qui attend à son tour l'arrivée des bataillons de la division de sécurité 403. Les deux divisions d'infanterie appartiennent à la 9. Armee, qui est une des premières à instaurer des mesures sévères contre les Juifs soviétiques, dans la ligne des directives reçues avant Barbarossa. Une des divisions allemandes a procédé dès l'occupation de la ville à l'exécution de 92 Juifs, avant de créer un conseil local juif, de regrouper les Juifs dans un camp de travail à l'extérieur de la ville et de les faire travailler pour nettoyer les ruines. Un soldat allemand témoigne avoir assisté à l'exécution de 20 Juifs sous la conduite d'un officier. La 161 I.D. associe par ailleurs dans ses rapports les soldats soviétiques du 55ème régiment de fusiliers, accusé d'avoir exécuté des prisonniers allemandes (dont un blessé) et d'avoir parfois mutilé leurs corps, à des Juifs. La 35. I.D. a également exécuté des Juifs et incendié le village de Bielica, non loin de Lida, sous prétexte que des civils auraient fait le coup de feu avec les soldats soviétiques. Des photos de soldats allemands témoignent de la dévastation à Lida après les premiers jours d'occupation. Par comparaison, à Grodno, c'est le Teilkommando Haupt de l'Einsatzgruppe B qui est à l'oeuvre, du 30 juin au 4 juillet. Les SS demandent aux Juifs de venir s'enregistrer, les rassemblent et les exécutent, ainsi que quelques Polonais, selon un schéma connu. Si la Wehrmacht n'a pas massacré les Juifs à Grodno, c'est que l'avance militaire y a été rapide, la confiscation de nourriture aisée, d'après les documents étudiés par Wildermuth. A l'inverse, les 35. I.D. et 161. I.D. ont connu de violents combats avant d'entrer dans Lida. La 35. I.D. semble marquée par au moins un cas de mutilation de cadavres allemands, et elle ne fait que 7 prisonniers en 3 jours - beaucoup ont probablement été exécutés. Ces deux divisions associent les Juifs à l'activité de guérilla, de partisans, aux exactions commises sur les soldats allemands. La division de sécurité 403, qui s'installe à Lida par la suite, a eu peu de pertes et ne procède pas à de telles représailles, l'encadrement se plaignant même que les soldats ne montrent pas assez d'allant dans la persécution des Juifs... La dureté des combats joue donc un rôle dans l'opportunité saisie par des troupes de première ligne - et non celles arrivant derrière - de participer à l'extermination des Juifs. La Wehrmacht avait ainsi intégré les "ordres criminels" et également servi d'instrument à cette politique nazie dès les premiers jours de Barbarossa.

Conclusion : un article passionnant qui montre qu'il faut se garder de toute généralisation. Le micro-exemple développé ici, à Lida, confirme que des soldats allemands ont pu participer à l'extermination des Juifs dans un contexte de combats violents où l'idéologie nazie pousse à l'exécution des prisonniers et à l'association entre le Juif et le "bolchevik", le "partisan", dans la ligne des ordres criminels diffusés avant Barbarossa, et dont les divisions concernées ici ont bien eu connaissance comme on le constate dans les documents d'archives.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.